Ratu$, pour les loups isolés

2021 nous aura garni de projets parfois oubliables et souvent décevants, principalement du côté des grosses têtes. Mais 2021 aura aussi été l’année des formats courts, la tendance s’installe de plus en plus chaque année mais celle-ci plus que jamais, ce fût le sacre des cinq à dix titres. Enfin, 2021 a surtout vu l’arrivée en nombre d’artistes prolifiques et remarquablement efficaces. On pourrait dire qu’il s’agit de « jeunes artistes », mais ce serait éclipser le travail en amont qui leur a permis d’en arriver là, l’expérience de vie engendrée retranscrite d’une bien belle façon en musique. Ils sont nombreux à avoir été généreux en nous offrant plus d’un projet, Robdbloc, Tedax Max, So La Lune, Djado Mado et tant d’autres. Parmi ces autres, on retrouve Ratu$, après le premier volet de Tout Travail Mérite Salaire (TTMS), le second est paru le 10 décembre dernier pour notre plus grand plaisir.

Ratus Lupus, tout pour la meute

Parmi la longue liste d’invités de don dada mixtape vol 1, Ratu$ s’était particulièrement démarqué avec Velux, cela s’était confirmé avec TTMS. Mais avec TTMS, Vol. 2, il semble monter le niveau d’encore un cran. Il démontre à nouveau une aisance insolente au micro, aisance couplée à un bel assemblage de prods aussi incisives que son écriture.

Sa musique traduit un véritable esprit d’équipe, au fil de l’écoute du projet on se retrouve porté au cœur d’une véritable ode à l’amitié, au groupe et à la fidélité qui lie ses membres. Pour le rappeur qui ne cesse de s’adresser à ses « loups », sa proposition se veut porteuse de messages et représentative, alors même que cela n’est pas toujours la lecture la plus logique. Nous en avons l’exemple avec le morceau CELLULAIRES qui est très brut, sans concession dans ce que l’artiste livre mais il y a un véritable contenu sous-jacent qu’il est intéressant d’aller rechercher. Dans son œuvre, la mentalité du charbonneur est présente en continu, mais ici il y a un véritable discours autour de la nécessité de travailler, celle d’aller chercher l’argent à tout prix. Cela passe donc par le deal, ce qu’il raconte, au fil des couplets. Cela est même accentué au refrain où une voix extérieure, vraisemblablement issue d’un reportage claqué sur TMC ou TF1, rapporte qu’il « découpe lui-même les morceaux de résine de cannabis qu’il va vendre ». Il y a alors un vrai travail autour de la narration d’un vécu, d’un quotidien compliqué mais qu’il doit surpasser. Et surtout, ce qui est intéressant avec cette idée autour de la nécessité de ramener l’oseille, c’est que ce n’est pas fondamentalement construit autour d’une quête perpétuelle d’enrichissement. Ces grosses sommes sous le matelas dont il parle en ouverture du titre peuvent évidemment être à but purement lucratif, mais la fin du morceau est bien plus précise sur ce point. Une nouvelle voix extérieure rapporte : « La vie de ma mère, ici les gens ils ont faim mais c’est pas faim d’argent, c’est faim pour de vrai quoi ». Après tout, nous étions au courant depuis quelques mois déjà, c’était annoncé par le nom de ses deux projets ; tout travail mérite salaire.

C’est selon moi ici que réside la force de Ratu$, et ce qui fait de TTMS, Vol. 2 un projet que j’ai particulièrement aimé sur la fin de 2021. Il parle de lui puisque c’est bien lui-même qu’il connait aussi bien. On pourrait penser à ses gars, à son équipe, mais comme il le dit lui-même sur NOMBRE 38, « Y’aura jamais d’histoire car mes reufs sont comme moi ». Une unicité entre lui et son équipe donne la sensation qu’il ne parle donc finalement jamais que de lui. Sa propre image, son existence sont le reflet d’un environnement, d’un entourage, d’une population qu’il représente, parfois malgré lui.


Des invités pertinents

L’un des vrais points forts de ce projet, et ce qui permet aussi à Ratu$ d’évoluer, est la présence d’autres artistes. Sur TTMS, Vol. 2 on retrouve alors Crones, S.Pri Noir puis Zamdane et Deen Burbigo sur le puissant PM 7513. Ratu$ a une formule, on y trouve certaines belles variations, il arrive très bien à jouer avec sa voix, notamment sur le titre CURRICULUM qui sort alors particulièrement du lot. Il ajoute énormément d’intensité, une dimension presque épique à sa musique sur le refrain, une grandeur dans laquelle l’auditeur se retrouve happé. Qu’il s’agisse du choix de la prod ou bien par ce que l’artiste a à raconter, il parvient à faire évoluer sa formule, mais l’idée d’inviter Zamdane pour l’aspect plus intimiste et touchant qu’il peut apporter est brillante. La douceur et la narration de l’artiste marsellais vient effracter une dimension plus mélodieuse de la musique de l’artiste de Pierrefitte-sur-Seine. Si ce morceau aurait pu se réduire à un simple featuring à deux, Deen Burbigo vient compléter, complexifier l’équation pour un morceau extrêmement bien pensé et des plus réussis.

En ce qui concerne les artistes cités plus haut, ils ne sont pas en reste. Alors qu’avec Crones il se retrouve à boxer, avec S.Pri Noir c’est la récréation, on sent que les deux artistes s’amusent et au-delà des références bienvenues à The Wire, c’est particulièrement plaisant à l’oreille. Dans les placements, ce qui vient alimenter les ambiances sur le titre, SUR ÉCOUTE est un morceau fort de ce projet.


La conclusion du projet est parfaitement orchestrée, SÉMINAIRE vient renforcer toutes ces valeurs qu’il dissémine dans sa musique. L’esprit de la meute dont nous parlions plus tôt se retrouve consolidé par les interludes parlées. L’idée est avant tout de maintenir la solidité et la fidélité au sein du groupe, on l’a bien compris, il ne cherche pas à se mélanger. Ce qui donne davantage de valeur aux invités du projet, partageant le même esprit, la sincérité comme pierre angulaire.

On veut la cohésion du groupe comme l’a fait Aimée

Ratu$ – SÉMINAIRE
Poésie de la douleur pour les exclus | Rap & Psycho

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