Interview Zinée 

Interview Zinée 

Alors que le nom de Zinée n’évoquait rien il y a à peine deux ans, elle s’est rapidement imposée comme la nouvelle perle de la 75eme Session. En quelques singles et deux projets, elle a posé les bases d’un univers bien marqué aux teintes nocturnes et à la mélancolie lancinante.


On a échangé avec Zinée le 30 avril dernier au centre culturel La Place quelques minutes avant son passage sur scène. L’artiste, très sereine juste avant son concert à guichet fermé aux côtés de Sheldon, s’est confiée sur son rapport à la scène et au public. 

On a notamment échangé sur son sens de l’amitié et de la collaboration artistique, mais aussi sur ses inspirations cinématographiques et sa sensibilité dans son processus créatif.  

Cul7ure : Comment te sens-tu juste avant de monter sur la scène de La Place ?

Zinée : Je me sens bien, je suis en famille donc c’est assez confortable on va dire.

7C : Récemment on t’a beaucoup vu accompagnée de musiciens. Pour toi, c’est l’occasion d’explorer d’autres terrains musicaux ? Ça donne à ta musique un côté rock assez inattendu.

Z : Rendre le truc plus accessible, tout simplement. Ouvrir le champ des possibles à quelqu’un qui n’aurait pas écouté de base pour qu’il y ait des sonorités qui lui rappellent plus d’autres choses. C’est un parti pris qu’on a décidé d’avoir et qui fonctionne plutôt bien

pour l’instant donc on en est très content. Et puis, je kiffe la scène, j’adore le studio, c’est un autre état d’esprit, mais on fait ça quand même pour ça, c’est un peu la finalité du truc tu vois.

7C : Tous tes projets sont sortis en période de COVID, j’imagine que c’est encore relativement nouveau pour toi.

Z : Ça va on fait avec ! C’est un métier donc ça s’apprend mais j’ai de la chance d’être accompagnée. C’est cool d’en faire plein, ça permet de comprendre vite le job.

7C : Ta musique est emplie de mélancolie et de solitude. Comment tu te sens quand tu joues des morceaux parfois très personnels devant une salle comble comme ce soir ?

Z : Je me dis que parmi toutes ces personnes, ça va forcément toucher des gens. Ça va faire écho, je suis pas toute seule à être comme ça. Je me dis que si ça peut répondre aux inquiétudes de quelqu’un, c’est cool. 

“Les gens comme moi se sentent plus à l’aise en étant moins vus”

7C : La solitude que tu évoques dans tes morceaux a un écho particulier avec la période de pandémie qu’on a traversée, et les confinements répétés. Comment tu l’as vécu ?

Z : Moi assez bien, ce qui est assez bizarre c’est que je suis un peu agoraphobe donc ça un peu légitimé mon propos. Déjà j’ai été protégée de ça dans le sens où j’ai aucun proche à moi qui est parti de ça donc j’ai pas eu à vivre cette souffrance. C’est un peu à double tranchant parce que je me suis encore plus renfermée sur moi-même. Marcher dans Paris pour moi c’est quasi impossible tu vois, je l’ai fait mais avec d’autres personnes, mais toute seule c’est flippant. Donc d’un côté ça m’a réconforté mais c’est aussi quelque chose de mauvais.

7C : La nuit est un autre motif récurrent de ta direction artistique, on la retrouve sur tes pochettes, dans tes clips. Qu’est-ce qui te touche particulièrement là-dedans ?

Z : Je trouve que la nuit on est pas pareil. En fait, vu qu’il y avait moins de lumière, on voit moins et les gens comme moi se sentent plus à l’aise en étant moins vus. Je sais pas si t’as déjà discuté avec quelqu’un dans une chambre quand il n’y a pas de lumière, mais tu dis des trucs que t’aurais jamais dit en pleine lumière à 10h du matin. Donc il y a vraiment ce truc dans la nuit qui est assez particulier, c’est aussi beaucoup lié à la musique parce qu’on la produit la nuit. La journée c’est un mood différent, c’est intéressant aussi mais mon truc c’est vraiment la nuit.

