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Interview de Lacraps

Photo de l'article : Interview de Lacraps

Écrit le 8 juillet 2019 par Amélien dans Interviews

CUL7URE : On fait cette interview pour ton dernier projet en date : La salle du temps. C’est une très belle référence à Dragon Ball Z. Déjà question très importante avant d’entrer dans le cœur du projet : est-ce que pour toi Dragon Ball Z, c’est mieux que Naruto pour toi ?

Lacraps : Bah ouais, et de loin ! Tu préfères Naruto ?

7C : Bah ouais, du coup j’suis très déçu. Mais bon, on va quand même faire l’interview hein.

L : Non mais Naruto j’aime bien mais c’est peut-être plus enfantin mais j’ai tout regardé par contre, hein! Sauf que DBZ, c’est mon enfance. et c’est peut-être le côté nostalgique qui parle. Il a une valeur sentimentale Son Gokû.

7C : Forcément et surtout avec tout ce qu’il représente. Du coup, t’as appelé ton projet : La salle du temps. Dans le manga, Vegeta et Gokû s’y entraînent avant le combat contre Cell, mais t’as aussi Trunks et Goten qui y vont pour affronter Buu mais toi, est-ce que t’as quelque chose à affronter/surmonter ou t’as vu ce projet justement comme un entraînement ? 

L : Je viens affronter le Rap Game. *rires* Non, en vrai, c’est juste qu’on s’était enfermés pendant cinq jours et qu’on a fait les huit titres et les cinq clips c’était un peu un délire dans ce sens là, tu vois ? Je l’ai pris comme ça. C’est un truc qu’on a réfléchi avec Daymolition. C’est plus un petit coucou pour dire « Salut, j’suis de retour! » avant de lancer l’album plutôt qu’un vrai projet quoi.

7C : Ouais, parce que t’avais cinq jours pour composer et clipper cinq morceaux. Est-ce que t’avais besoin de ce « challenge » pour te mettre en difficulté ?

L : Ouais, c’est exactement ça. J’aime bien les challenges, ça me plaît d’avoir des impératifs. J’pense qu’on travaille souvent mieux comme ça.

7C : D’ailleurs, sur la pochette y’a un gars de l’Équipe qui m’a fait remarquer qu’il y avait le palais de Dieu au-dessus de ton épaule, du coup tu t’es vraiment grave buté à DBZ ?

L : Ouais bah oui hein, même les teasers, je sais pas si tu les as vu..

7C : Je les ai vu et même dans le Bootleg et dans Boom Bap 2.0 tu cites Trunks donc c’est vraiment des références qui te suivent quoi. Puis y’a même Sam’s sur le projet. Lui aussi c’est un bousillé de mangas.

L : Mais oui, c’est un baisé de Naruto, surtout. C’est un gros gros fan de Naruto.

7C : C’est bien, c’est ce qu’il faut ! Parce que la collab’ elle s’est faite comment ?

L : C’est par rapport à Daymolition ; moi j’avais pas forcément besoin de gens pour le projet mais on m’a demandé si ça m’intéressait de faire un truc avec Sam’s. J’ai répondu que j’étais chaud et ils lui ont proposé, il était chaud aussi et voilà, c’est aussi simple que ça.
Par contre Lasco c’est moi qui l’ai invité. Par des connexions mutuelles et j’aime bien ce qu’ils font les Tontons Flingueurs. Ils sont hyper forts dans l’équipe, surtout lui ; j’aime beaucoup son style. C’était assez simple.

7C : T’as chapeauté tout ça avec Daymolition mais t’avais déjà bossé avec eux, non ?

L : Ouais j’avais fait un freestyle. En fait, je travaille avec Loko, dis-toi qu’il est derrière les machines et derrière ce projet ainsi que celui qui arrive. Et du coup, Daymolition avec qui on s’est associés sur ce projet.

7C : Et ça se passe comment alors ? Puisque t’as déjà fait du montage de clips, tu leur fais entièrement confiance ou t’as quand même un regard sur ce qu’ils font ?

