Interview Exoslayer

Bien qu’encore peu identifié par le grand public, Exoslayer est l’une des têtes d’affiches les plus intéressantes de la scène bordelaise. Alors qu’il s’apprête à faire son grand retour, on a pu discuter avec le jeune rappeur à l’occasion de son passage sur scène au cours de la soirée FRAP au PopUp du Label.


Cul7ure : Salut Exo, et merci de nous accorder cette interview. Commençons par la petite présentation classique !

Exoslayer : Salut moi c’est Exo, j’ai 22 ans, je fais du son, principalement du rap. Je suis aussi beatmaker, je fais ce que j’aime, c’est surtout ça.

7C : D’autant plus que tu as des influences musicales très diverses.

E : Quand j’étais petit, j’écoutais beaucoup de variété, genre Dalida mais aussi de la pop, Michael Jackson, du R&B et tout… C’est vraiment à la fin du collège que j’ai commencé à vraiment écouter du rap, bien que j’en écoutais un peu avant parce que mon père en écoutait beaucoup. J’ai commencé avec Playboi Carti, après UnoTheActivist, toute la plug music qui tournait autour de MexikoDro, qui a plus de visibilité maintenant ou encore Chief Keef pour la drill. Mon influence musicale est principalement anglaise et cainri, en France j’écoute surtout les gens qui sont autour de moi.

7C : Ça fait maintenant un moment que tu rappes, à quoi ressemblaient tes premiers pas dans la musique ?

E : À rien en vrai. C’était du rap pour rapper, beaucoup d’insultes pour rien. On a tous commencé par là en vrai, c’est naze mais c’est surtout que j’avais besoin de m’exprimer. J’y ai pris goût et ça a révélé une vraie passion, maintenant je kiffe vraiment ce que je fais !

7C : Comme tu le disais, tu es égale-ment beatmaker. J’ai l’impression que tu attaches une attention bien particulière aux producteurs qui t’entourent, comme Raiden par exemple.

E : Avec Raiden, c’est différent parce que c’est mon meilleur pote, on s’est rencontré au lycée et on s’est jamais lâché. C’est vrai qu’en tant que beatmaker, je comprends la manière dont ils sont mis au second plan. J’essaie de bosser la prod avec eux, plutôt que de fonctionner avec des packs de prods. On pourra jamais faire une musique qui nous ressemble à nous deux si lui m’envoie son style et que je pose dans le mien, il faut une cohésion. C’est ça qui fait que le morceau nous ressemble. S/o à tous les beatmakers autour de moi, je vais pas commencer à les citer parce que je vais en oublier mais ils se reconnaîtront.

7C : Dans cet esprit, il y a aussi la connexion avec Izen avec qui tu as sorti le EP EXOIZEN. Ça aussi c’était une connexion organique ?

E : Je l’ai rencontré par hasard, on s’est croisé au studio à Bordeaux, puis on s’est renvoyé un message et on a décidé sur un coup de tête de faire EXOIZEN. On avait fait Por Favor, et Vesqui dont on savait pas trop quoi faire. On est allé chez Raiden, on a fait la prod de 147 à trois, j’ai posé le lendemain matin, j’étais hangover, fatigué de ouf.

7C : Sur ton SoundCloud comme sur les plateformes, tu t’essaies à pas mal de styles différents. Te renouveler musicalement, c’est quelque chose de vital ?

E : Je pense pas que ce soit forcément vital, mais je pense qu’il faut passer un peu par tout pour se trouver. J’ai pas commencé avec de la DMV mais vers 2018-2019 et quand j’ai commencé, c’était vachement léger puis j’ai perfectionné le truc. J’étais beaucoup influencé par Hoodrich Pablo Juan, c’est le boss dans ce style pour moi. Avoir fait de la 2-step, de la drill samplée, de la drill chantée, un peu de tout, ça me permet de m’ouvrir musicalement pour trouver ce que j’aime et ce que j’ai envie de proposer, c’est pour ça que j’en suis là. En 2019, j’ai commencé à écouter toute la vibe Summrs, KANKAN, ça m’a vachement influencé dans mes choix de prod. Aujourd’hui, je suis sur des trucs archi minimalistes, ambiants, épurés pour que j’ai de l’espace et pour apporter tout ce qui manque à la prod avec ma voix.


C’est pas tant ce que je raconte qui compte,
c’est surtout ce que je veux faire ressentir aux gens.


7C : Aujourd’hui, tu dirais que tu es encore dans une phase d’expérimentation ou tu penses avoir vraiment trouvé le style Exo ?

E : Actuellement, je trouve vraiment ce que j’aime faire et ce que j’aime proposer mais on arrête jamais d’essayer des trucs. Il y aura forcément une wave que j’aurais envie d’essayer, j’essaie pas de suivre la tendance du moment. J’ai fait vite fait de la drill en 2018 puis j’en ai fait avec EXOIZEN, puis j’ai tenté la drill samplée mais même si ça marche c’est pas forcément ce que j’ai envie de proposer tout le temps, même si c’est marrant.

