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Clipse : Snow Business

Photo de l'article : Clipse : Snow Business

Écrit le 9 novembre 2020 par Guillaume dans Portraits

Lorsque l’on parle des meilleurs duos de l’histoire du rap, on mentionne trop peu souvent Clipse, l’alliance des deux frères Pusha T et Malice (aujourd’hui No Malice). Pourtant, ils ont marqué l’histoire en s’imposant comme l’un des groupes les plus corrosifs des années 2000. Retour sur la carrière des deux frères de Virginia Beach.

Il est même probable que le nom Clipse n’évoque pas grand-chose aux nouvelles générations d’auditeurs, pour qui le nom de Pusha T est principalement associé à un beef avec une certaine popstar canadienne. Il est donc bon de rappeler qu’il est un artiste majeur et cela depuis les années 2000 qu’il a marquées au sein du duo Clipse. 

Dès leur jeune âge, Gene Thornton aka Malice et son petit frère Terrence aka Pusha T trempent dans le trafic de cocaïne dans les rues de Virginia Beach. Malice, l’aîné, se met au rap au début des années 90 et rencontre rapidement un certain Pharrell Williams, producteur originaire du même endroit qui se fait un nom au sein du duo de producteurs The Neptunes avec Chad Hugo. Peu après, c’est au tour de son frère de se mettre à rapper et les deux frères forment le duo Clipse sur les conseils de Pharrell.

En 1996, ils signent chez Elektra avec l’aide de Pharrell mais la sortie de leur album Exclusive Audio Footage est annulée puisque le single The Funeral ne rencontre pas un grand succès commercial. L’album en question est trouvable bien qu’il n’ait pas connu de sortie officielle : on y entend un talent indéniable tant au niveau du rap que de la production, il s’agit de la genèse de la formule Clipse, qui sera grandement perfectionnée par la suite.

En 2001, les deux frères signent chez Star Trak, le label que viennent de fonder The Neptunes.. Ils enregistrent leur premier album officiel, entièrement produit par The Neptunes. Le premier single de l’album fait l’effet d’un raz-de-marrée : une instru minimaliste et hautement efficace constituée presque exclusivement de percussions que les deux rappeurs découpent en vantant leurs activité de grossistes de poudre. Complètement en marge des hits de l’époque, Grindin’ reste jusqu’à aujourd’hui le plus gros succès de Clipse, notamment grâce à cette prod reconnaissable entre milles. 

I just wanna let y’all know
The world, is about to feel something
That they’ve never felt before

Malgré cette mise en garde de Pharell en intro du morceau, l’onde de choc est réelle. Pusha explique qu’avant la sortie publique du morceau, il a traversé les Etats-Unis avec son frère en jouant le morceau devant des dealeurs pour toucher des petits cachets et se faire connaître. Une véritable hymne au trafic qui aurait pu ne pas exister puisque Pharrell menaçait de donner l’instru à Jay-Z si Pusha ne se ramenait pas en studio en vitesse.

L’album Lord Willin’ qui arrive peu après prouve que Clipse est plus qu’un single réussi. Malice et Pusha T ne font qu’un et distillent des rimes crues et sans filtres qui posent les bases du coke rap, style de rap dont ils sont pionniers avec la cocaïne comme thème central. Avec arrogance et charisme, les deux rappeurs submergent l’auditeur dans un flow de punchlines imagées et de jeux de mots teintés d’humour noir. Dès lors, l’alchimie des deux membres est totale, à tel point qu’il est parfois difficile de les différencier. Sur ce premier album officiel, il est évident que Pusha et Malice ont déjà trouvé leur style, personne à l’époque ne rape comme eux.

Côté production, on est sur du Neptunes grand crû. Chad et Pharrell mettent leur style singulier au profit de Clipse sur des morceaux rap hardcore comme Virginia et I’m Not You en compagnie de Styles P et Jadakiss, ainsi que sur des tracks plus légers comme Ma, I Don’t Know Her avec Faith Evans ou When The Last Time, banger taillé sur mesure pour les clubs. Carte de visite rêvée pour le groupe, à mes yeux l’album est le premier classique de leur discographie. Suite au succès de l’album, ils apparaissent sur le mortuaire What Happened To That Boy (qui est d’ailleurs le point de départ de la rivalité entre Pusha-T et la team Cash Money) et Like I Love You, tout premier single solo de Justin Timberlake.

Cependant, suite à des rachats de label, Clipse se retrouve signé chez Jive Records par obligation contractuelle. C’est le début des ennuis pour le duo qui voit la sortie de son second album repoussée à plusieurs reprises par le label qui privilégie d’autres artistes. Push et Malice essaient de sortir de leur contrat et vont jusqu’à attaquer Jive en justice. En attente d’un jugement, ils balancent les mixtapes We Got it for Cheap Volume 1 & 2 avec Ab-Liva et Sandman, des rappeurs de Philadelphie avec qui ils forment le collectif Re-Up Gang. C’est notamment le deuxième volume qui marque les esprits et aide le groupe à ne pas tomber dans l’oubli alors que leur album tarde à arriver.

