Jungle Jack – “Flow salace, style propret”

Jungle Jack – “Flow salace, style propret”

Pour les amateurs de dessins animés, Jungle Jack est un animal non-identifié (ressemblant à un petit ours), héros d’un film d’animation danois qui pourrait être issu d’un épisode d’Itchy et Scratchy. Alors que pour les diggers, il est plutôt question d’un talentueux rappeur venu tout droit de Ménilmontant. Nulle place au doute, ici, il ne sera que très peu question du premier ; même si le second y fait souvent référence. Que cela passe par des samples de dialogues du film d’animation dans l’introduction de l’EP JUNGLE DES ILLUSIONS VOL. 1 ou même dans la constitution du profil de notre rappeur. En plus de prendre le nom de l’animal, Jungle Jack s’approprie également le lore entier du film à travers ce 1er EP.

Il évoque fréquemment son rapport à Paris, la ville et sa façon d’y évoluer, la rapprochant très souvent de l’image de la jungle. Ce concept de “jungle urbaine”, bien connu du rap français, Jungle Jack en a donc fait son terrain de jeu, le tout avec un style assez incisif, via lequel il met en avant une totale maîtrise de sa technique et une vie où les bons produits abondent.

Amateur de bonnes choses

A travers son premier EP, Jungle Jack développe son univers et s’il fallait le résumer cela pourrait tenir un mot : épicurien. On l’écoute évoluer dans ce milieu où il ne fait que profiter de la vie. Le travail n’est jamais évoqué dans sa musique, il est uniquement question de prendre du plaisir, pour parfois simplement profiter, d’autres fois soigner certains maux. On pourrait s’attendre à des pseudos-discours de réussite type “on n’a rien sans rien”, mais l’idée n’est pas là. Quelques phases parlent même de difficulté financière mais ces dernières ne l’empêchent en rien dans ses projets : profiter. Jungle Jack développe un mode de vie bien spécifique, adapté à son bon vouloir autour des choses qu’il aime.

Des barbeucs dans des parcs, on se mélange comme des cartes, parle pas trop comme des carpes
J’fais des activités cools, j’ai des amis cools
Khapta à une convention dans des habits cools

Jungle Jack – Jungle Jack

Au travers de l’EP, on ressent une réelle accumulation de bonnes choses, on comprend que Jungle Jack apprécie le beau linge, fume de l’herbe de qualité accompagnée également d’un bon whisky et d’un repas 5 étoiles. Il s’agit d’un réel esthète, qui pousse le perfectionnisme dans chaque aspect de son quotidien. On comprend ainsi que Jungle Jack ne laisse aucune place à ce qu’il n’apprécie pas, qu’il en veut toujours plus et qu’il s’agit quasiment de sa quête principale. Il justifie cela simplement : “Créer de l’abondance, c’est le sens de la vie”

Dans chaque titre, on retrouve cette opulence et la question de l’abondance est importante pour comprendre sa musique. En effet, par définition, la jungle, c’est une nature abondante, un lieu où la vie suit son cours sans l’intervention de l’Homme avec des vivres à foison, des bienfaits mais également des dangers. Si Jungle Jack affectionne particulièrement cette image c’est parce que c’est quelque chose d’infini. Il ne sera jamais assez repu pour être satisfait et il s’en rend compte. Cette volonté à des bienfaits, puisque cela le rend heureux dans un sens mais il connaît également les défauts d’une telle exigence. Ainsi, lorsqu’il déclare “Polo jusqu’au caleçon, j’suis aliéné”, on voit alors une connivence avec le mouvement Lo-Life, et cette volonté de porter des habits de qualité, d’en posséder le plus possible ce qui colle tout à fait à sa vision de la vie, qui le pousse finalement à une surconsommation de ces produits qu’il affectionne. 

La jungle nous ramène alors directement à l’aspect luxuriant, que l’on retrouve à la fois sur la cover impressionnante réalisée par Arthur Platel mais aussi dans le titre du projet. En effet, ce double- sens “des illusions/désillusions » rappelle notamment le danger du piège d’en vouloir toujours plus et le fait de se perdre dans l’illusion de bonheur que cela peut procurer. Cette désillusion qui arrive lorsqu’on réalise que cette surconsommation n’a que peu de sens mais qu’en parallèle il est difficile de s’en passer.

Par ailleurs, il va aussi utiliser certains aspects plus négatifs pour les retourner à son profit. Comme il le rappelle dans JUNGLE PACK, l’idée est de ne rien rejeter de cette jungle : “Cette musique résonne plus profondément quand la vie est dure / J’suis avec les cafards et tout ce qui t’répugne”. Ici, il s’appuie sur un autre aspect, celui qui peut mener à éviter la jungle. On y retrouve l’ensemble des aspects hostiles, il évoque sa relation avec les femmes notamment mais il s’oppose surtout à toute une catégorie de la société : les plus riches. Il se positionne dans les bas-fonds de cette jungle où certes il brille, mais ne renie pas faire partie d’un monde qui peut faire fuir certains.
L’ensemble de cet univers est développé par un biais esthétique important : une technique travaillée et efficace.

L’importance de la performance

A l’écoute de JUNGLE DES ILLUSIONS VOL. 1, on retrouve une ambiance que l’on pouvait observer au début de la dernière décennie : cette volonté de remettre le rap au centre des préoccupations de l’artiste. En effet, s’il a une obsession récurrente, c’est bien la qualité de son rap, Jungle Jack en est sûr, fier et veut continuer à la travailler. On y retrouve ainsi de nombreuses multi-syllabiques et un goût prononcé pour la rime, parfois poussé à outrance. L’artiste met un point d’honneur à livrer un projet de qualité et pour lui, la qualité passe par un rap pur, sans fioriture, sans artifice. Jungle Jack revendique produire une musique assez noble, il est fidèle à certains codes et en rejette d’autres : “Fuck un mumble rap, le collectionneur d’artefacts / Propriétaire de lézards, j’suis dans la culture, les arts”. 

Les prods utilisées auraient pu l’être à l’époque, mais l’ensemble n’a rien de daté, c’est absolument au goût du jour et cet ensemble apporte un intérêt supplémentaire à sa musique. Le projet ne nous offre aucun répit et chaque titre est une véritable démonstration de style. Sur des prods très différentes en matière d’ambiances, il laisse toujours place à un débit assez rapide avec des textes remplis de références qui ne sont jamais inaccessibles. Jungle Jack, mis à part son nom d’artiste, parle à tous et le fait avec un sens de la rime aiguisé :

C’est la débrouille comme Tom Sawyer, y’a des serpents comme Fort Boyard
Sous tord-boyaux et jus de goyave, je te peins des images comme Goya

Jungle Jack – VPN

Cet EP est un condensé de technique avec parfois de belles images : “Boite de Nike en guise de caisse d’épargne”, toujours une ambiance qui sent le hip hop à plein nez dans laquelle on ressent une envie de tout casser, de devenir le roi de cette fameuse jungle et surtout, via laquelle on se reconnaît aisément à l’artiste. Jungle Jack nous dépeint un mode de vie assez simple et proche de ce que chacun peut aspirer selon divers aspects alors n’hésitez pas à aller tendre une oreille.

Articles similaires

T-Wayne, un projet rêvé devenu désargenté

T-Wayne, un projet rêvé devenu désargenté

Zamdane, évolution et DA

Zamdane, évolution et DA

Fanclub de Kent Jamz : l’éclipse du rap

Fanclub de Kent Jamz : l’éclipse du rap

ULTRA ou l’art de la musique suffisante 

ULTRA ou l’art de la musique suffisante