L : Non, non je leur fais grave confiance mais j’ai quand même mon mot à dire, tu vois. Au contraire, ils sont super forts, surtout quand tu vois ce qu’ils font.

7C : Ils sont super importants dans la culture du Rap Français, ils sont partout en vrai.

L : Ouais ils sont partout, après y’a peut-être un peu trop de trucs sur leur chaîne. Parfois, j’pense qu’il y a des trucs qui se perdent puisque ça leur arrive de sortir dix vidéos dans la journée. Mais j’ai de la chance qu’ils l’aient pas fait pour moi, Y’avait une vidéo ou deux maximum qui sortaient en même temps donc je pense qu’on a fait le truc cool. Mais j’suis content parce que ça tourne plus en streaming que sur les vidéos, ça veut dire que les gens écoutent les sons. La vidéo c’est bien mais au final, c’est juste un prétexte pour faire du son.

7C : La série de freestyle ça a bien marché. D’ailleurs, ça nous a même fait penser à Fianso, pas forcément pour l’histoire du temps imparti mais plus pour le côté série de freestyles sur un projet. D’ailleurs tu le cites dans l’épisode 2, t’avais même fait Rentre dans le Cercle. Du coup, toi c’est un mec avec lequel tu te verrais collaborer ?

L : Ouais c’est jouable, on en a déjà parlé. Après bon… Je sais pas, c’est une question de calendrier. Le mec est busy, il est pris de ouf, théâtre, cinéma, télé, il va tout faire laisse tomber. Il est partout mais tant mieux, grande force à lui, j’espère que ça va durer pour lui, il a mis du temps à arriver là. Maintenant qu’il est installé, je pense qu’il a compris qu’il fallait installer les siens et il le fait petit à petit. Sa place, elle est méritée, moi depuis longtemps, je le suis.

7C : Carrément, puis pour revenir sur les feats, on a remarqué que c’était vraiment des connexions humaines avant tout. C’est pas juste des couplets en MP3 sur une clé USB. C’est important ça pour toi ?

L : A fond, j’ai déjà fait assez de feats avec des gens que je peux pas voir. Avant, je faisais plein de feats avec des gens, là y’en a plein que je regrette, je te dis la vérité. J’vais pas citer de noms, ça sert à rien… Quoique je pourrai en vrai, je m’en bats les couilles.

7C : Vas-y hein, c’est ton interview, tu fais ce que tu veux hein. *rires*

L : Pour l’interview, ça fera du clic. *rires* Y’a pleins de rappeurs qui font des manières, laisse tomber. J’aurai mieux fait de pas mettre mes voix sur des couplets. Y’a des gens ils ont même fait des T-shirts avec ma tête dessus sans me demander. Un son, j’ai posé un 16 mesures ils en ont fait 5 remix pour le vendre sur un EP. Laisse tomber, les gens ils ont la dalle.

7C : Pour toi, c’est impossible de faire des feats avec des gens que t’aimes pas ?

L : Ça dépend si ça apporte quelque chose vraiment au son et qu’artistiquement, si le mec tue, à la rigueur, ouais c’est possible. J’ai pas vraiment de barrières sur ça, c’est-à-dire que si le mec est à peu près correct, ça passe. Regarde Sam’s, on se connaissait pas, on m’a dit que c’était un bon gars, on a parlé une fois ou deux au studio, il a posé son truc et voilà. Pas besoin de beaucoup plus, c’est que de la musique au final. Faut pas trop mettre de l’ego là-dedans…

7C : Parfois, y’a des gens tu les sens pas, ça peut arriver.

L : Exactement. C’est ça, le côté humain… J’aime bien qu’il y ait un minimum. Même si je sais qu’on est en train d’entrer des sphères un peu différentes donc va falloir que j’essaye de mettre mon ego de côté…

7C : Petit à petit, tu vas avoir des petits chanteurs pop sur tes morceaux.

Ouais, bientôt Lacraps-Mika. *rires*

7C : D’ailleurs, tu te verrais écrire pour des chanteurs pop ?

