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Le Culte de l'image dans le Rap Français

Photo de l'article : Le Culte de l'image dans le Rap Français

Écrit le 4 octobre 2018 par Florian dans Dossiers

Dans toute forme d’art, l’image renvoyée par l’artiste est importante et les acteurs de ce foutu Rap Français n’y échappent pas. Que ce soit pour asseoir cette street cred si précieuse pour les acteurs du Gangsta Rap ou encore pour satisfaire sa communauté d’adolescentes de 16 – 17 ans en pleine constructions fantasmatiques ; il s’agit d’un élément important de la carrière des artistes. Nekfeu n’aurait probablement pas eu autant de succès s’il n’avait pas ce visage de gendre idéal. Et est-ce que Damso serait autant adulé sans cette attitude « bresom » ? Nous allons tenter d’y répondre et plus précisément de répondre à la question suivante ; l’image que renvoie l’artiste est-elle plus forte que la musique qu’il propose ?

Alors oui, la musique reste très importante. Que ce soit en terme de sonorités, de flow ou bien d’écriture, ce que le rappeur est capable de proposer d’un point de vue purement artistique reste toujours au premier plan. Cependant, nous nous devons tout de même de constater que pour certains artistes, l’image renvoyée contribue fortement à leur succès commercial. Et cela constitue d’ailleurs probablement la distinction entre le succès d’estime et le succès commercial ; la capacité de l’artiste à apporter une dimension toute autre à sa musique grâce à l’esthétique. Là où le rappeur ayant un simple succès d’estime sera inévitablement bon sur un ou plusieurs aspects de sa musique, le rappeur ayant un véritable succès commercial aura quant à lui su mettre son image au service de sa musique ; parfois même au détriment de celle-ci.

Cette image dont je parle ne correspond pas uniquement à ce à quoi le rappeur ressemble ; qu’il soit beau, moche, musclé, gros ou bien même unijambiste n’a pas grande importance. Non, ici ce qui compte c’est ce qu’il dégage, son charisme, sa prestance, son attitude ou encore sa gestuelle. Tout un tas d’éléments donc, tous plus ou moins mesurables sur une échelle ; l’échelle du B2o.

Quel meilleur exemple que le Duc de Boulogne pour commencer ? Ce « culte de l’image » est important dans sa carrière, cela lui a valut de se hisser au sommet du Rap Français. Il siège sur ce Trône de Platine alimentant minutieusement son image. Chaque fois qu’il diffuse un contenu, rien n’est laissé au hasard. Faisons rapidement le tour de ses clips ; nous pouvons constater qu’il y a très régulièrement la proposition de quelque chose d’inédit ou de presque jamais vu dans l’univers du Rap Français. Il a d’ailleurs une telle aura qu’il va permettre de lancer ou d’avorter telle ou telle autre mode.

On peut alors penser au clip du morceau Trône, le clip est magnifique et il n’y a absolument rien à dire dessus. A l’heure où le collage au sein d’une photo ; mêlant plusieurs œuvres, se veut grandissant (et on pense d’ailleurs au talentueux Emir Shiro) quelle excellente idée que de baser son clip sur cette idée. Il enfonce ici une porte ouverte dans laquelle pleins de jeunes artistes vont pouvoir s’engouffrer et s’essayer à cette forme d’art.

Booba a véritablement cette image du DUC qu’il essaye d’être ; et est à juste titre d’ailleurs, il règne sur ce pays qu’est le Rap Français et sur l’Union du Rap Francophone et si on souhaite parler d’image quoi de mieux que son compte Instagram ? Sa page Instagram servant littéralement de média Rap à proprement parler permet d’asseoir cette domination. Si tôt qu’un artiste va apparaître sur sa page et bien même poser au côté de l’artiste du 92, il gagnera des points et surtout de la visibilité auprès du public.

Ce qui est intéressant avec Booba c’est que l’image fabriquée n’est pas uniquement dûe aux choix de ses publications. Chris Macari ; réalisateur de 11 de ses 19 derniers clips, est également important dans les visuels diffusés. Il a su comprendre l’artiste avec qui il travaille et on assimile assez rapidement le réalisateur et le rappeur comme étant étroitement liés, bien que chacun ne travaille pas exclusivement avec l’autre comme on pourrait le penser inconsciemment.