7C : Quelque chose qui m’interpelle dans tes morceaux, c’est ta perception de la mélancolie. Contrairement à l’idée qu’on peut se faire de cette émotion, tu ne vois pas ça comme quelque chose de foncièrement négatif.

depuis petite, j’ai essayé de le combattre mais c’est comme les traits de caractère de tes parents, t’as beau essayer de les gommer et te dire “je veux pas finir comme ça”, malheureusement il y a des choses qui sont inévitables. J’ai vécu des trucs dans ma vie qui font que je ne peux pas passer à côté de cette tristesse, si je me mens à moi-même je vais faire mal à mon corps et à ma tête. Donc autant le vivre positivement, l’accepter, et c’est justement grâce à ça que tu réalises à quel point c’est cool quand tu vas bien. Alors que quand t’es bien tout le temps tu te rends pas compte de la chance que t’as. Je trouve que la mélancolie permet de mieux comprendre ça. 

7C : Quand c’est quelque chose que tu connais bien, il peut y avoir une sorte de confort dans la familiarité de cette émotion.

Z : C’est ça, je suis trop à l’aise là-dedans. Parfois je me rends compte quand je discute avec des gens qu’au bout d’une demie heure je peux être hyper deep. Pour moi c’est naturel, il n’y a pas de mal à parler de trucs deep, j’ai banalisé certaines choses.

7C : Mettre autant de tes émotions dans ta musique, c’est un moyen pour toi de mieux les comprendre, de mieux les accepter ?

Z : Bien sûr. Évidemment, si j’avais pas ça, ça serait beaucoup plus compliqué c’est sûr.

7C : Dans le clip de Même Pas Mal, on te voit entourée de chiens. Quelle connexion tu ressens avec cet animal ?

Z : J’en ai un déjà, et j’avoue que je préfère les chiens aux humains depuis toujours. C’est un animal sacré pour moi. Il y a un lien, une connexion que j’ai avec mon chien que j’ai même pas au bout de plusieurs années avec des humains. Je sais qu’elle dépend de moi, c’est comme un enfant je me dois de répondre à ses besoins. Que je me sente bien ou pas, si je suis en souffrance, j’ai l’impression que c’est avec elle que je suis le plus connectée. J’ai un vrai truc avec les chiens et je pense que si à un moment la musique ça marche plus je partirai dans ça tu vois. Je me sens moi-même avec les chiens, je suis plus à l’aise. Je suis quelqu’un d’hyper instinctif, je fonctionne en meute donc je m’y retrouve beaucoup.

7C : Les visuels occupent une place cruciale dans ton projet artistique. Ils ne servent pas simplement d’habillage à ta musique, il y a un vrai dialogue entre la partie musicale et la partie visuelle.

Z : Je pense que depuis fin 90, le côté visuel, l’image, ne se détache pas du son. Il y a des gens qui trouvent ça étonnant, mais de base je suis pas quelqu’un qui s’exprime hyper bien alors je fonctionne vachement en images. Même ma musique est imagée, j’ai toujours des idées. Donc pour moi c’est inévitable dans le sens où je suis hyper à l’aise avec ça et je suis entourée de gens archi talentueux. Bouherrour c’est une des personnes les plus talentueuses que je connaisse sur Terre, et je pèse mes mots quand je dis ça. Pour moi, il a une intelligence artistique qui dépasse l’entendement, tu vois. Les prochains projets seront encore plus visuels, j’ai plein d’idées. 

7C : J’allais justement te parler de Bouherrour, qui s’est occupé de tes pochettes et dont on retrouve les illustrations sur tes réseaux. Tu peux nous en dire plus sur votre collaboration ?

