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DJ Screw, la révolution silencieuse

Photo de l'article : DJ Screw, la révolution silencieuse

Écrit le 5 décembre 2018 par Tristan dans Portraits

DJ Screw fait partie de ces pionniers du hip-hop injustement oubliés. Il a ouvert la voie à toute une génération de rappeurs et de beatmakers, en faisant du sample bien plus qu’une boucle instrumentale.

DJ Screw fait partie de la scène musicale hip-hop texane. Il démarre sa carrière dans les années 1980, alors qu’il à peine 12 ans, mais il ne commence à se faire remarquer et sa patte ne se crée réellement que dans les années 1990. Sa discographie est très fournie, il a produit plus de 200 mixtapes, la plupart qu’il vendait lui même directement. Quatre albums sont distribués nationalement avant sa mort : All Screwed Up Vol II, 3 ‘N TheMornin’ (Part Two), All Work No Play et Disc2 of SPM’s Power Moves The Table.

Screw est l’inventeur des mix et remix dits Chopped’n Screwed. Ces remix ont la particularité première d’être très lents, un tempo d’environ 75 bpm contre environ 120 pour du hip-hop plus classique. Ces morceaux, par leur lenteur, sont très graves et utilisent les basses comme rarement elle ne l’avaient été dans le rap. De plus, le chopped’n screwed modifie le morceau en passant certaines pulsations, en coupant le morceau et en utilisant des scratchs. Ces morceaux semblent plus lourds, et se placent à contre-courant de leur époque qui faisait la part belle à des morceaux toujours plus rapides.

Une des influences majeures de ce mouvement musical provient de la drogue. En effet, au début des années 1990, le lean (ou purple drank) devient une drogue populaire à cause de deux facteurs majeurs : le Texas avait une politique de répression des drogues classique très sévère, et le sirop pour la toux (qui contient la codéine nécessaire au purple drank) était peu cher et facilement accessible. Le purple drank et la marijuana permettent au chopped’n screwed de toucher son public, en effet, elles donnent une impression de ralenti et de détente très prononcée.

Si DJ Screw décède en 2000, c’est dans les années suivant sa mort que le genre aura son impact le plus fort. En 2001 sort SpaceAge 4 Eva de 8 Ball et MJG aka le premier album de Chopped’n Screwed sorti sur un label majeur, et en 2005 sort Most Known Unknown, de Three 6 Mafia, le premier album de rap Chopped’n Screwed vendu à plus de un million de copies. Enfin en 2006 sort une version remixée par OG Ron C de The Sound of Revenge, de Chamillionaire qui devient l’album chopped’n screwed le plus populaire de tous les temps.

Mais au delà de l’impact sur les chiffres, DJ Screw a ouvert la voie à de nombreux artistes. Tout d’abord, la scène hip-hop texane ne serait pas aussi développée. Le gouverneur du Texas l’a ainsi nommé Texas Music Pioneer, un festival nommé DJ Screwfest est créé. Vice lui consacre aussi un documentaire et enfin la partie de la bibliothèque de l’université de Houston consacrée au Hip-Hop contient une section DJ Screw Papers dans laquelle on peut notamment trouver 1500 enregistrements sur vinyle de Dj Screw.

Lorsque l’on sort de son impact sur le Texas, on constate que sa musique est porteuse d’influence : elle a inspiré quelques musiciens de la scène électronique expérimentale. Mais surtout, elle a modifié l’utilisation du sample : ceux-ci sont étirés, ralentis pour créer parfois des mélodies complètement différentes. De plus, le Chopped’n screwed a ouvert la voie à d’autres styles de rap bien plus lents comme le cloud rap de Lil B ou de PNL.

Et c’est là l’apport majeur du chopped’n screwed : au-delà de ce qu’il est réellement, il a permis un renouvellement musical au hip-hop. En effet, si le cloud rap vient assez vite en tête, il ne faut pas oublier que des artistes comme Freeze Corleone ont su utiliser et se réapproprier l’ambiance lourde et poisseuse de ce type de morceau pour créer quelque chose de nouveau. La trap d’Atlanta avec Migos notamment a su également réutiliser l’apport musical des basses et aujourd’hui plus personne n’imagine un morceau de trap voire de rap sans des grosses basses. De plus, que serait le morceau Kill Yourself (Part 3) des $uicideBoy$ sans son refrain qui vient d’un sample
 du morceau A Bitter Song de Butterfly Boucher passé à la moulinette du chopped’n screwed.

Travis Scott cite DJ Screw comme une de ses influences, et lui rend même hommage dans le morceau RIP Screw de son album Astroworld. Travis Scott cite dans ce morceau un des classiques de DJ Screw ; SouthSide. De plus, le refrain rappelle également ce qui caractérise ce genre du hip-hop :  

Rest in peace to Screw, tonight we take it slowly.

Travis Scott – R.I.P. SCREW

On retrouve aussi des hommages au sein de l’héxagone :

Je mets tout en screw comme si j’étais au Texas 

Népal – Necronomicon

Le chopped’n screwed en lui-même a perdu sa popularité massive, mais grâce à la magie d’Internet, il reste une communauté de passionnés qui font des remix de morceaux populaires ou non, et de façon plus ou moins qualitative. Certains en font leur activité musical principale comme le beatmaker Ocho qui a un Bandcamp et un Soundcloud consacrés à cet exercice.

En résumé, si dans les années 90 DJ Screw s’impose comme une figure majeure de la scène sud-américaine, ce n’est que dans les années 2000 après sa mort que les codes qu’il a créé se démocratiseront et contribueront à l’expansion musicale du rap. Il reste dans l’ombre, mais son influence est énorme sur le rap et le hip-hop engénéral : manière de sampler, manière de mixer, ambiances musicales.

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