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Lesram, le diamant brut

Photo de l'article : Lesram, le diamant brut

Écrit le 11 novembre 2020 par Yugoslavie dans Portraits

La Seine-Saint-Denis est incontestablement l’un des hauts lieux de l’histoire du rap français. Il suffit de constater le nombre de légendes provenant du 93 pour n’avoir aucun doute quant à l’importance  de cet endroit pour la construction de la culture hip-hop française.
Petite commune de ce département où le rap est ancré comme une tradition, le Pré-Saint-Gervais ne  déroge pas à la règle, et possède un représentant digne de ce nom. Vous l’aurez compris, nous allons  nous intéresser à Lesram au cours de cet article. Survêt fluo et Asics de rigueur, on sort Porte du Pré. 

Bien qu’encore (trop) peu connu aux yeux du grand public, Lesram est loin d’être un rookie. On retrouve facilement sur YouTube un freestyle datant de 2012 où on discerne sans aucun mal les  prémices du style du très bon rappeur que Lesram allait devenir. Durant cette même période, Lesram rencontre les futurs membres du Panama Bende lors d’open mic organisés dans des MJC. Ayant approximativement le même âge et des influences communes, le groupe se formera naturellement et réalisera par la suite deux projets. Lesram sera également membre de LTF avant qu’il ne quitte finalement le collectif en 2018.  

Ces groupes étant constitués de nombreux membres, ses apparitions se font assez courtes, créant de  la frustration chez ses amateurs. Cela poussera même les plus motivés d’entre eux à réaliser des  compilations regroupant ses meilleurs couplets, issus de projets de groupe ou extraits de freestyle. 
(Nb : la fameuse wesh enfoiré compilation

C’est d’ailleurs dans cet exercice que Lesram excelle. Le freestyle lui permet d’étaler toutes ses  qualités de rappeur. On peut évoquer sa prestation lors du planète rap du Panama Bende ou encore  ses apparitions sur les différents Grünt auquel il a pris part, la dernière en date étant sur celui de  Limsa où les avis à son égard sont unanimes. 

On peut alors se demander, pourquoi n’entend-on pas plus parler de Lesram ? 

Tout d’abord, il faut préciser que Lesram est quelqu’un de très discret (il suffit de regarder une  interview du panama pour s’en rendre compte), et qu’il communique très peu sur ses réseaux  sociaux. Très peu de promotion donc, qui est assurée essentiellement par ses fans, ses amis rappeurs  et les médias rap. 

Il faut aussi évoquer son irrégularité en solo. Jusqu’en 2019, Lesram n’avait que 4 clips disponibles  sur sa chaîne YouTube, et un unique morceau disponible sur les plateformes de streaming ! Dans l’ère de la surconsommation musicale, une si faible productivité additionnée avec une mauvaise  communication limitent fortement les chances de voir sa carrière décoller. Ses clips sont souvent  réalisés à moindre coût, et les morceaux ne sont pas toujours bien mixés, à l’image de l’excellent  #BIGO uniquement réalisé à partir de « memories snapchat ». 

Néanmoins, Lesram est conscient que cette faible productivité l’empêche de monter plus haut, mais cela ne le dérange pas dans la mesure ou il fait cette musique d’abord par passion. Il aime le rap, et il tient à cette spontanéité dans son rapport avec la musique. A l’inverse de PLK, qui déclare par ailleurs que  Lesram est son rappeur préféré, il ne souhaite pas faire de concessions ni même de compromis afin de gagner en popularité, à l’image de ceux qui l’ont influencés, comme Nubi ou encore Salif, parfois  qualifiés de « rois sans couronne ». 

A la base moi j’voulais percer mais bon j’ai compris qu’c’est plus complexe
Si t’es mis en avant on t’suce ton sexe, l’auditeur écoute plus ton texte

Lesram – Le Monde Est A Moi (2020)

Néanmoins, depuis l’an dernier les sorties de Lesram ont gagnés en régularité, avec la parution  successive de #PDP et #Boosté où on retrouve le rappeur du Pré aussi efficace qu’à l’accoutumée,  suivi du touchant J’repense ou Lesram se livre sur des moments douloureux de son existence.  On espérait que ces morceaux annonçaient la sortie d’un projet, et c’est ainsi qu’en mai Lesram nous  a offert son premier projet solo G-31, constitué de 7 titres exclusifs. Celui-ci constitue une réelle  carte de visite pour l’artiste qui nous donne un aperçu cru de son quotidien dans les rues du 93310. 

Sur le fond, on retrouve une narration très précise, désabusée et un brin cynique qui dépeint le  quotidien de la vie en banlieue sous tous ses différents aspects. Ainsi, l’ennui, la drogue, la police, le  temps qui passe, l’amitié ou encore le rêve de s’en sortir sont des thèmes récurrents dans le projet. La musique est un exutoire qui lui permet d’extérioriser ses humeurs, ses angoisses et ses envies. 

Et si j’veux parler de mon seum je sais que mon cro-mi l’traduira

Lesram – East Side (2014)

Tout le monde s’accordera pour dire que Lesram écrit bien. Il affectionne tout particulièrement les rimes assez complexes qu’il prononce en appuyant sur la dernière syllabe. Catalogué à juste titre  comme un rappeur technique, il possède un timbre de voix très reconnaissable et une prononciation qui lui est propre, rendant sa signature vocale très facile à identifier. 

Le projet est varié, on retrouve des instrumentales boom-bap sur East Side 2.0, des productions reprenant des codes du rap marseillais imposés par Jul sur Red Dead, et des beats trap plus communs, comme sur Le monde est à moi. Lesram s’adapte parfaitement à toutes ces productions, ce qui n’étonnera personne quand on connaît son aisance en freestyle. 

G-31 est un premier test réussi pour le rappeur du 3.1.0, néanmoins, comme on pouvait s’y attendre,  le projet n’a pas fait beaucoup de bruit hors du cercle des amateurs de rap français, mais c’est  pourtant loin d’être un échec car nombreux sont les auditeurs qui cherche encore aujourd’hui du rap  « sans édulcorant ». 


Plus ou moins destiné à rester de la musique de niche, la communauté qu’il a su rassembler autour  de sa musique est solide et continuera de le soutenir. Espérons que ce premier projet n’est qu’un début et que le rappeur du Pré nous réserve une suite. Lesram c’est cru, c’est spontané et c’est pour ça qu’on l’apprécie. Le talent brut, pas forcément  accessible, mais sans artifices. Maintenant que vous êtes prévenus, allez streamer G-31 au lieu de dire que le rap va mal.

Merci à arocksmith pour la photographie.
Instagram : @arocksmith

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