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Échange avec Dehmo

Échange avec Dehmo

Après quelques projets de groupe au sein de la MZ, quelques projets solo dont le dernier en date Rogue, Dehmo revient avec ce nouvel album : Addict. Un projet marqué par de nouveaux sentiments et ressentis, une impression de sagesse, mais également cette hargne toujours aussi présente et symbolique pour l’artiste parisien. Nous avons pu nous entretenir avec Dehmo à l’occasion de cette sortie, nous avons donc recueillis ses propos pour compléter cet article.

Je le disais, on a ici affaire à un projet dans lequel Dehmo se dévoile davantage, par moments on se retrouve dans un rapport très intimiste à l’artiste et à l’humain qui se cache derrière. L’intro du projet amène justement un sentiment particulier en ce sens. Il nous confiait d’ailleurs se sentir lui-même plus mature, moins turbulent et avec une gamberge plus avancée. Si le Dehmo d’il y a encore quelques années pouvait sembler plus impulsif, moins réfléchi, sur ce projet le ressenti global est plus nuancé. Plus posé, (en musique, mais également lors de l’entretien), on le retrouve renforcé par son expérience et son parcours. Le bagage accumulé de son côté nous ouvre la porte à un artiste plus assagi donc, maître de ses émotions, mais aussi de son statut et de son vécu.

On fait quoi dans la vie ? On vit.
On fait quoi dans le binks ? On deale

Dehmo – Sablier

Le titre Sablier arrive en quatrième position dans l’album, la position idéale au regard des deux titres précédents ; plus violents. Sur Sablier donc, en posant sur cette instru composée de douces notes de guitare, Dehmo dresse le bilan. Dans un rapport assez défaitiste à la vie, il y a parle de  « génération sacrifiée », présente le deal comme une impasse de laquelle il est plus que difficile de se sortir. Et finalement ce n’est pas ce que j’avais précédemment retenu de Dehmo dans sa musique. Au niveau de la thématique, ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus révolutionnaire. Aussi, on est bien entendu conscient qu’au niveau des enjeux sociaux mais aussi économiques, il est très régulièrement compliqué de percevoir autre alternative que celle de l’économie souterraine pour plusieurs générations, pour une jeunesse sacrifiée comme il l’exprime. Mais sa façon de l’aborder, sur Sablier permet de faire ressortir l’idée du temps qui passe et les questionnements qui peuvent intervenir dans son évolution. Il nous confiait lui-même que le temps est devenu une vraie problématique pour lui, ou du moins qu’elle a pris davantage d’importance et qu’en vieillissant il en prend conscience d’une façon différente.

Il nous parlait d’ailleurs de la notion de réalité, celle à laquelle on est confronté à un instant T. Une réalité amenée à évoluer et offrant de nouvelles perceptions. Et si finalement ses propos semblent défaitistes, ils semblent induire l’idée qu’il faut être prêt à se battre chaque jour car rien n’est facile, il peut en exister une lecture toute autre. Soprano rappait Puisqu’il faut vivre, sur un ton triste, face à son psy, Dehmo lui estime que puisqu’il faut vivre, il faut aussi savoir percevoir les moments de joie.

Si le projet Rogue avait connu un succès d’estime relatif et avait semblé séduire davantage que les précédents, il nous expliquait ne pas forcément calculer toutes les questions autour de la réception du public. J’ai d’ailleurs évoqué avec lui la longueur du projet. A l’heure où les formats courts sont plébiscités, il est vrai que 15 titres, ça peut commencer à faire peur à une partie du public. Finalement, il n’en est rien, l’ensemble est plus que cohérent et très pertinent dans l’évolution logique que semble suivre Dehmo. Il justifiait d’ailleurs ce format par l’envie de rester maître de sa musique et de ne pas se laisser dicter par les codes de l’industrie. C’est vrai que si en 2020 un grand nombre d’artistes ont su tirer son épingle du jeu en misant sur des formats courts, on pourrait craindre que cela devienne la norme et non plus une réelle volonté artistique. Ici, Dehmo parvient à constituer un projet tel qu’il l’imagine et le résultat est au rendez-vous.

Un autre passage semble inévitable en 2020, la présence de titre(s) Drill sur le projet, Dehmo n’y échappe évidemment pas. Une nouvelle fois je lui ai demandé son ressenti sur le mouvement, sur ce qui le constitue en France et sur le fait que tous veulent s’y mettre sans forcément amener quelque chose d’intéressant. Sa réponse a été très simple, si c’est la tendance, c’est que ça plaît aux gens, mais aussi aux artistes qui la produisent. Et effectivement, si on peut parler de mode, il reste important de souligner que de nombreux artistes, qui ont pu se saisir de cette tendance, l’ont avant tout fait par passion ou bien amour de ce style fraîchement arrivé en France. Ce qui donne donc le titre Pikachu sur ce projet, un titre sur lequel Dehmo prend le genre au sérieux mais l’adapte pour en faire un vrai titre d’ambiance, loin du sérieux et de la violence habituellement attribués à la Drill. Cela pourra surprendre les adeptes du genre, mais force est de constater que c’est efficace et réussi.

Enfin, nous retrouvons deux artistes sur ce projet, Tayc et Chilly. Je dois avouer être passé à côté de ces deux artistes, si je ne suis pas hermétique à leurs propositions, je n’avais pas encore pris le temps de m’y attarder plus longuement. Conscient de la force de Tayc et donc de sa voix, je m’attendais à une connexion très rappée sur laquelle Dehmo aurait pu miser sur la voix douce de Tayc, il n’en est rien. Il y a une vraie complémentarité qui opère et l’invité parvient à ramener Dehmo dans son univers.

Il en est de même pour le feat avec Chilly, présenté comme tout ce qu’il y a de plus naturel. Proches avant même la musique, la connexion semblait être une évidence pour les deux et cela donne un titre tout en puissance sur lequel les deux mc’s performent avec une aisance presque insolente.




Vous l’aurez compris, un projet qu’on a particulièrement apprécié par ici, il montre un Dehmo en constante évolution dans sa réflexion et dans ce qu’il met en musique. Puis ; comme dit avec lui lorsqu’il m’a posé la question, je n’aurais pas pris le temps d’en discuter avec lui si ce n’était pas le cas. On vous invite donc grandement à y prêter un oreille.