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Zamdane, plus que du potentiel

Photo de l'article : Zamdane, plus que du potentiel

Écrit le 17 avril 2020 par Victor dans Portraits

L’Olympique de Marseille a consacré, il y a peu, une série de freestyle à des artistes avec des mots imposés. Parmi les invités, on retrouve des beaux noms comme REDK, Kemmler ou encore Zamdane ; avec le titre Potentiel.
Si le jeune rappeur a confirmé dans ce morceau qu’il en avait, il demande justement : « Qu’est-ce que je paie avec un potentiel ? ». En guise de réponse, voilà tout ce qu’il a déjà accompli, en à peine quatre ans de rap.

Originaire du Maroc, Zamdane a découvert le rap à son arrivée à Marseille. Sans avoir les pouvoirs magiques d’un Jul, le vécu de Soso Maness ou encore les hits de Naps, il possède bien une affiliation à la cité phocéenne. 

Zamdane vient de cette ville où le plus souvent, quand on fait du rap, c’est avec le cœur. Un rap qui sonne vrai dans ses moindres recoins. Qui sait si les rues marseillaises seraient pavées d’une potion, donnant une dimension authentique aux phases du moindre rappeur qui foulerait ses pavés ? Il n’en est évidemment rien mais difficile de ne pas voir un lien entre les rappeurs cités plus hauts et les pionniers que sont Akhenaton ou Shurik’n, puis après eux la Fonky Family ou encore les Psy 4 de la Rime. Certes, des mauvais rappeurs, il y en a forcément dans la ville de l’OM, mais Zamdane ne fait pas partie de ceux-là, et a plutôt suivi la voie de ces illustres prédécesseurs. D’ailleurs, la voix de Zamdane semble sortir tout droit de ses tripes, du fond de sa gorge.
Comme s’il était resté muet trop longtemps, comme si un besoin urgent le poussait à rapper sa vie. Sa rencontre avec le rap, elle s’est faite tard, à 18 ans, lors de son arrivée en France expliquait-il au micro d’OKLM. Avant ça, ses oreilles étaient peu attirées par le rap, à Marrakech, là où il a grandi. 

« J’ai tout renfermé dans un carnet, j’suis sûr de ma mort, pas sûr de m’réincarner »

Zamdane – Affamé #1 : Shook

Cette phase est issue de Shook, le premier morceau d’une série de freestyles au nom évocateur : Affamé. Zamdane a des crocs à la mesure de son appétit. Par crocs, il s’agit ici de moyens. Ses extraits les plus anciens datent de 2017. Il se pose alors en formidable kickeur, un puits sans fin de rimes percutantes. Sur TJPC (Trop jeune pour comprendre), le flow est calme, témoignant d’une certaine confiance. Une prod trap, lente, classique se mêle à des assonances à la pelle, des rimes au milieu, au début et en fin de phase. Contrairement au titre du son, Zamdane a l’air de bien avoir compris comment rapper, et vite ; malgré sa jeune expérience. 

Cette singularité, déjà, se détache de sa musique. Quelque chose en plus. Des fautes en moins, celles que les autres font. Favaro, sorti aussi en 2017, est la quintessence de ce qu’il est alors. Un rappeur naturellement à l’aise sur la prod, aux rimes aussi insouciantes que nombreuses. 

L’année suivante, il confirme toutes les promesses entrevues avec le projet 20’s. L’objectif est alors de « casser le code de : ‘il va nous envoyer que du rap’ », selon ses propres dires, toujours chez OKLM. Le pari est réussi puisque Zamdane démontre que si la rime est l’une de ses armes, le chant en est une autre. 

Arrivé du Maroc, Zamdane a rapporté un peu de la musicalité propre à son pays. La scène rap marocaine, en expansion, avec Shayfeen, 7LIWA ou encore Issam, se caractérise par des flows percutants, surpassant la plupart des rappeurs français par cette puissance mélodique. Zamdane ne rappe que très rarement en darija mais il a conservé cette faculté à créer des chants planants, qui sonnent parfois comme des plaintes, entre mélancolie et exutoire.