7C : Tu as une méthode particulière dans ta création ou ça se passe vraiment à l’instinct quand tu es en studio ?

E : A partir du moment où j’ai un micro devant moi et une prod qui me plaît. J’ai pas forcément de texte, ça dépend. Quand j’ai envie de bosser un truc sérieux, d’y réfléchir, je peux prendre le temps pour écrire quelque chose comme une minute du morceau et faire le reste en impro. 95 % du temps, j’ai pas de texte, je fais les sons en 15 ou 20 minutes. Je passe surtout du temps sur le mix, pour vraiment atteindre le son que je veux. C’est pas tant ce que je raconte qui compte, c’est surtout ce que je veux faire ressentir aux gens.

7C : Donc comme certaines de tes influences, tu recherches plutôt un feeling que de pousser le côté lyrics ?

E : Ça vient naturellement tu vois, je vais pas raconter des cap. Pas de casquette comme dirait Serane. Plus tu vis des choses, plus t’en as à dire. A partir du moment où t’as des choses à dire et que c’est assez bien amené pour être intéressant, ce qui compte c’est pas ce que tu vas dire, c’est plutôt comment tu vas le dire. C’est comme Fifa, plus tu joues, plus t’as des d’automatismes, ça va de plus en plus vite. Ce qui reste, c’est la manière dont les gens vont le ressentir. Ça passe par le mixage, l’intensité de ta voix, est ce que tu mets une phrase en background ou en top? Ça change l’impact que ça aura. Les deux sont aussi importants mais j’accorde plus de temps au mix.

7C : Tu as l’impression que la pandémie a été un frein à ton ascension ?

E : En vrai, je m’en fous complètement. Je fais vraiment ça par passion, si je peux gagner un billet avec je suis content. Si les gens kiffent et que je kiffe, c’est tout ce qui m’importe. Je suis un mec discret, j’aime pas trop m’étaler, faire l’intéressant. Et d’ailleurs c’est pas forcément négatif, je suis pas non plus trop lowkey, trop timide, je suis ouvert mais ma notoriété j’y accorde pas trop d’importance. L’autre jour on m’a reconnu au concert de JMK$, ça fait plaisir mais je sais pas trop comment réagir.

7C : Tu me disais que tu t’étais installé à Paris, mais tu es originaire de Bordeaux. Quel regard portes-tu portes sur la scène rap actuelle de cette ville ?

E : Sur Bordeaux, y’a que les slimes qui avancent. Honnêtement, Bordeaux c’est pas une ville qui veut avancer, qui se donne les moyens pour. Y’a des opportunités mais il faut se donner, et à Bordeaux y’a que les gens autour de moi qui se donnent les moyens. Si je me donne pour faire avancer les gens, il faut que ce soit réciproque.

7C : Avec la team z0ne derrière toi, tu as pu passer à la vitesse supérieure dans tes projets ?

E : De ouf, je leur dis pas assez mais sans eux j’en serais pas là. Je suis aller les chercher à un moment où je montais mon truc et j’étais à charge de 5-6 personnes qui n’avaient pas la même vision des choses que moi. Il a fallu que je me coupe de tout ça et que je me concentre sur moi pour avancer. Ça a stonk de ouf comme on dit. Ce qui est dommage, c’est que c’est des gens proches de moi que je côtoie plus autant, alors que j’avais envie de les emmener avec moi. Heureusement que z0ne m’ont sorti de ça. Il y a toujours des désaccords mais on arrive toujours à gérer à l’amiable et que tout le monde s’entende. Maintenant je vois ma musique différemment, avant je regardais trop les stats, tout ça. Maintenant je fais simplement la musique que j’aime, si les gens adhèrent, ils suivent. Je peux me concentrer sur le créatif et eux sur le business.

7C : On se parle dans le cadre de l’événement FRAP, qui mêle rap et sapes. Tu saurais définir ton style vestimentaire ?

E : C’est slime frère ! Je m’habille avec ce que j’ai sous la main, je suis pas un gars des marques, des designers. Pantalon Nike, Basket Nike. Casquette Graal pour s/o le frangin, pull Uniqlo, en vrai je m’en fous. Noir ou blanc, pas trop de couleurs.

7C : C’est quoi la prochaine étape pour toi ? T’as des projets dans les tiroirs ?

E : J’ai un projet qui devrait arriver sur les plateformes. Ça reste des sons que j’ai fait y’a un an, et ça sonne actuel. No Lacking est sorti deux ans après son enregistrement. Je veux pas dire que ma musique est « intemporelle », mais elle dure dans le temps. Tu pourras écouter EXOIZEN dans 10 ans et trouver ça cool. Ma musique est moins accessible maintenant parce que je suis dans quelque chose que personne ne fait. Je le sais parce que je me tue l’esprit à faire des prods tous les soirs, des trucs qui ressemblent à rien, bizarres mais que je kiffe. J’attends le bon moment pour faire la transition, pour que les gens captent la wave.

7C : On est impatients d’entendre ça. Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?

E : La santé, la stabilité et la réussite, comme à tout le monde hein !


Merci au collectif 37° pour son invitation.
Photos : Inès

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