Makala, génie excentrique

Makala, génie excentrique

Suivre les codes, ce n’est pas son destin, et se ranger dans un courant défini, encore moins. C’est ainsi que Makala a fait de l’extravagance sa marque de fabrique. Style décalé, énergie débordante, solide confiance en soi et anticonformisme. Le rappeur genevois sait se démarquer pour attirer l’œil et l’oreille. Il représente aujourd’hui l’une des têtes d’affiche du rap suisse, trouvant désormais sa place parmi les rappeurs francophones les plus influents. 

Naissance d’un nouveau genre

Makala, c’est d’abord l’expérimentation. Son premier projet La Clef paru en 2013 donne le ton. Refrains entrainants et gimmicks catchy d’un côté, variations inopinées des voix et textes décomplexés de l’autre, le tout sur des productions indescriptibles. Le rappeur installe son propre terrain de jeu et s’allie avec Pink Flamingo aka Varnish La Piscine, le producteur qui l’accompagnera dans tous ses projets. Ces deux entités complémentaires produisent un condensé de morceaux posant les prémices d’un genre inédit. Ils semblent trouver leur équilibre dans le déséquilibre. Revêtant arrogance et nonchalance, Makala joue la carte de l’egotrip et en fera une de ses principales caractéristiques. Il sait ce qu’il vaut et n’attend pas que le public le comprenne. Prend alors place progressivement la concrétisation d’un personnage qui ne cessera de gravir les échelons. 

Une fois la machine lancée, Makala ne s’arrêtera plus. Il sort la mixtape Varaignée en deux parties en 2014 et 2015. Les deux projets sont plus lisses que le premier. Pour autant, certaines productions osent une nouvelle fois l’hybridité et la nouveauté. Puis l’EP Gun Love Fiction s’ajoute à la liste en 2017. Le six-titres arbore les couleurs d’un rap plus affirmé reposant sur des productions plus fantaisistes encore. Repoussant leurs limites, les frères de la Piscine triomphent et marquent leur premier succès d’estime.

À l’heure où la scène rap suisse n’a pas encore le retentissement qu’elle mérite, se crée en 2014 un collectif dont les membres feront bien du bruit les années suivantes : la Superwak Clique. Dans un élan de créativité, Makala s’allie à Slimka et Di-Meh en vue d’exposer une vision commune. Tous signés au sein du label Colors Records, ils multiplient les collaborations. Hormis les membres du crew, peu de featurings sont recensés sur les albums de Makala. “Je peux pas me mélanger avec des gens qui ne savent pas qui ils sont. Je peux pas me mélanger avec des gens qui ont peur de prendre des risques et qui voient tout comme un risque. J’ai peur de leur faire peur.” raconte-t-il dans son interview Le Code avec Mehdi Maïzi. C’est donc finalement en sortant de sa zone de confort qu’il parvient à être à l’aise. 

MC inépuisable

“Même si j’annonce où je tape, ils pourront pas esquiver” se résumait-il. Anticiper les œuvres de Makala et les catégoriser est chose impossible. Pop, funk, hip hop, reggae ou bossa nova ; son style est à la fois inqualifiable et tranché. Il en vient à instaurer sa propre catégorie. Toute son authenticité réside dans sa singularité mélangeant rap saccadé, chant mélodique et superposition de sonorités faramineuses. Ce sont tant de prises de risques qui mènent à des travaux reflétant un personnage complexe et imprévisible. La seule chose que l’on pouvait prédire reste son succès. 21 avril 2019. Makala libère le clip de Big Boy Mak et signe le tournant de sa carrière. Ce single annonce la sortie de son premier album studio Radio Suicide, il y mélange visuel rétro et musicalité futuriste. Avec ses airs provocateurs et insolents, il y incarne un chef de gang dénué d’une quelconque once d’humanité. Il dévoile un nouvel éventail de flows, laissant présager un album explosif.

Deux mois plus tard, Radio Suicide sort : un voyage de 21 titres dont chaque morceau laisse entrevoir une destination différente. Pas le temps de s’ennuyer. Voix noyées par l’autotune, accords complexes et saturés sur une piste, production légère et aérienne accompagnée d’une voix plus brute sur une autre. Et comme à son habitude, les phrases sont accrocheuses et de nouveaux flow émergent. La créativité de Varnish et Makala semble sans fin. 

Une brochette de singles sort en 2020 et 2021, connaissant chacun un succès notable, comme Hitman Go et Toys R Us. Puis un nouvel album voit le jour en 2022 : Chaos Kiss. La pression des tendances exercées au sein du rap jeu ne l’empêche pas de s’affranchir des codes une fois encore. “Les bras ouverts au milieu de la tornade” signe l’entrée de l’album. Comme s’il cherchait la raison dans le désordre. “L’harmonie dans le chaos, c’est très dur à trouver. C’est pour ça que c’est le titre de l’album c’est Chaos Kiss. Accepter de lâcher prise alors que tout va mal, franchement c’est galère” expliquait-il à nouveau dans son interview Le Code. Suite à la sortie de l’album, il annonce une nouvelle tournée en France, embrasant chacune des scènes sur lesquelles il passe.

Makala, c’est aussi la puissante prestance scénique. Pas de décor, simplement un DJ et un écran projetant le nom de l’album et de furtives images de One Piece. Il n’a pas besoin de plus. A-t-on déjà vu un rappeur francophone transcender son public à ce point ? L’énergie débordante dont il fait preuve captive, intrigue, impressionne voire intimide. “Le plus méchant” répète-t-il derrière ses airs faussement nonchalants. En face, sa communauté – qui a bien grandi depuis ses dernières tournées – est en extase. À la manière de deux corps en symbiose, une énergie réciproque entre le public et l’artiste s’installe, puisant chacun à tour de rôle la force nécessaire chez l’autre pour vivre le show. La musique se lance et le spectacle se produit. La performance est parfaite et sa musique prend vie. L’XtrmBoy occupe la scène et on ne voit plus que lui. Et lui ne voit plus que nous. C’est un face-à-face explosif qui mérite d’être vécu. 


Cela va bientôt faire 10 ans de carrière, mais Makala ne compte pas s’arrêter là. L’ambition et l’assurance du rappeur genevois lui ont permis d’attirer les projecteurs, mais sa faim d’expérimentation demeure insatiable et son objectif de reconnaissance n’est pas encore pleinement atteint. Il cherche à marquer les esprits et à contribuer à la culture. Une chose est sûre : le rappeur n’a pas fini de nous impressionner.

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