Un jugement est prononcé et Clipse peut enfin rendre public son second album : Hell Hath No Fury. Conséquence directe de leurs frustrations, cet album est bien plus froid et sinistre que son prédécesseur. En termes de production, les Neptunes marchent sur l’eau. Dire que les prods qui constituent le projet étaient en avance sur leur temps serait un euphémisme, Pharell et Chad téléportent l’auditeur dans la cuisine d’une traphouse futuristique. Rien n’a pris une ride, des basses de Mr Me Too aux percussions de Wamp Wamp. L’expérimentation est totale, toujours ultra-efficace et exécutée avec précision. 

L’album vaudrait le détour ne serait-ce que pour les productions, mais Push et Malice sont eux aussi au top de leur forme et encore plus impitoyables qu’auparavant. Le thème central est encore une fois la vente de coke, la pochette ne laisse aucun doute là dessus : les mecs sont carrément appuyés sur un four. Les curseurs sont poussés à fond dans l’arrogance et la violence alors que Push et Malice affichent leur lifestyle opulent et hédonique. Aux punchlines acérées s’ajoutent des refrains très efficaces qui rendent le tout encore plus mémorable.

L’album se termine sur le somptueux Nightmares avec Bilal et Pharrell, une outro mélodieuse qui dénote avec l’ambiance glaçante des morceaux précédents. Pour la première fois, les deux frères vident leur sacs de toute la culpabilité et la paranoïa qu’induit leur style de vie. Un moment d’introspection puissant qui met en perspective le reste de l’album et leur musique de manière générale. Clairement un no-skip album, c’est sans l’ombre d’un doute le chef d’oeuvre du groupe. Matérialiste et outrancier, c’est un véritable classique du coke rap, une masterclass à tous les niveaux.

Ce pic artistique sera suivi d’une signature chez Columbia Records, chez qui ils sortent l’album du Re-Up Gang, le 3e volume de la série We Got It for Cheap et la mixtape Road til the Casket Drops en promotion de leur ligne de vêtements, tout ça en 2008. Ces projets là valent le détour mais sont plus destinés aux fans que de véritables portes d’entrées dans leur univers. 

Jamais deux sans trois, le groupe sort un nouvel album intitulé Til The Casket Drops en 2009. Les attentes sont plus hautes que jamais au vu de la qualité de Hell Hath No Fury qui était proche de la perfection. Mais malheureusement, cet opus là n’est pas au niveau. Bien moins efficace, il fait pâle figure face à ses prédécesseurs, tant au niveau du rap que des prods. On y trouve un Pusha T et un Malice moins incisifs et the Neptunes clairement moins inspirés qu’auparavant. On retient néanmoins quelques morceaux, comme le single Kinda Like a Big Deal en compagnie de Kanye West. Cette fois, le succès commercial et critique n’est pas au rendez vous.

Til The Casket Drops reste le dernier projet de Clipse en date. Peu après sa sortie, le manager du groupe écope d’une peine de prison de 32 ans et neuf proches du duo tombent également pour des raisons similaires. Fatigué de son train de vie et du message qu’il véhicule, Malice quitte le groupe et se tourne vers la religion.

Les deux frères empruntent alors des trajectoires diamétralement opposées. Pusha T signe chez G.O.O.D. Music, le label de Kanye West et entame une décennie prolifique avec des apparitions sur le chef d’oeuvre My Beautiful Dark Twisted Fantasy. Suite à cela, il enchaîne les projets de qualité fidèles au thèmes du coke rap, devient businessman à succès et même président de G.O.O.D. Music en 2015. De son côté, Malice se rebaptise No Malice, publie ses mémoires et sort deux albums de rap chrétien qui ne touchent pas vraiment le grand public.

A plusieurs reprises, des rumeurs d’une réunion émergent. Bien qu’il les ait souvent démenties, No Malice finit par déclarer en interview que ressortir de la musique avec son frère reste une possibilité. Il aura fallu attendre dix ans pour que les frères apparaissent à nouveau ensembles au micro : c’est sur le très réussi Use This Gospel tiré de l’album Jesus Is King de Kanye West que Clipse reprend du service. Un beau moment pour les fans, cohérent avec la nouvelle direction de No Malice étant donné le thème religieux de l’album. Malgré cela, aucune annonce concernant un nouveau projet de Clipse, le match retour paraît peu probable.


On retiendra que Clipse a su tirer son épingle du jeu malgré tous les obstacles parsemés sur leur parcours. Avec des mixtapes et albums devenus des classiques, ils ont marqué la décennie des années 2000 et posé les bases du coke rap. On est en droit de se demander à quoi leur carrière aurait ressemblé s’ils avaient échappé à toutes leurs galères de label, mais mieux vaut être reconnaissants pour la musique qui a bel et bien vu le jour. Le groupe laisse derrière lui une œuvre courte mais intense et intemporelle, dont l’essence pourrait se résumer au slogan qu’ils placardaient sur leur t-shirts XL en couverture du magazine Mass Appeal : There’s no business like snow business.

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