Parlons maintenant de PNL mais également d’une stratégie marketing et d’exposition bien différente, l’absence remarquée du groupe dans les médias sert leur image. En effet autour de PNL plane un doute, une atmosphère mystérieuse qui rend les 2 frères des Tarterêts en marge et éloignés de leur collègues du Rap Français.

On ne sait tout simplement rien d’eux, 3 projets et aucune interview accordée aux médias français. C’est réellement frustrant car c’est plus qu’appréciable de suivre un rappeur jusque ses interviews. Avec une accroche musicale forte, un univers bien marqué il serait plus que pertinent de voir le groupe en venir à expliquer la construction de leur projet, ce qui les a amené à traiter de tel ou tel autre sujet, pourquoi X rappeur est invité, etc.

Alors l’image qu’ils sont parvenu à créer est donc cette image « mystérieuse » comme je l’ai dis et elle se base sur des éléments simples. Les membres de PNL sont vrais, ils retranscrivent leur vécu avec sincérité, ne glorifient aucunement leurs passages frauduleux et ne cherchent pas à magnifier la rue. Le vécu brut qui est raconté au détour de leurs textes accompagnant la musicalité évasive de leurs morceaux est alors beaucoup plus impactant. Pour les personnes vivant ou ayant pu vivre ces éléments l’identification et l’investissement de la musique, des paroles et donc fatalement aux artistes eux-mêmes fonctionnent inévitablement mieux. Cette  image se base alors sur la construction d’un miroir des populations concernées qui peuvent à elle seules servir de représentation esthétique des deux rappeurs. Prends rendez-vous avec un habitant de Corbeil-Essonnes, pose lui des questions et ce sera alors sensiblement la même chose que ce qu’Ademo ou N.O.S. pourraient répondre. C’est cet effet « miroir » qui fonctionne le mieux ici.

Mais ce n’est pas tout, l’image qu’ils renvoient se base également sur l’aspect uniquement visuel. Les clips tout d’abord ; ils sont tous caractérisés par une esthétique plus que soignée, des plans au drone, ralenti, mettant en scène des merveilleux paysages aux quatre coins du globe mais représentant aussi une réalité plus dure. La série de clips du dernier projet Dans la Légende avec Naha, Onizuka, Bene et Jusqu’au dernier gramme mettent en scène un règlement de compte en plusieurs parties. Très bien construits en termes de réalisation, ces clips ont aussi marqués par la construction musicale. La dernière parti ; Jusqu’au dernier gramme, dure pas moins de 29 minutes et, assemblée avec les autres parties, constitue un véritable court métrage.

Mehdi Maizi disait :

[…] Ils ont ainsi laissé naître un fantasme et une fascination autour du groupe.

http://www.slate.fr/story/108693/pnl-rap-cool-hype-hip-hop.

Et effectivement, l’image de PNL correspond totalement à une construction fantasmatique, le public se les imagine, on sait effectivement à quoi ils ressemblent mais on ne peut véritablement creuser en profondeur.

Mais alors l’image de l’artiste est-elle plus forte que la musique qu’il propose ? C’est compliqué, chaque situation est relativement différente. On peut penser à des artistes très grands public comme par exemple Bigflo et Oli qui ; bien que très peu adulé par le public Rap, ont su transformer l’essai et s’imposer dans le paysage musical français. On peut aisément mettre cela sur le compte de la popularité qu’ils inspirent, la naïveté qu’ils renvoient, ces jeunes insouciants parlent à un grand public. Parfois l’image va au contraire les desservir. Medine par exemple jouant à de nombreuses reprises la carte de la provocation est dorénavant assimilé comme le Rappeur français polémique envers la sphère politique. Les récents événements entre lui, des membres de la droite politique et le concert qu’il devait effectuer au Bataclan nous l’ont bien montré.

L’image que renvoie l’artiste va finalement essentiellement servir à accentuer les ressemblances à son public et l’assimilation de celui-ci. Si l’artiste n’est pas apprécié par qui que ce soit l’image qu’il renvoie servira alors plus à le décrédibiliser et à servir d’arguments à la question « Pourquoi je ne l’aime pas ? ». 

Après avoir parlé de Booba et de PNL il aurait été possible de parler d’autres artistes, j’aurai aimé parlé de Jul ou encore de Vald. Si l’article t’as intéressé n’hésite pas à nous le dire sur Twitter et si cela plaît je pourrai éventuellement faire une suite de cet article sous forme de vidéo.

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