Z : Un peu comme la musique avec Sheldon, je pose une idée, un cadre. J’ai pas de regard sur ce qu’il fait, je lui fais confiance de A à Z. Je lui envoie de la musique, il fait l’image. Au-delà de la collaboration artistique, c’est un ami, vraiment un de mes meilleurs potes carrément. Je crois que c’est la personne à laquelle je suis le plus connectée dans ma vie. On est deux humains identiques mais dans des lieux différents, on pense pareil on rêve des mêmes trucs, ça dépasse l’entendement. J’ai une relation hyper sacrée avec lui et c’est précieux pour moi, c’est comme avec la 75e, on est pas nombreux mais au moins on est ensemble.

7C : J’ai l’impression que les films d’animation, ceux du Studio Ghibli notamment, ont une importance particulière pour toi.

Z : C’est venu un peu sur le tard lorsque j’ai eu un problème de santé qui a fait que j’ai été immobilisée un moment. J’ai toujours été fascinée par Le voyage de Chihiro, il me restait plein d’images mais je ne me souvenais pas de l’histoire en détail. Ça m’a sortie de mon état d’esprit négatif, c’était un truc tellement contemplatif et il s’y passe tellement de choses en même temps. Il y a plein de choses à comprendre, que ces femmes sont dans des bains et que ça fait écho à la prostitution, les sans-visages qui sont les japonais moyens. Plein de trucs m’ont matrixée tard, petite j’étais plutôt Disney/Pixar. Je suis fan de cinéma, donc j’essaye de regarder ce qu’il se passe dans l’animation. Les derniers Pixar, les derniers Disney, j’essaye vraiment d’être à la page.

7C : Tu as eu l’occasion de voir Alerte Rouge, le dernier Pixar en date ?

Z : Il est trop bien, t’as kiffé !? Je m’attendais pas à ce que ça aille là ! Mais c’est comme Coco, c’est vraiment des dessins animés où tu sens que l’intrigue devient de plus en plus travaillée. Coco est un de mes Pixar préférés, Vice Versa je le trouve hyper bien… En vrai j’aime aussi vraiment les films plus anciens, Le Bossu de Notre Dame, des trucs qui sont passés un peu à la trappe, Montres et Cie, l’Âge de Glace, Pocahontas… Y’en a trop, on en a pour 8 jours, je suis en train de me tirer une balle dans le pied !

7C : Ces films-là sont donc liés à l’enfance dont tu tires beaucoup d’inspiration. 

Z : Je me souviens que mes parents m’emmenaient à des projections de petits courts-métrages d’animation. Ça n’a rien à voir mais j’aimais beaucoup Les Triplettes de Belleville. C’est flippant mais j’aime bien les trucs un peu creepy, les musiques, les films, cette imagerie m’avait matrixée. Le temps passe, j’aime toujours autant Les Triplettes de Belleville mais c’est pas pareil, ça fait moins écho, c’est par période ! 

7C : L’imagerie de tes pochettes, les squelettes, mélangé à l’enfance, on pense forcément à…

Z : Tim Burton ! Les Noces Funèbres c’est vraiment LE dessin animé de mon enfance ! J’aime trop, je le trouve incroyable. J’aime bien les trucs un peu deep, c’est comme ça hein on choisit pas.

“Je suis fan de cinéma, donc j’essaye de regarder ce qu’il se passe dans l’animation.”

7C : Ça fait bientôt un an que tu as sorti COBALT, quel bilan fais-tu de ce projet là ? 

Z : Je l’aime toujours ! Je travaille sur autre chose, mais je ne le subis pas du tout, je vis encore dedans. La scène c’est des supers moments pour ça.

7C : Tu connais déjà la forme que va prendre la suite ?

Z : Je prépare des singles, pas un album mais un projet, pour cette année si Dieu veut. Je peux pas en dire plus mais on travaille, on prépare de belles choses.


Interview réalisée par Guillaume, questions préparées avec Tassa.
Photographies par Inès.

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