Caballero : retour en cavalier seul

Sans donner beaucoup d’informations, Caballero a teasé à plusieurs reprises son retour en solo, après 4 ans de collaboration étroite avec JeanJass, au sein de la trilogie Double Hélice et High & fines herbes. C’est donc l’occasion de revenir sur la carrière de Caballero, avant qu’il soit accompagné d’un grand frisé natif de Charleroi. Car oui, le barbu belge existait avant ça.

Caballero a sorti trois projets solos avant Double Hélice. Le premier, Laisse-moi faire (2011), contenait un morceau intitulé Côté obscur. Au-delà du fait qu’il a lui aussi tendance à être foncedé dans le vaisseau comme Harisson, le titre représente bien la carrière solo du barbu.

Avant d’être un entertainer, un Jean-Luc Reichmann en herbe, brassant les foules sur scène en compagnie de son « bon JeanJass », Caballero nageait plutôt dans la mélancolie. Sans être pour autant un rappeur dépressif, la couleur des morceaux était bien plus sombre que celle que l’on connaît aujourd’hui.

Pour soigner nos mal-êtres, ils nous proposent blunt et bières.

Caballero – Constat et opinion

Imagine-t-on Caballero faire un morceau dans la peau d’un crackhead en 2020 ? C’est pourtant ce qu’il a fait avec brio 9 ans plus tôt sur Cette voix qui résonne. A la première personne, il décrit le quotidien d’un homme qui se réveille sur un banc, guidé par le besoin de trouver un caillou de crack. On suppose bien sûr qu’il ne s’agit pas de Caba mais il décrit avec énormément de précision les sensations que peuvent faire ressentir cette addiction. Le rimeur d’origine espagnole aime la drogue mais quand elle est plus douce et verte.

Il évoque sa consommation dans le morceau Cannabis (2011), en feat avec Ysha (un autre, avec un Y c’est important), sur une instru utilisée également par Georgio à la même époque (Mon vécu). Plus sincère que jamais, Caba décrit une addiction qui rythme sa vie, loin de l’ambiance joyeuse et drôle de la villa de High & Fines Herbes saison 3. On retrouve néanmoins ce mood dans son second couplet, où il parle de fous rires, tandis que dans le premier, il regrette ne pouvoir sourire que quand il « tire sur le slpiff d’Amnesia », allant jusqu’à dire qu’il déteste cette drogue, bien qu’il vive avec.

La drogue reste en fond de toute la discographie de Caballero. Si sa relation fusionnelle avec elle peut l’attrister, il y a d’autres choses qui lui laissent un arrière-goût amer. En 2011, Caballero a alors une vision très nihiliste du monde qui l’entoure, « une prison à l’air libre » selon lui. Un endroit où le mensonge règne en maître et où le doute est le premier des réflexes. Il se montre très critique par rapport à l’argent. Un des paradoxes de sa discographie. En huit ans, Caba est passé de « leur seul dieu est une mallette pleine de billets » à « empiler les liasses c’est le challenge ». Comme disait Bazoo, « mentalité capitaliste, c’est plus fight the power, nous c’est take the power ». Pas d’autres choix que de suivre les lois du système au risque de s’en retrouver exclu, la lignée que semble avoir suivi Caballero pour la suite de sa carrière.

C’est véridique : je le mérite.

Caballero – Mérité

En 2014, avec Le pont de la reine, le virage a été amorcé. Caba veut faire de l’argent avec le rap, et il s’époumone à le dire dans Longue vie. Il se place en gourou d’une secte dont les membres doivent lui verser de l’argent, où ils n’entendront plus le barbu faire une seule rime. Il en est presque à avoir la haine contre ceux qui ne le soutiennent pas, ceux qui retourneront leur veste après. La nécessité de percer est plus que jamais présente, et on aurait presque pu en déduire la suite, cette volonté de toucher un public plus large qui s’est mise en place avec JeanJass.