L : Ouais j’écris déjà pour des gens, pas forcément pop mais ouais un peu chanté pour pas mal de gens. Mais on a pas le droit de dire pour qui, tu connais les contrats…

7C : On va parler de tes références un peu. C’est encore un truc que tu fais pas mal sur l’EP dans l’épisode 4, tu dis « Comme Zesau j’suis Dicidens » ou genre « Roi sans couronne comme Nessbeal ». En tant que fan de Rap, ça touche mais en tant que mauvais journaliste, je vais te poser la question un peu nulle : est-ce qu’ils font partie de tes influences ?

L : Bien sûr, Dicidens j’ai bien kiffé, De Larmes et de sang avec Booba, c’est un gros classique du rap, pour moi. Mais ces derniers temps, j’suis plus influencé par des Trap cainri, ou même par des Ninho ou des gars comme ça. J’me dis il est chaud. Mais j’ai des bonnes références en rap, j’suis un auditeur avant d’être un rappeur.

7C : Ouais c’est justement une de mes questions suivantes, c’est ultra présent depuis tes premiers projets, le fait de namerdropper ce que t’écoutes ou ce que t’as écouté. J’ai des souvenirs de toi qui sample du Lunatic, des X-Men ou du Nakk, y’avait même quelques réfs à Salif ou à LIM..

L : Laisse tomber Salif, c’est mon daron. J’sais qu’il m’a beaucoup beaucoup influencé dans le Rap.

7C : C’est lequel ton album préféré de Salif ?

L : Tous ensemble, chacun pour soi, je crois que c’est celui que je préfère. Mais parce qu’à l’époque où je l’ai pris, c’était fou. Mais mon son préféré, c’est dans Boulogne Boy, c’est Une Journée en Enfer. Pour les gens, c’est même pas son meilleur album, bah je trouve que c’est un des plus complets. Y’a aussi la mixtape Curriculum Vital que je trouve incroyable. Y’a plein de trucs comme ça où je me dis qu’en fait le problème, c’est qu’à l’époque de IV My People, ils faisaient « sortir d’autres gens avant lui » et son dernier album, c’est produit par Canardo de A à Z. Ça veut tout dire. J’ai rien contre personne et encore moins contre Canardo mais leurs styles ont rien à faire ensemble. Ils ont fait le morceau Jean Slim quand même, c’est le pire morceau. Salif [marque une pause] qui fait ça…

7C : Jean Slim, qui est sûrement le pire morceau de sa carrière.

L : C’est le pire morceau de sa vie. Ils l’ont fait pour faire un billet mais ça a même encore moins marché. On ressentait que c’était pas le Salif de d’habitude… En tout cas, moi je le ressentais). Y’a des sons dans cet album que j’adore clairement, mais bon… Après voilà Canardo c’est pas mon truc, c’est des questions de goût.

7C : Ouais puis c’est comme Ärsenik, y’a deux écoles entre ceux qui préfèrent Quelques Gouttes Suffisent et ceux qui préfèrent Quelque Chose a Survécu…

L : J’sais pas, l’écriture de Lino quand même… En plus, avec Calbo c’est des mecs super cools, j’leur ai déjà fait des clips. C’est des mecs trop gentils. Lino, c’est un tueur, il fait golri de ouf et Calbo, il est trop gentil, pourtant on dirait un ours quand tu le vois avec sa grosse voix. Mais en vrai, il est trop cool. Ils sont toujours là avec les jeunes, non vraiment gros respect à eux, c’est des vrais gars du mouvement.

7C : C’est totalement des pilliers, dans la « culture Hip Hop Française », ils sont extrêmement importants.

L : J’suis totalement d’accord avec ça.

7C : Parce que toi avant d’être rappeur, t’es un gros consommateur de Rap. Tu sais y’a pleins de rappeurs qui disent qu’ils écoutent pas la concurrence, toi t’écoutes tout ce qui sort?

