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Zuukou Mayzie, le peintre éclectique

Photo de l'article : Zuukou Mayzie, le peintre éclectique

Écrit le 30 octobre 2020 par Louis dans Portraits

Lorsque l’on découvre la musique de Zuukou Mayzie, la première chose que l’on remarque est sûrement la polyvalence de l’artiste. En effet, le membre du 667 a une grande facilité à s’adapter à n’importe quelle sonorité, si bien qu’il excelle dans presque tous les domaines. Il arrive à prendre l’auditeur à contre-pied et l’amener là où il ne l’attend pas, pour lui ouvrir les portes de son propre royaume, où cohabitent les armes et les films de Miyazaki. C’est notamment le cas dans son dernier projet en date Primera Temporada, où il nous dépeint son univers haut en couleur. D’ailleurs, en parlant de couleurs, chaque morceau de l’artiste est définissable par une ou plusieurs nuances colorées. À ce stade là, on pourrait presque parler de peinture pour qualifier sa musique.

L’écriture est la peinture de la voix

Voltaire

Le peintre

À la manière d’un peintre, son domaine musical peut être représenté par une palette, où chaque couleur symboliserait un style bien particulier. Les couleurs chaudes comme le rouge et l’orange donneraient naissance à des morceaux comme Docteur Lulu, Tarantino ou Qui-Gon Jinn, plus brutaux sur la forme. Au contraire, des couleurs aux teintes plus douces, voire pastel, comme le rose et le violet seraient à l’origine des tracks Drive ou Jupiter yiyeah, où l’aspect lancinant et chantonné est accentué. De plus, l’atout de la palette est que le peintre peut mélanger les couleurs entre elles, selon son envie, ce qui offre la possibilité de créer des tonalités différentes, et finir avec un résultat hybride. En effet, Zuukou n’hésite pas à entremêler les genres : de la techno sur Tinder, en passant par l’eurodance sur le morceau Zelda, Eurodance vol. 2, il aborde des genres musicaux assez peu explorés dans le paysage rap actuel. Pour le rappeur, se limiter à un seul style n’est pas compatible avec sa personne, qui est toujours dans la recherche de nouveauté, fruit d’une curiosité perpétuelle.

C’est bien beau d’avoir en tête les couleurs pour peindre son tableau, mais encore faut-il choisir le type de peinture adapté. En effet, ce domaine regorge de revêtements qui ont chacun leurs particularités, et ce sont ces singularités qui sont intéressantes à étudier. En continuant cette analogie entre Zuukou et le peintre, on pourrait dire qu’il accorderait une importance toute particulière au choix de la peinture, pour créer un caractère sonore précis et recherché, afin de correspondre parfaitement à ses morceaux. Par exemple, la caractéristique principale de la gouache est son opacité, ce qui donne un résultat profond et des teintes puissantes lorsqu’elle est appliquée sur une toile. Zuukou userait donc de cette particularité afin d’aborder des sujets plus sensibles, comme dans Cybertruck, un morceau à la mélodie oppressante. Il nous parle de cybercriminalité, d’armes, de Johnny Mad Dog et des puces RFID qui prendraient le contrôle des humains. De plus, la gouache se travaille en ajoutant des couches les unes sur les autres, pour un résultat plus intense. En bref, plus Zuukou fait des références obscures et détaillées, plus le son prendra en puissance.

Par rapport à ce phénomène de superposition, lorsqu’on ajoute une couleur sur la précédente, encore humide, cela demande de la rapidité et de la précision, techniques que l’on retrouve dans ses flows. Sur Be Water 😉, le MC découpe la prod de schumi1 à l’aide d’un flow dont le débit est millimétré et maîtrisé. La gouache a donc un rôle important dans le tableau qu’est la musique de Zuukou Mayzie, puisqu’elle permet de créer des sonorités percutantes et cadencées, sur un fond aux paroles abruptes.

À présent, parlons de l’aquarelle, qui, à contrario de la gouache, sert à créer des couleurs aux teintes transparentes. Si l’on applique cette caractéristique à l’œuvre de l’artiste, on peut logiquement dire que cet enduit a été utilisé lors de la création de morceaux comme Vincent ou Caliente, qui sont doux et suaves sur le fond et la forme. Cette peinture permet d’aborder des thèmes optimistes, comme lorsque Zuukou, sur Vincent, dit que s’il s’active “c’est pour faire d’la moulaga, envoyer ma mama à la Mecque, finir sur Shibuya”. Cette chanson dépeint une scène, anodine à première vue, où Zuukou invite une femme à partager une danse, ce qui est magnifier par la prod de schumi1, encore une fois. Cette sublimation, due à l’instrumentale, est un parallèle fort avec l’adresse du peintre, où une certaine maîtrise du pinceau de ce dernier peut grandement enrichir son œuvre.

Cependant, le type de peinture qui correspondrait le mieux à Zuukou est l’acrylique, tout simplement parce que sa facilité d’adaptation permet une véritable polyvalence des supports. La toile, le verre, le métal, le plastique, le bois : elle peut être appliquée partout. Et c’est ce à quoi la musique du Zuuk Mayz’ tend : Explorer tous les supports et les styles possibles, en allant de la trap au lo-fi, en passant par les musiques d’animes. Toutes les tentatives d’expérimentation sont enrichissantes, tant pour l’artiste que pour le public.

Le caméléon

En allant encore plus loin dans la métaphore, on pourrait voir en Zuukou une sorte de caméléon. Après avoir créé son tableau en tant que peintre, le rappeur s’approprierait son œuvre de manière totale, en “s’imbibant” des couleurs présentes sur le support, pour donner pleinement vie à son art. En changeant son apparence, il donnerait lieu à une métamorphose différente en fonction du morceau. Par exemple, il se transforme en cerf-volant sur le morceau éponyme. Il nous décrit alors son vol onirique en faisant table rase du passé, comme s’il n’avait jamais vécu auparavant et qu’il profitait entièrement de la vie (“Aujourd’hui j’ai rêvé qu’j’étais mort né, j’existais pas”). Cette modification de son aspect lui permet de se mettre dans la peau de différents personnages, comme sur le titre Zuukoeur Parker, dans lequel il se voit comme une version alternative de Peter Parker, en devenant un super héros adulé de tous, pourchassant les “fufus” (les personnes dites fausses, ndlr) sans relâche. 

Sur Errday soir Zuukoeur, un morceau aux sonorités zouk, le bg du 667 se transforme en “timal” (un terme emprunté du créole qui désigne les antillais, ndlr), le temps de soirées dansantes, tout le long de la semaine. Il se met dans la peau des personnes à l’origine des sonorités sur lesquels il expérimente, il s’imprègne donc de la musique dans sa totalité, dans une démarche de sincérité.


Zuukou a donc à “koeur” de nous livrer une musique polychrome aux influences multiples, qui vont de Nujabes à Tarantino. Il a plusieurs cordes à son arc (ou plutôt à son arbalète), ce qui lui permet de nous offrir un ensemble riche et maîtrisé, qui n’a de cesse d’évoluer au fil des années.

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