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SCH, le déluge tempère l'incendie

Photo de l'article : SCH, le déluge tempère l'incendie

Écrit le 7 août 2020 par Marine dans Parenthèses

Miroir de l’Homme qui pense, l’eau est l’élément qui accompagne SCH depuis sa première mixtape A7. Sous ses formes les plus dangereuses et vertueuses, elle représente différents aspects de conscience que l’on retrouve dans l’écriture et l’imagerie du rappeur Marseillais. Bercé par les eaux Méditerranéennes, SCH est associé à l’élément du feu de part son signe astrologique. Un paradoxe étroitement lié à sa double identité d’artiste. En cinq ans, le S a pris les reines de son antipode, l’eau, pour narrer au mieux l’histoire d’une vie et appréhender le futur.

Revenons quelques années en arrière avec la cover de son premier projet, A7. L’eau n’est pas directement représenté sous sa forme naturelle mais la couleur bleu froide y fait écho et nous pouvons interpréter le mur derrière lui comme un bloc de glace qu’il va tenter de briser pour affronter ses thèmes. Ce côté froid est métaphorisé dans le clip FusiI avec des décors montagneux aux températures négatives. C’est dans ce même morceau que le fameux « reflet dans l’eau » est relaté pour la première fois. SCH est au commencement d’un deuil livré à un public encore peu connu. Mais il a « du temps et peu sommeil » pour évoluer et guérir ses plaies. En 2016, on le retrouve dans une baignoire de sang dès le premier titre Anarchie annonçant d’emblée la couleur de ses émotions. Il n’est pas guérit « le bien le mal j’ai plus trop notion » (Alléluia) , il n’y a plus d’ordres dans ses pensées, c’est l’Anarchie. Son élément, le feu semble prendre le dessus sur l’affabilité de l’eau. SCH ne fait même plus écho à son inspiration, le reflet dans l’eau, remplacé par un miroir « je parle à mon miroir, il me dit t’as morflé » (Himalaya). Celui-ci est troublé par la vapeur présente sur la pochette : on le voit découragé sous la chaleur des gouttes d’eau. Avec cette cover SCH est au coeur de l’introspection et de la réflexion « La nuit je me réveille en nage, sûrement noyé par mes tords, noyé par mes remords ». Beaucoup d’incertitudes et de mélancolie se dégagent de cet album appuyé par l’effervescence de la notoriété et par conséquence, l’éloignement de ses proches, principalement sa maman. Un lien indéfectible appuyé par l’allégorie de notre élément porteur : l’eau. Symbole de la figure maternelle et de la créature divine que nous retrouveront toutes deux dans ses futurs projets.

Un an plus tard, avec son troisième album Deo Favente, le numéro 19 est couvert non plus de simples gouttes d’eau mais d’un liquide doré, nous pouvons interpréter ça comme un signe de transfiguration. Sa peine devient précieuse, il peut même la manipuler, la détourner grâce à l’or (représentatif de l’argent généré). Toutefois, l’Être Humain doute toujours et malgré ses efforts, SCH nous dit : « Je parle à la lune encore, je vois ton reflet dans l’eau » (Nino Brown). Sa blessure est encore présente. Il laisse place à la désillusion et se montre fataliste quand au sort qui lui est réservé :

Mes rêves noyés dans un demi

SCH – La Nuit

Peut-être faudrait-il un pansement fait de ciment pour recouvrir ses traumatismes. Et c’est avec son projet le plus aboutit, JVLIVS, que l’eau ne se trouve plus sur lui mais derrière lui, représentée par une fontaine, synonyme de pureté et de guérison : « Il m’a fallut le temps pour comprendre […] j’ai plus ton reflet dans l’eau » (Ciel Rouge). Dans cette lignée de cicatrisation, il repense à ses écrits passés marqués par la solitude en parlant de déluge, forme la plus brutale de l’eau. « J’étais sous la flotte quand c’était le déluge », SCH nous dit ici qu’il a laissé ses douleurs lui faire du mal pour en ressortir plus grand. La guérison est présente grâce à l’eau bénite et pure de la fontaine. Nous faisons ainsi directement un lien avec la religion fortement citée dans ses écrits. Comme lavé de ses pêchés, ses fautes, ses colères et ses peines il avance toujours le regard incliné vers le bas pour garder un œil sur sa vie d’avant, son enfance et sa nostalgie qui guident sa plume. Nous finissons ce chemin avec son dernier album Rooftop venant aboutir cette réflexion. L’eau y est parfaitement représentée. SCH n’a pas fini avec une piscine de lean pour oublier ses peines, mais sur un rooftop où l’eau y est turquoise, translucide. Il est de plus en plus loin de cet élément, n’est plus torse nu comme sur ses précédentes covers : in fine « Maman peut réouvrir ses rideaux y’a plus le crime en bas y’a la piscine ». Le déluge a tempéré l’incendie jusqu’au prochain Tome II de JVLIVS prévu prochainement.

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