L : J’écoute tout, la playlist Punchlineurs sur Deezer, je la saigne, Fresh Rap sur Spotify, pareil. j’écoute tout ce qui sort. Tu peux pas juger quelqu’un si t’écoutes pas sa musique. Des mecs comme Ninho ou Nekfeu, ils ont des levels, mon gars… Y’a pleins de mecs où j’me dis « waouh, c’est des Ovnis ». Ce serait bête de dire que je suis pas influencé par les autres. On est tous influencés par les autres entre ce qu’on dit, ce qu’on voit, ce qu’on entend..

7C : Parce que toi ça t’influence comment ? Ça doit être spécial d’être rappeur et auditeur en même temps, non ?

L : Ouais après tu vas pas m’entendre faire du Hamza demain, mais parfois j’écoute et je me dis que c’est intelligent. Après depuis le temps, je pense que y’a un truc où faut que ma musique soit la mienne quoi, j’vais pas faire du copier-coller et me dire « Tiens, il a fait un son comme ça, je vais faire pareil, ça tue ».

7C : Non mais après, tu peux, genre t’entends un placement ou quoi, t’arrêter et te pencher dessus, tu vois.

L : Ah ouais non ça j’y arrive pas. J’ai du mal. Y’a des placements des fois je me dis « Non ça c’est le flow d’un autre là ». J’entends ça tous les jours. Ils aiment bien reprendre la Trap Italienne en France. Ils reprennent tous Sfera Ebbasta. Hayce Lemsi, SCH c’est des pros de ça. Y’en a pleins ils reprennent des flows, mais quand je te dis exactement, c’est exactement. Sur le Wild Boy Remix avec Lacrim, Niro et tout bah y’a Hayce Lemsi justement et il reprend exactement le flow de Machine Gun Kelly. C’est plus un remix, c’est un copier-coller, ma gueule. *rires* Mais après je retire pas le talent d’Hayce Lemsi attention, y’a plein d’artistes qui font ça, hein. Après quand y’a des mecs en major quand tu leur dis qu’ils ont les droits sur une instru ils peuvent même reprendre le flow.
C’est comme la version de Djadja de Tory Lanez, y’a aussi une rappeuse allemande, Loredana qui a repris le son en feat avec Aya Nakamura dessus. Les enjeux financiers sont tellement énormes… C’est devenu comme aux Etats-Unis. Mais tant mieux, j’suis content que ça s’exporte. J’aime tout en plus, à l’époque je faisais que du Boom Bap parce que j’aimais ça et là j’ai réussi à développer des trucs plus intéressants.

7C : Parce que toi le Boom Bap à l’ancienne, c’était plutôt par facilité ou parce que tu kiffais ça vraiment ça et tu te posais pas trop de questions ?

L : Non je kiffais ça de ouf, j’ai écouté ça toute ma jeunesse, tu vois. Mais après voilà les gens s’ils veulent du Boom Bap de moi, ils ont de quoi écouter, tu vois.

7C : Ouais, d’ailleurs ça m’a fait bizarre parce que j’avais vu une interview de toi qui disait que Machine à écrire c’était ton premier projet mais c’était plutôt le premier album, non ? Parce que y’avait eu Premier G aussi non ?

L : Ouais y’avait Premier G mais Machine à écrire c’était mon premier vrai projet pour moi parce qu’on le vendait. Mais bien vu, tu t’es bien renseigné putain, ça fait plaisir.

7C : On va revenir sur la Salle du temps du coup : y’a aussi une collab’ qui n’est pas musicale, c’est avec Matthieu Longatte de Bonjour Tristesse. Du coup y’a des gens dans les commentaires qui disaient que c’était une surprise mais pas tant que ça vu que tu l’avais déjà samplé dans un son avec Mani Deiz. Au final, c’est assez naturel car vous aimez vos travaux respectifs, non ?

L : Ouais, puis il sera aussi présent sur Ma Noirceur 2, il a fait un truc cool qui sortira sur l’album bientôt. Petite exclu, vous pourrez le mettre en gros et en gras. *rires* Non c’est un bête de gars, j’aime son côté politisé et intelligent. J’aime aussi le fait que ce soit un prolo qui « défie l’autorité ». Y’a pleins de trucs que j’aime chez lui puis c’est un mec super, intelligent, gentil, humainement, c’est un tueur. On a collaboré et on collaborera encore, avec plaisir.

