XXXTentacion – 17

XXXTentacion – 17

Aujourd’hui, on s’attaque à un personnage aussi talentueux que controversé : XXXtentacion. C’est la raison pour laquelle on va se concentrer uniquement sur le côté musical et non sur les dernières frasques dans lesquelles le jeune rappeur s’est impliqué. Son premier album s’intitule donc 17, « Seventeen ». Ce nombre n’est pas anodin, il fait directement référence à un de ses tatouages présents sur le côté droit de son front. Il semblerait que ce soit l’âge auquel il souhaitait mourir en étant plus jeune. 17 est un album au ton très sinistre mais aussi un témoin de la santé mentale d’X en déclin. On est dans un cas de dépression au sens psychiatrique/clinique et non au sens du spleen mélancolique que l’on retrouve souvent chez certains mauvais rappeurs. Ici, on sent que c’est sérieux.

Sorti le 25 août dernier, le projet est littéralement aux antipodes de ce qu’il a pu faire auparavant. Une des caractéristiques principales qui définit le rappeur est qu’il est capable de s’adapter à des morceaux aux ambiances diamétralement opposées. Personnellement, je le connaissais plus sur un autre registre que celui de l’album. C’était essentiellement des sons où il ressortait toute sa haine et sa colère à s’en péter la voix (cf des titres comme Gnarly Bastard ou Shut up) ou bien sur des prods très douce comme Versatile ou Ghost. Justement cette versatilité est très intéressante même si elle peut aussi signifier en parallèle qu’il n’arrive pas à être très bon à un seul endroit alors il essaie d’utiliser cette surproductivité pour combler ce manque.

Bien plus que du spleen. 

Dès l’intro, XXX créé une bulle de discussion où il s’exprime directement à l’auditeur -a capella- pour lui expliquer ce qui va suivre. Cet album sera le résultat d’une dépression pure et d’un concentré très dense de ses cauchemars. C’est aussi une façon d’extérioriser des années d’accumulation émotive, on est dans le schéma classique de « la musique comme thérapie ». D’ailleurs, un jour il faudra tout de même faire le compte du nombre d’albums composés avec des samples (géniaux) de l’Instagram de Shiloh Dynasty.

Ce qui est intéressant avec l’album, c’est la manière dont l’artiste utilise les instrumentales. Les paroles sont souvent sombres voire mornes mais elles sont toujours habillées d’instrumentales douces voire lumineuses.

Pour raconter le suicide d’une de ses amies qui souffrait de dépression (Jocelyn Flores), il va le faire sur une prod plutôt lo-fi et calme plutôt qu’avec un piano et des violons. Malgré ça, on sent que son impuissance face à cet évènement semble l’avoir complètement détruit psychologiquement. Lui-même évoque le stress post-traumatique qu’il a traversé. L’anxiété constante, les cauchemars ou souvent des insomnies à répétition. En bref, un cocktail empoisonné qui ne risquait pas d’arranger son cas déjà fragile.

Dans 17, Il faut savoir que les sons de l’album sont souvent très courts. Ils n’atteignent jamais les trois minutes et c’est ce qui peut les rendre encore plus bruts et denses. Cependant, dans l’écriture et l’interprétation, on peut aussi se demander s’il est vraiment capable de faire des morceaux plus longs.

S’en suit le morceau Depression and Obsession, X est de nouveau à la guitare et chantonne encore une fois ses émotions. Il évoque donc son ex-femme Geneva Ayala -dont le nom est celui de l’outro- dans une douzaine de phases plutôt mélodieuses et sur Genius, on peut voir que la plupart des annotations sont plus longues que l’entièreté de son couplet.

On retrouve donc les deux leitmotivs de tout l’album qui sont la dépression et l’obsession (amoureuse).

Tout comme dans l’outro Ayala, où il raconte à nouveau la manière dont la fin de cette relation lui a fait mal et le consumerait. La manière dont il répète Depression and obsession don’t always mix well peut rappeler dans une vibe différente le désormais célèbre Push me to the edge, all my friends are dead de Lil Uzi vert sur XO TOUR Lif3. Ce qui en soi est plutôt logique puisqu’ils sont deux représentants de l’emo rap.

Sur Everybody Dies in their Nightmare, la caisse claire retentit, le ciel s’assombrit un peu plus et X nous livre un flow plus rapide et moins articulé. De nouveau sur une prod lo-fi accompagnée par un sample mélancolique, il évoque la boucle dans laquelle il est coincé. Une spirale de solitude et de frustration dans laquelle il semble sombrer de plus en plus. On sent vraiment les différentes loops et le fait que le morceau dure le temps d’un long audio Whatsapp invite ses fans à le réécouter encore et encore pour assouvir et calmer leurs pulsions d’emo.