Caballero n’avait plus choix, c’était presque un ultimatum, et la fin de sa carrière semblait proche, celle qu’il raconte dans Toute bonne chose. Il s’y décrit en rappeur n’ayant jamais percé, et qui, en 2025, fait le bilan de sa vie, qu’il a passé à faire de la musique. On peut finalement y voir Caba s’il n’avait pas opérer le virage Double Hélice. Un Caba qui regrette de ne pas avoir fait de hits, d’avoir offert sa vie au rap, et qui a accumulé les regrets à la pelle. Qu’importe, le Caba de 2025 aime toujours autant le rap, « à en devenir zinzin ». C’est là-dessus qu’il conclut ce morceau touchant et, heureusement pour lui, non prémonitoire, puisque des hits, ou en tout cas des sons qui marchent, il en a fait depuis.

Cette histoire d’amour, il la narre depuis ses débuts. « Je fais ce truc à fond car j’aime ce truc », rappait-il dans C’est aussi simple que ça, en 2013. Le morceau est une démonstration de techniques de rimes, de multisyllabiques, comme il y en a plusieurs sur Laisse nous faire Vol. 1, du Freestyle de la cigarette fumante au Medley Goku en passant par Foume ça. Sur ce dernier, la vibe mélancolique amenée par la prod boom-bap est très présente. Mais il s’agit surtout d’égotrip, comme sur beaucoup des sons de Caba. Et El Gordo Guapo excelle dans ce registre.

C’est pour ceux qui ont compris qui était le roi des Belges.

Caballero – Chiens des villes

On pourrait facilement le résumer en disant qu’il est capable de rapper 8 min dans le Freestyle de la Cigarette Fumante le temps qu’elle crame jusqu’au filtre ») pour dire qu’il est le meilleur mais c’est plus nuancé et complexe que ça. Caba aime les jeux de mots, et s’ils peuvent parfois ressembler à des blagues carambar, ils font mouche une fois sortis de sa bouche, comme « n’haussez pas le ton, ceux qui font le poids sont panés (poissons panés) ». Tout dépend du public bien sûr, mais après tout ce n’est pas du stand up mais de la musique.

Caba aime aussi placer des références dans tous les sens, à la culture manga, le rap ou les vêtements, surtout Ralph Lauren, car comme le logo il est « à cheval sur la qualité ». On sent qu’il aime jouer avec les mots, et son charisme naturel les fait passer en douceur dans l’oreille de l’auditeur. Caba est souvent à l’aise, comme lors de ce freestyle à Skyrock, où il a scandé « Ralph lo, Ralph lo, Ralph lo » sur l’air de Gucci gang, avant de faire rimer Freezer avec proviseur, de S/o Senamo ou de placer le mot gobelin.

Le poumon d’or n’est jamais meilleur que quand il est libre, en freestyle ou sur des morceaux fleuves. Son duo avec JeanJass l’avait enfermé dans une formule qui se répétait souvent, et dans laquelle fatalement on l’entendait moins car il fallait bien partager les morceaux. Il a donné de très bons couplets avec le grand chevelu, dans Repeat, Rien de grave, Un endroit sûr ou A2. Ces dernières années néanmoins, Caba a livré certaines de ses meilleures prestations sur des collaborations hors JJ, que ce soit avec Obia le chef (CQJVD), Yes Mccan (Forêts), VEUST (D.M.T), ou encore Luv Resval (Sonic). Preuve que le Bruxellois a besoin de nouvelles émulations. Surtout, il a prouvé pendant ses années en duo qu’il avait une nouvelle arme en plus de toutes celles énumérées plus haut, la science de la mélodie pour assurer des refrains plus qu’efficaces sous autotune.


Caballero rappait en 2011, « j’ai besoin de beaucoup de rap, pas de Pokora, besoin de changer, donc fiston, souhaite moi bon courage ». Espérons qu’il garde ce besoin encore longtemps. Pour ce qui est de changer, du moins évoluer, il a su le faire. Et on ne peut que le féliciter pour être devenu ce qu’il voulait être : un rappeur qui gagne sa vie en faisant ce qu’il aime le plus, des rimes. 

Merci au photographe Cyprien.de pour la photographie.
Instagram : @cyprien.de

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