7C : Sur le projet d’avant y’avait aussi la collab’ avec Furax alors j’ suis obligé de te demander : Il quand sortira l’EP commun entre vous deux ?

L : Ah, on va voir, c’est en cours. En ce moment j’suis hyper occupé; et lui aussi. Mais on a déjà des trucs dans le four donc on verra bien. Avec Jeff Le Nerf aussi, j’ai plein de trucs enregistrés aussi, mais vu qu’il a arrêté le rap, il m’a dit de les sortir. Mais je sais pas… c’est bizarre de sortir un EP avec un mec qui rappe plus, ça fait forceur. En tout cas, avec Furax, on a fait des trucs cool mais je t’avoue, je suis tellement concentré sur l’album et sur la suite, le projet 34ème degré qui arrive avec mon équipe. Y’a vraiment plein de trucs qui arrivent, j’pense que ça va être cool.

7C : Ouais puis j’trouve personnellement que t’es un peu dans ta meilleure époque. T’as des années de Rap derrière toi, tu maîtrises de mieux en mieux ta musique et tes instrus et aujourd’hui, y’a plus vraiment besoin des radios pour exister…

L : Ouais c’est ça, on peut faire les choses bien avec Internet mais moi, ça va, Mouv’ me passe en playlist, Skyrock j’suis déjà passé deux fois, Génération aussi, j’sais que j’ai des portes qui commencent à s’ouvrir. Je sais que tout est encore jouable. Tu connais le jeu, tu sais comme ça fonctionne avec les attachés de presse et tout. C’est logique c’est l’jeu.

7C : Mais tu sens quand même qu’il y a un changement pour toi ?

L : Je sais que les gens me disent beaucoup plus que j’ai percé en tout cas. *rires*

7C : T’as déjà des détracteurs qui disent que c’était mieux avant ?

L : En vrai, sur ce projet je pensais qu’il y allait avoir beaucoup plus de puristes qui allaient me reprocher l’autotune. Depuis Les preuves du Temps, j’ai l’impression d’avoir un peu habitué les gens tu vois. J’ai eu de la chance les gens l’ont bien reçu. Mais sur Daymolition les gens qui commentent, ils sont énervés, ils mettent des commentaires salés mais vas-y, moi j’ai eu de la chance.

7C : T’as travaillé avec plein de beatmakers, Nizi, Mani Deïz, Dj Rolxx et pleins d’autres. J’vais pas te demander de les classer mais avec lequel t’as eu la meilleure alchimie ?

L : J’pense que c’est Loko il m’a amené vers des trucs que j’aurai jamais fait seul et que j’apprécie vraiment. Des fois j’me dis « Putain j’savais pas je pouvais faire ça ». Donc j’pense que la meilleure alchimie ce serait avec Loko au studio, au niveau goût des prods y’aurait Nizi et celui à qui je dois beaucoup niveau évolution c’est aussi Mani Deïz.

7C : Et la prod qu’il a fait sur le morceau La Galère sur 42 Grammes, incroyable. C’est d’ailleurs un de nos morceaux préférés.

L : Merci, ça tue. Je lui dirai de votre part. C’est un morceau que les gens aiment. Quand je le fais en concert, les gens font des pogos alors qu’il est tout doux mais y’a une bonne énergie et tout le monde l’a connu au moins une fois dans sa vie donc ça touche beaucoup de gens. C’est des thèmes universels. 

7C : Ce qui est cool, c’est que la prod est deep et dans les paroles, ça tape, c’est comme quand tu dis “dans l’frigo y a rien à graille à part les sauces du Do Mac”, c’est ultra visuel et je pense que les gens, ça les a touché.

L : “J’rallume mon cul d’pet sur les plaques chauffantes” (extrait du morceau en question, ndlr), c’est du vécu. Là, le rap ça paye mais j’étais dans la rue, comme pleins de gens. Après j’apprécie beaucoup le fait que ça fonctionne. J’vais pas t’mentir, là j’suis en Corse, devant une piscine dans un bel hôtel. C’est aussi parce que j’suis un acharné, ça y joue. Y’a des gens en trois ans, ils sortent trois projets; moi j’en sors six… (ou sept).