Lorsqu’on arrive au titre suivant, on retrouve la même thématique que le second morceau : Les remords par rapport au décès de Jocelyn F. Revenge est le premier son de l’album teasé par XXXtentacion. Après la publication du son, beaucoup ont cru à sa mort. En particulier à cause des phrases à double sens parsemées dans le texte et la manière dont était envoyée le morceau. Sur les réseaux (pouloulou), ses détracteurs en ont profité pour se réjouir de sa (présumée) mort. Le son était en fait directement dédié à… Jocelyn Flores.

Save Me est un titre très différent du reste de l’album. C’est clairement un appel à l’aide. La guitare acoustique est remplacée par une guitare électrique. La tonalité se rapproche plus du grunge avec des riffs de batterie rappelant des groupes Pearl Jam. D’ailleurs, X révélait dans une interview pour le journal américain XXL que Nirvana était une inspiration dans sa musique. C’était peut-être un indice sur le fait qu’il fallait justement faire en sorte qu’il aille voir des spécialistes de la santé afin de régler ses problèmes internes. Mais ici, avant de finir comme Kurt Cobain, il semble chercher de l’aide, n’importe qui. La moindre main tendue qui pourra l’aider à sortir de cet état sera la bienvenue.

Save me before I fall

XXXtentacion – Save Me.

L’interlude en piano-voix permet de respirer un peu pendant que X chante désespérément sa douleur et que Trippie Redd amène un peu de fraîcheur et de luminosité. Avec le titre Fuck Love, X évoque (à nouveau) sa relation achevée avec Geneva Ayala mais la prod est beaucoup plus rythmée et les deux rappeurs semblent se compléter.

Carry On est sûrement le meilleur morceau. Le sample de Shilhoh Dynasty (encore) semble être mieux réfléchi et travaillé (c’est faux mais faisons comme-ci). Malgré tout, il est plus intéressant car y’a un côté où désormais, il comprend que plutôt que de pleurer dans sa baignoire, il faut avancer (= To Carry On). Le bpm est beaucoup plus lent et lui laisse de la place pour exprimer ses contradictions et son désarroi pendant qu’on se contente de bouger lentement la tête grâce à la basse.

Au final, un nouveau piano s’installe, le ton est grave, c’est au tour d’Orlando. (=ville dans laquelle il s’est fait arrêté avant que son ex-femme, Geneva, le trompe). La voix d’X est l’unique élément qui accompagne le piano, ce qui renforce un peu le côté solitude authentique. On sent qu’à la fin du morceau, X n’est plus qu’un simple homme totalement « ripped » (anéanti), perdu.

Au fil de la lecture de cette chronique, on pourrait se dire que l’album est répétitif ou bien qu’il tourne toujours autour des mêmes sujets. C’est pas tout à fait vrai mais c’est pas totalement faux. L’album est intéressant quand on passe au-delà de la redondance et du manque de relief de certains titres. D’un côté, on sent qu’il met sur le papier tout ce qu’il a sur le cœur mais de l’autre, c’est assez compliqué de mettre de côté totalement les affaires judiciaires dont il fait preuve.

A mon avis, l’album reste réussi mais en même temps quand on voit à quel point les morceaux sont courts, c’est assez compliqué de vraiment rentrer dans sa musique ou dans sa tête. Parfois, un couplet de plus serait tout de même le bienvenue. XXXtentacion a annoncé un nouvel EP « ?» pour 2018. Reste à voir la trajectoire artistique qu’il décidera de prendre. En espérant qu’il ne se détruise pas lui-même avant histoire qu’on ait le temps de l’écouter.

Petit Update : J’ai écouté l’album « ?« . Au final, l’album est plus long, 18 titres. On pourrait se dire que c’est une bonne chose mais au final, on garde le défaut de vouloir faire à tout prix de tout sans être très bon nulle part. Malgré tout, y’a quelques bons morceaux, le featuring avec Joey Bada$$ reste la surprise la plus agréable. Dans l’article, on a principalement parlé de sa musique mais elle est tellement liée à lui et à sa musique que c’est assez compliqué de « séparer » les deux. Du coup, si malgré cette (merveilleuse) chronique, vous voulez continuer à boycotter l’artiste car l’écouter serait en opposition avec vos convictions et bien vous auriez raison. Et si vous souhaitez l’écouter malgré toutes les affaires judiciaires qui commencent à s’accumuler autour de Jahseh Dwayne Ricardo Onfroy, c’est votre choix.

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