« Mama j’ai des problèmes mais tout ira mieux, j’te promets de sourire un peu »

Zamdane – Oh Mama

Les prods, originales, entre électro et trap plus classique, accompagnent des lyrics qui oscillent toujours entre la sincérité pure et l’égotrip ambitieux. Le morceau Disaster illustre cette ambivalence puisque, coupé en deux. Il passe d’une balade où il explique que « le plus dur c’est ce qu’on cumule », à un banger sombre, hurlant qu’il veut « voir des billets dans (s)es poches ». 

Le projet est construit là-dessus, mais ce sont surtout les morceaux introspectifs qui retiennent l’attention, de Quand je fume à Fallait, ou encore Mama. Des notes de piano ne sont jamais bien loin, compagnons de la mélancolie du rappeur. 

« Au point où j’en suis, j’ai plus rien à perdre »

Zamdane – Affamé #2 : 21

C’est ainsi qu’il entame 21, un de ses morceaux les plus aboutis, extraits de la série de freestyle Affamé. Le débit est précis, le texte est à cœur ouvert, toujours pris entre l’étau de la fougue et celui des désillusions passées. Le dernier prend le dessus à plusieurs reprises : « C’est vide dans ma tête et je vois rien devant. » Un discours qui laisse pourtant entrevoir un bel avenir dans le rap. 

Le rap nihiliste, comme Lunatic jadis , serait-il donc celui qui renferme le plus de promesses ? Zamdane n’est pas Booba, ni Ali, loin de là. Une de ses comparaisons artistiques, qu’il avait cité comme un de ses premiers coups de cœur de rap, est à aller chercher plus récemment. Du côté de Georgio, et son écriture plus que réelle, ses rimes exutoires. Comme lui, Zamdane a eu sa phase de rime pure à ses débuts pour s’orienter vers quelque chose de plus ouvert musicalement. Le Marseillais reste tout de même encore loin de la semi-pop chantée que produit désormais Georgio. 

Zamdane est plus que jamais actuel musicalement. Il lâche des flows semblables à des vraies comptines, son vécu en plus. La série de podcasts Rookie (2019), dans laquelle on le suit, avec son équipe, dans son quotidien, permet de comprendre comment les mélodies germent dans son esprit (épisode 1), et comment il les agrémente de mots qui collent à son identité.

Cette série a été réalisée pendant la création de Z, projet sur lequel Zamdane a expérimenté des flows toujours plus chantants. Les prods sont très ouvertes, presque électro, celle de Recommence ou Dans le noir notamment. Zamdane est transparent dans ses textes, bien présent derrière le micro. Le morceau Mémoire transpire de son vécu, celui d’un jeune marocain qui a quitté son pays pour la France, et qui vit désormais pour le rap. 

Zamdane aime les images, qui sonnent comme des dictons quasiment. « Je suis sous le ciel, à part ça j’ai aucun abri », chante-t-il dans Low. Ce morceau apparaît comme une fusion entre les balades et les bangers, identité qu’il avait développée dans 20’s. La prod est sombre, les paroles aussi : « celui que je prenais pour exemple a pris quelques pilules a fini par ôter une âme. » Le flow est pourtant lumineux. La voix se fait parfois douce, parfois plus profonde, ou haute. L’énergie reste la même, et du début à la fin, le ton est juste. C’est ce qui fait la force de Zamdane, cette justesse. 

Un projet a été évoqué furtivement sur ses réseaux sociaux mais pour l’instant, ni date, ni cover. Le rappeur semble en tout cas savoir où il va, aussi bien en terme de rap que de communication. Il s’est d’ailleurs servi d’Instagram pour publier plusieurs morceaux, clippés au Maroc. Une façon de faire patienter son public sans abuser de la productivité. Car Zamdane a déjà beaucoup fait avec son « potentiel », mais il lui reste désormais à prouver qu’il a plus que ça : du talent.


Crédit photo : Compte Instagram de Zamdane

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