7C : C’est pas trop dur d’ailleurs cette surproductivité ? 

L: Non *rires* si tu savais tout ce que j’ai pas sorti et ce qu’il y a dans les machines. J’suis un genre de Jul du Boom Bap. A l’époque, je faisais quasi un son tous les jours. Pour l’album, on a presque 45 sons. 

7C : Du coup, Le fait de t’enfermer pour faire huit sons c’était facile du coup ? 

L : Ah, je sais pas hein, ça te met dans une ambiance directe de taff à te dire “bon là j’ai 5 jours pour faire ça” et que tout doit être carré, t’es obligé en fait. Alors que si tu te dis “ouais là dans deux semaines, il faut faire 5 sons bah peut-être que tu vas les faire au dernier moment. Là, tu te dis, on a cinq jours, on arrache tout pendant cinq jours et on voit ce que ça donne. On a réussi à faire huit titres au final, donc je suis content.

7C: Parce que t’as rajouté trois sons bonus, c’étaient des morceaux que tu voulais pas jeter? 

L : Non même pas, on les a fait exprès pour. Pour mettre en avant 34ème degré avec mon équipe, ça c’est le seul que j’ai posé seul et après on a fait poser à la maison les gens sinon le reste a été fait à Paris. C’était compliqué de faire venir dix personnes…

7C : Surtout qu’il y avait du monde à rassembler, même sur les clips. Après c’est tes potes donc ça va…

L : Ouais, c’est toujours des potos, c’est des gens de Paname. Là le clip de 34ème degré, il est en montage donc vendredi ou samedi, je l’ai. On va le sortir du Daymolition. et le solo Avec ou Sans, je pense qu’on va le clipper et je le sortirai sur ma chaîne Youtube. Et y’a bientôt les Poignées de Punchlines qui arrivent. 

7C : Tu sais que je t’ai découvert y’a genre trois ans grâce à ça. C’était un épisode où tu marchais à côté du tram. Je crois que c’est la deuxième…

L : La première ou la deuxième *rires*, la première, c’était au même endroit en fait, sauf que c’était de nuit. 

7C : C’était même en noir et blanc et y’avait même une rime « J’fais de la musique intemporelle comme Amadeus ou Vivaldi ».

L :  « J’emmerde haut et fort Eric Zemmour » (rime iconique du morceau, ndlr)

7C : Incroyable phase.

L: En concert, il la chante tous les gens et toute la salle connaît cette phrase, c’est incroyable. 

7C : Est-ce que c’est pas la meilleure phase de ta carrière ? 

L : Moi, je l’aime bien. 

7C : Y’a aussi une autre phase sur le projet qui est aussi ultra visuelle et qui est une belle référence c’est le “Malgré tous les coups je vais m’en sortir, j’suis comme Tony dans la baignoire”. 

L : Ouais, y’a beaucoup de gens qui m’ont de gens qui m’ont envoyé un message en m’parlant de cette phase. Tu vois, Tony dans la baignoire, tu te dis “il va caner”. C’est à la fin du film.

7C : Ouais! Il est complètement déchiré, “J’ai besoin de personne”. 

L : Je trouve ça fou et surtout, il garde ses couilles, c’est surtout ça qui est important dans l’image, même s’il est à deux doigts de caner, il garde ses couilles et ça, c’est incroyable. 

7C : C’est comme DBZ, tu t’es buté à Scarface ou c’était juste un film que t’aimes bien ? 

L : Tous les mecs de ma génération et un peu de quartier; ils ont kiffé Scarface. Ça nous a matrixé le cerveau. On a cru qu’on allait être Scarface, comme des cons. 

