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Prince Waly, prince de la ville

Photo de l'article : Prince Waly, prince de la ville

Écrit le 14 septembre 2020 par Caine dans Portraits

Em City ! Voici le nom du système carcéral inventé par Tim McManus joué par Terry Kinney dans la série légendaire Oz produit par HBO entre 1997 et 2003. Dans la série, nous sommes mêlés entre les divisions par les camps ethnico-raciaux, les alliances inattendues, les surprenantes trahisons ou le contenu plus qu’explicite, parfois même choquant présenté à l’écran. Mais aujourd’hui, ce n’est pas de ce Em City que je souhaite vous parler, enfin pas totalement. Aujourd’hui, nous nous dirigeons plutôt vers M. City, plus communément appelé Montreuil en Seine-Saint-Denis, où nous trouvons un groupe qui sera mieux que moi vous présenter la série Oz et cela grâce à leur titre eM cité, présent sur leur premier album. Je parle bien évidemment de Big Budha Cheez, groupe composé de Fiasko Proximo (rappeur/producteur) et Prince Waly (rappeur) du collectif Exepoq Organisation.

Le duo montreuillois se connait depuis leurs années au collège où ils sont dans la même classe et là où Fiasko donnera l’amour du rap à Waly en lui refilant Jeunes, coupables et libres des X-Men. De là le groupe ne cessera de rapper mais ce n’est pas avant 2012 qu’ils sortiront leur premier projet intitulé Ma routine roule à M.City. Nous ressentons dès ce premier projet cette atmosphère old school inspiré par Time Bomb et très influencé par la culture américaine qui fera l’identité du groupe. Leur son reste très différent des autres artistes de la scène montreuilloise (Triplego, Ichon, Loveni, Swift Guad, …) mais cela reste tout de même raccord avec le véritable melting pot qu’est la ville de Montreuil.

C’est avec le maxi M. City Citizen sorti l’année suivante et le titre éponyme que la notoriété du groupe commence doucement à grimper. Il faudra attendre l’année 2016 avant que le groupe ne sorte son premier album L’heure des loups. Ce dernier permettra au groupe d’avoir l’attention des médias et de faire leurs premiers gros interviews notamment sur Générations et OKLM Radio. Cet album comprend des titres tel que : Triple C un véritable hymne pour la ride, Mes patrons un titre dédié aux parents des deux rappeurs et le fameux eM cité où les deux rappeurs font vivre les personnages de la série Oz dans la ville de Montreuil comme pour boucler la boucle. Le tout dans une ambiance nocturne et bien sur un sample du générique de la série comme beat. 

L’actualité Big Budha Cheez sera mise entre parenthèses pendant tout le reste de l’année 2016. Mais en septembre de cette même année, Prince Waly sortira son premier single en solo intitulé Junior produit par Myth Syzer et extrait de leur projet en commun intitulé aussi Junior, qui sortira en novembre de la même année. Depuis le morceau Clean Shoes nous n’avions pas entendu les deux artistes ensemble. Nous restons toujours dans l’ADN old school du rappeur dans ses références et ses textes et même si Myth Syzer nous a habitué à des prods assez électroniques, il plonge ici dans l’univers old school de Waly mais la paire donne un véritable de vent de fraîcheur.

Nous retrouvons sur ce projet ses voisins de Montreuil comme Ichon sur Zéro et Loveni sur Vinewood où les deux MC se prennent pour des gangsters dans le Hollywood de GTA. On y trouve aussi la chanteuse Ada sur le titre Ginger qui fait référence au personnage de Ginger McKenna joué par Sharon Stone dans le film Casino de Martin Scorsese. Même si le groupe n’est pas séparer, ce premier projet solo de Waly lui permettra de démontrer son potentiel en tant que rappeur solo sur tout un projet. Il continuera de faire des couplets solos sur des projets de Triplego, Tengo John, L’uzine, DJ Titai ou encore avec Lomepal et le producteur de légende The Alchemist sur le projet Paris L.A. Bruxelles de Red Bull Music au cours de l’année 2017 ce qui lui permettra de perfectionner sa plume en s’opposant à d’autres rappeurs.

C’est fin 2017 que le groupe signe son retour avec le clip Murphy Dog. Ils reviendront en février 2018 avec Chez Ace, une référence au film préféré de Prince Waly : Paid in Full et au personnage d’Ace Boogie joué par Wood Harris. Ces singles annoncent la sortie de leur deuxième album Épicerie Coréenne. Un titre qui fait encore référence à la culture américaine : La scène d’ouverture de Menace II Society c’est dans une épicerie coréenne, Omar se fait fumer dans une épicerie coréenne dans The Wire. Tout peut se passer dans une épicerie coréenne ! indique le groupe montreuillois. Nous remarquons que même si les deux singles sont signés Big Budha Cheez, ce sont réellement des solos de Prince Waly avec Fiasko à la prod. Cela résumera plus ou moins leur deuxième album. C’est une cour de récréation pour Waly qui retrouve son producteur de prédilection.

