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Limsa, plus fort que Marvin des Anges.

Photo de l'article : Limsa, plus fort que Marvin des Anges.

Écrit le 29 mai 2020 par Amélien dans Portraits

Il y a un peu plus de deux mois maintenant est sorti la 42ème Grünt consacrée à Limsa d’Aulnay. Au-delà de la présence surprenante de l’ancien Kevin Ramos, c’était agréable de ne plus voir Limsa comme un simple invité d’un autre artiste. Le fait de le revoir débiter nous a rappelé de vieux souvenirs de précédentes Grünt où on lui remarquait un talent indéniable (jusqu’à ce qu’il se mette à improviser). Malgré ce discret talon d’Achille, ses performances lui permettent de prétendre au titre de rimeur le plus chaud du milieu sans aucun problème. À force de réécouter l’épisode, on a aussi remarqué qu’on avait toujours pas écrit de contenus sur lui. Corrigeons cette erreur malencontreuse et entrons dans la musique d’un des rappeurs en course les plus surprenants du 93. 

Difficile d’évoquer le nom de Limsa sans mentionner sa ville. La cité Emmaüs/de l’Europe (quartier dont provient notamment Sefyu) fait tellement partie de lui qu’elle est presque devenue un qualificatif. Entre une sorte de chewing-gum qui lui colle au basket et un titre de noblesse, il semble en être si fier qu’il est même compliqué de trouver des titres où il ne fait pas référence à ASB. D’ailleurs, grâce à son talent dans l’écriture et la formulation, on arrive aisément à saisir ses images sans jamais y avoir mis les pieds. Il fait partie de la longue liste de rappeurs forts d’Aulnay qui parviennent à raconter et à décrire ce qui les entourent ; autant dans les aspects positifs que négatifs. 

J’viens d’Aulnay, d’A-S-B, du 9.3.6.,
J’sais qu’tu l’sais connard, j’le répète dans chaque chanson

Limsa dans le Freestyle Planète rap de Lomepal

Biberonné au rap des années 90-2000 et en commençant à rapper au milieu des années 2000, il a notamment connu les instrus boom bap qui ont mal vieillis et l’accumulation de jeux de mots bancals ; ce qui a fini parfois par ternir un peu ses projets. Que ce soit dans “CBT” (Ça Baise Tout”) ou dans “Les Fleurs de Limsa” sortis en 2015, on ressent malgré tout une passion et un investissement qui transcendent les quelques phases un peu plus maigres.  

Son nom apparaît aux côtés de Sefyu (qu’il prend plaisir à imiter avec brio) mais aussi de Lacraps, de Lomepal jusqu’à Swift Guad. À cette liste non exhaustive, on pourrait d’ailleurs presque rajouter une collaboration avec Fianso puisque ce dernier a collaboré avec un autre Limsa (sachant qu’une dizaine d’autres rappeurs ont choisi le même blase). Pourtant malgré toutes ces apparitions, toujours pas de nouveau projet de Limsa depuis 2015. Le projet Logique Vol.1 semblerait être dans les fourneaux alors on continue de s’armer de patience en sachant qu’on ne sera pas déçus. 

Étonnamment, il semblerait que cette productivité particulière n’est pas (que) le résultat d’une feignardise. Il expliquait d’ailleurs au micro de Gimmic, qu’il jetait beaucoup de morceaux et que pour ce nouveau projet, il souhaitait sortir des sons plus intemporels et donc moins “impulsifs”. Car la polyvalence et la qualité d’écriture de Limsa ne sont plus à prouver. On peut notamment ici citer une référence d’un grand sage  : “Rien à perdre, rien à prouver”. 

On sent que le rappeur d’Aulnay-sous est plus à l’aise dans les couplets que que dans la construction de morceaux traditionnels. Car, si aujourd’hui les couplets sont toujours efficaces, il lui a fallu du temps pour qu’il apprenne à peaufiner ses structures. C’est justement dans la rime et les couplets qui tuent qu’il est vraiment dans dans son élément. 
Une des particularités qu’il a aussi appris à peaufiner, c’est la maîtrise de la rime taquine. Dans la même lignée mais avec souvent plus de finesse qu’un membre de Néochrome, Limsa sait trouver la rime qui surprend, qui fait réagir. Si l’auditeur ou le rappeur qui l’accompagne en freestyle ne réagit pas, il le prend comme une sorte de petite défaite. Généralement, il y a un côté bizarrement touchant car au-delà d’être surpris par la formule, on sent qu’il est assez transparent et fidèle à lui-même.

Pour autant, cette qualité aurait pu devenir un défaut à l’usure, s’il n’avait que ça à proposer. Heureusement pour lui, il n’est pas qu’un rappeur marrant et un autre de ses jutsus les plus intéressants reste son incroyable polyvalence lyricale. Puisque je suis le roi des analogies bancales, je dirais qu’Il parvient à nous faire sourire comme un Dave Chappelle et deux mesures plus tard nous toucher comme un Isha (ou un Salif ; toute proportion gardée blablabla). On peut ressentir son déchirement autant lorsqu’il rappe sur la tragédie que sont pour lui les réductions mammaires tout comme lorsqu’il évoquait les conséquences moins drôles de l’incarcération de son frère au sein de sa famille.

“Si j’te chara ton tél’ et que j’entends la Team BS dedans, wallah, c’est moi qui porte plainte” 

Limsa – MTSM — Aulnay-sous

Très proche de la 75e session et actif avec eux à l’époque où Jeanjass soignait encore ses couplets, on peut remarquer qu’il est dans un entre-deux assez bizarre. Avec les années de rap derrière lui, il n’est plus assez jeune pour être un rookie de la nouvelle école et en même temps, il est encore loin d’avoir l’âge d’un ancien. Avec un nouveau projet et une potentielle mise en avant en playlist, on peut espérer un regain d’intérêt pour un public qui ne le connaît pas encore, car paradoxalement, la plupart des rappeurs semblent le connaître. Limsa, c’est notre Riquelme (il s’y identifie, j’y connais toujours rien en foot), le genre de performeur qui fait l’unanimité sur le terrain mais qui aura difficilement la popularité des plus grands. 

Aujourd’hui, Limsa est encore un nom qu’on entend pas assez. Le fait que ce soit confirmé par l’ensemble des commentaires Youtube sous chacun de ses sons semble nous donner raison. De son détournement de références de “Culture Pop” à de sombre films en passant par sa Versatilité hors pair et son sens de l’humour bien dosé, on lui souhaite de briser son plafond de verre en touchant un public encore plus large. On espère aussi qu’au prochain article qu’on rédigera sur lui, il n’aura plus ce statut de vieil ami qu’on oublie mais avec qui on sait qu’on va passer un bon moment. 

Crédit Photos :@jeremygentit

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