7C : Ouais puis même dans d’autres films, ça a été repris, je pense à La Haine et tout, tu pouvais pas le rater…

L : Ouais, c’est un incontournable. Y’a pleins de trucs comme ça dans la culture Américaine. Puis y’a aussi le côté immigration, le fait que les gens se reconnaissent dans Tony Montana, c’est un immigré, il arrive aux États-Unis, presque on le vire puis il demande l’asile politique etc…

7C : Et surtout, y’a un glow up, il part de rien et il arrive à tout, même s’il se brûle à la fin. Y’a vraiment ce truc “Je m’en bats les couilles des conséquences, je le fais”.

L : Ouais, le Self-Made Man, il a tout fait lui-même. Puis, De Palma a bien mis ça en image, tout est fou. Le film est fou, du début à la fin. Quand je regarde Scarface, je lâche pas du début à la fin. C’est comme le Parrain 2, c’est le meilleur film de tous les temps, pour moi. 

Pour continuer d’écouter Lacraps parler de Cinéma et notamment du Parrain 4, cliquez juste ici : 

 7C : Bah dis-toi que la dernière fois, on sortait du cinéma avec un pote et on s’est dits “Pourquoi y’a pas encore eu de gros films sur des groupes dans le rap Français?” genre y’en a eu quelques petits films mais y’a tellement d’histoires que ça ferait des bêtes de films.  

L : Pourquoi y’a pas un film sur Lacraps ? 

7C : Fais-le, appelle Netflix, y’a un billet à prendre. 

L : Après l’interview, je les appelle. 

7c : Tant qu’on apparaît dans les crédits *rires* Après, on rigole mais regarde, Sopico va apparaître dans une série Netflix qui va arriver donc rien n’est impossible. 

L : Ouais et il avait aussi fait la B.O de Cannabis (mini-série d’Arte, ndlr.) donc tout est possible. Personnellement, j’suis toujours un peu frileux de sortir du rap. Le rap, je sais le faire donc je serai plus dans la production d’artistes  dans le futur, plutôt que de me dire “je veux faire du ciné ou des trucs comme ça”. Moi, la fame, je m’en bats les couilles , c’est pour ça que je suis toujours en casquette-lunettes. 

7C : Ali Polva, il disait que c’est parce que tu louchais quand même..

L : *rires* Ah l’gamin. Je ne louche pas, ma femme peut en témoigner. *rires nerveux* En vrai, c’est juste que j’aime bien le côté tranquille et pas forcément être toujours reconnu pour être reconnu. Mais les gens, ils me reconnaissent même comme ça, frère, c’est des oufs. 

7C : Tout à l’heure, on parlait de Jul mais pour lui, c’est une galère le mec que tout le monde reconnaît. 

L : J’suis pas comparable à Jul, ma gueule. Jul, c’est un Hitmaker, moi les hits que je fais, c’est des hits “d’indés”; ils font un million en un an. Lui, il fait un million en dix minutes, frérot. C’est incroyable, il est très fort, très humble, très gentil.  Rien à dire sur Jul, grosse force à Jujujul. 

7C : Tu l’as déjà croisé ? 

L : Je l’ai déjà croisé à Musicast (gros label de distribution, ndlr), il est très sympa et il savait qui j’étais, ça m’a surpris parce qu’il écoute tous les raps, il écoute tout.  

7C : Y’a pleins de rappeurs comme ça, y’avait une interview de Soprano, tu peux te dire “ouais, il est plus trop dans le rap” et en fait, il écoute encore tout ce qui sort. 

L : Mais oui, Soprano, c’est un vrai passionné, Jul, c’est pareil, les mecs comme ça, même Alonzo, c’est un mec cool, il regarde tout, il écoute tout. Moi, par exemple, je sais qu’il y a beaucoup de rappeurs qui m’écoutent.  Je crois qu’il y a plus de rappeurs que de public, ma gueule. *rires*
J’en ai pris conscience avec le temps en écoutant les autres mais ces derniers temps, je simplifie. Le fait d’être hyper technique, ça te met des barrières. J’ai envie que ma musique soit simple à écouter sans que ce soit de la merde. J’ai pas envie de faire des sons où je dis des conneries juste pour vendre. Je pourrai pas, je pense pas que je pourrai me regarder dans une glace en me disant que c’est pas “moi”. 