Fiasko n’a que deux couplets sur l’intégralité du projet mais en produit l’intégralité. Il participe à des pré-refrains, des refrains ou des outros mais le reste du temps c’est le Prince qui brille comme sur mon morceau préféré de l’album Hell. Ce choix de la part de Fiasko est dû au fait qu’il voulait plus se focaliser sur la production comme il le dit dans leur interview “Quartier Libre” de Keskia. A contrario de l’album précédent nous pouvons retrouver un rappeur en featuring sur le dernier titre de l’album Jennyfer, un véritable storytelling sur la femme parfaite mais un homme qui ne sait plus aimer et qui de mieux qu’Oxmo Puccino pour un storytelling ? Un artiste que Prince Waly a beaucoup écouté, en particulier le classique Opéra Puccino si bien que pendant un moment le rappeur montreuillois ne faisait que des storytellings et devait se forcer pour écrire des morceaux “normaux”. Ils l’invitèrent aussi d’ailleurs à la release party de l’album qui s’est tenue au centre culturel de hip-hop La Place à Châtelet. Ce deuxième album du groupe contient aussi le titre éponyme fort de sens qui dénonce en partie les violences policières et raciales en général. Ce dernier est accompagné d’un superbe clip signé Lokmane.

Pour le reste partie de l’année 2018, l’actualité Big Budha Cheez est de nouveau mise à l’écart mais le Prince signe son retour en solo en novembre avec le clip de Marsellus Wallace. Encore une fois on retrouve les références cinématographiques qu’adore le Prince. Ici, il s’agit d’une référence directe au personnage de Marsellus Wallace joué par Ving Rhames dans Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Si vous n’avez toujours pas vu ce classique, la meilleure manière de décrire ce personnage est d’écouter le refrain du morceau “Marsellus Wallace à son anus, on dit RIP”.
Comme à son habitude le clip est très soigné et scénarisé à la manière d’un film de gangster. Il est signé Valentin Petit à qui nous devons Louis XIV de Joke, Risibles Amours de Nekfeu ou plus récemment Floor Seats d’A$AP Ferg. Il sortira le mois suivant le morceau Rain Main en featuring avec un collègue de longue date : Tengo John. Il annonce que ces deux morceaux sont extraits de son EP qui sortira en janvier 2019 : BO Y Z (pour ma Bande Originale en YZ).

Il dit dans ses interviews vouloir prendre des risques par rapport à ses projets de groupe et à Junior, et cela se ressent avec les deux premiers extraits. Même si les thèmes dans les textes sont toujours old school et bourrés de références au cinéma voire à la culture américaine en général, les prods choisies par Waly ne reflètent plus la même chose. Comme sur le titre éponyme de l’EP en featuring avec le groupe de rock français Feu! Chatterton. On aurait pu difficilement imaginer Prince Waly rapper avec un groupe de rock et encore moins faire un storytelling inspiré du film Moonlight sorti en 2016. Dans ce dernier, le personnage principal est un homme noir homosexuel qui grandit dans un contexte familial/social compliqué et qui redoute notamment le fait de faire son coming-out. Nous pouvons aussi retrouver sur cet EP son compère de Montreuil Loveni, la chanteuse Enchantée Julia sur le morceau Girl où nous pouvons entendre le Prince chanter; ainsi qu’Alpha Wann, où on ne les avait pas entendu ensemble depuis 2014 sur Rov or Benz de Hologram Lo’ et enfin le duo montreuillois Triplego sur le titre Yz.

L’EP fut très bien reçu par la critique et les feux semblaient enfin être au vert pour le rappeur de Montreuil. Il sorti le clip de Doggy Bag un mois après la sortie de l’EP et il commença une petite tournée un peu partout en France. Un concours était aussi prévu autour du morceau Yz mais malheureusement tout s’arrêta sans prévenir. En effet, dû à des soucis de santé, la moitié de Big Budha Cheez a dû annuler certaines dates, avant d’annuler la tournée entière car sa santé s’empirait au moment où les planètes semblaient enfin alignées pour le rappeur. 

Malgré tout, le Prince a fait son retour sur les réseaux sociaux et nous avons pu voir des vidéos de ce dernier à la salle où il avait l’air en grande forme. De plus, il a récemment répondu à nos collègues de 1863 dans un tweet : 

On espère donc un retour de Prince Waly courant 2021 et peut-être même un single d’ici la fin de l’année en cours. En tout cas, c’est un plaisir de voir qu’il va mieux ! Longue vie au Prince et à bientôt on l’espère.

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