7C : Après faut assumer…  

L : Ouais, voilà, assumer le truc, c’est dur. C’est même ça le plus dur, je pense. Quand je sors des sons, c’est que je les assume : tout ce que je dis dedans, le contenu, le contenant, la forme. Puis j’ai une fierté, quand je sors un projet, c’est comme un gosse. je viens d’accoucher quand je sors un projet. 

7C : Putain, t’as fait tellement d’accouchements...

L : Bah ouais, comme disait Mysa,”Quand j’lâche un morceau, c’est comme un accouchement”. C’est une assez belle image car c’est beaucoup de choses de toi car mon rap est très introspectif. Y’en a ils racontent juste la street, dans mes anciens projets je parlais beaucoup de moi. Et je vais continuer dans l’album qui arrive. C’est peut-être le plus intime, dedans y’aura des chansons “d’amour” et c’est un truc dont j’ai jamais parlé. Y’a pleins de sujets que j’ai jamais abordés. J’pense que ce sera le plus complet, le plus intéressant des projets pour les auditeurs qui me suivent. Et j’espère qu’un grand nombre d’auditeurs vont me découvrir avec ce projet car on va essayer de faire un truc un peu plus… mainstream c’est pas le mot…   

7C : Accessible ? 

L : Exactement.

7C : Parce que toi quand tu commences un projet, tu te demandes jamais “Merde.. De quoi je vais pouvoir parler?” 

 L : Non, il suffit que j’écoute l’instru voire même sans instru, j’écris. Tout à l’heure, j’étais dans l’avion, j’écrivais. Parfois devant la télé, j’écris. Je saurai toujours quoi dire, des fois il faut essayer d’attaquer ça sous d’autre angles. Parce que des sons pour dire “ouais, la rue c’est la merde” y’en a eu pleins. Mais quand c’est Le Rat Luciano qui le dit, ça raisonne encore. 

7C : Ce qui change tout, c’est aussi la manière dont tu le dis.

L : LIM, il a rappé la rue toute sa vie et pourtant je l’ai écouté toute ma vie. Il disait toujours les mêmes choses, des fois il faisait les mêmes rimes. Mais ce qui fait tout, c’est son interprétation et tout, c’est plein de trucs un artiste. C’est pas juste ce qui dit, LIM, des fois quand il rappe, on dirait qu’il te gronde. 

7C : Et la voix! *piètre imitation d’à neuf ans déjà*

L : *rires* A neuf ans déjà, c’est incroyable. Tout cet album de Mo’vez Lang (Héritiers de la rue, ndlr), il est incroyable t’façon, laisse tomber. Je l’ai vu LIM y’a pas longtemps à Marseille, d’ailleurs. Il m’a dit “Gros, félicitations, c’est bien ce que tu fais”, j’étais content. C’est comme Le Rat Luciano, quand j’suis sorti de scène, il m’a serré dans ses bras, frérot. T’imagine ou pas ?

7C : Ça fait ultra plaisir quand c’est des gens que t’écoutes depuis tout petit. 

L : J’ai fait une photo avec lui, la photo elle est floue, mec. Quel dégoût. 

7C : C’est pas grave, l’essentiel, c’était le moment. 

L : Ouais mais j’aurais bien aimé le partager avec mes auditeurs. Et la photo que j’ai où on pose tous les deux, c’est mon collègue qui l’a prise, elle est toute floue…

7C : Tu l’as insulté ? 

L : Je l’ai insulté fort, je l’insulte encore, là. *rires*

7C : J’avais une dernière question : Si tu te revoyais à l’époque de Premier G, tu dirais quoi au Lacraps de 2013 ?

L : T’es nul. *rires* Va falloir charbonner. Je dis ça mais y’a un son avec un refrain autotuné, hyper lent, presque cloud. J’étais en avance de fou… Sur un son. 

7C : On retiendra ça alors. *rire* Merci à toi pour cette interview c’était vraiment intéressant et force à toi pour ce projet et l’album sur lequel tu bosses.

  

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