OgLounis, le rap du fond de la Grotte 

OgLounis, le rap du fond de la Grotte 

Avis aux marcheurs nocturnes invétérés et aux adeptes de soirées foot accompagnées d’un pilon, OgLounis est le nouvel astre qui tournera dans vos oreilles pendant 365 jours. Evoluant en milieu de terrain, c’est avec son acolyte Greg qu’il performe, un duo de choc aussi précis et rapide comme Iniesta qui fait la passe à Xavi. Du haut de ses 19 ans, l’orchestre qui se joue dans son rap est aussi beau à voir que Zinédine Zidane sur la pelouse

Petit air de piano et légers saxophones accompagnent le quotidien de la musique d’OgLounis et Greg. Depuis leurs cachettes au fond de Nîmes jusque dans leur grotte actuelle, l’ascension de ces deux ours se fait discrète. Agissant dans l’ombre sur des prods presque à l’ancienne, ils relatent leur vie de jeunes nîmois tourmentés par la hantise de ne pas voir leurs rêves se réaliser. A deux, ils ont déjà fait 100 fois le tour de la ville. Ils ne se laissent jamais sur la touche et progressent ensemble, sur l’immense terrain de la musique en fidèles numéros 6 et 8. Une cohésion d’équipe qui peut aller jusqu’à la fusion. Il est tant aisé de confondre les deux voix qu’un trigger warning dès l’intro de leur dernier EP a été nécessaire :

Et s’il-vous-plaît, confondez pas nos deux voix

OgLounis, Greg – INTRO330

De la musique au four 

En décembre 2021, OgLounis sortait Tous Les Jours, un titre côtelé marquant le début de son identité musicale. Un mélange de technicité de la langue et de rimes simples, tout en respectant certains codes new wave avec le fameux “comme si + présent de l’indicatif” et les nombreux rejets avec saut de respiration. Ce titre est sûrement l’un des plus fournis et techniques de sa discographie. 

Un mois plus tard, il sort son premier EP, Dans la Grotte Vol.1, suivi de près par le volume 2, sorti le 9 août dernier. Comme s’il avance dans la quête, OgLounis transforme peu à peu son steak-pâte en magret. Manque de sel ou de cuisson pour certains titres, avec des rimes pas assez assaisonnées ou des prods à la vapeur, il n’empêche qu’il a su rajouter l’ingrédient mystère à son rap. On y goûte et on en redemande, intrigués par la prochaine recette, particulièrement dans les deux featurings du dernier EP, Larmes séchées avec Mayyy et Toute la vie avec Velours

Velours et Mayyy, la richesse des tonalités 

Dans le titre Larmes séchées, Mayyy lâche un couplet donnant toute la saveur au morceau. L’accumulation des syllabes en -i renforce la thématique de l’amour, qui s’oppose à la liberté “on se reverra les larmes séchées, je sais que la liberté c’est cher”. Velours prend également le temps de narrer ses déboires amoureux dans Toute la Vie. Du début du son jusqu’à la fin du songe, on est embarqués dans les troubles sentimentaux des deux artistes. On fait le tour de la

question et de la ville avec eux, sans pour autant y trouver de réelles réponses, comme souvent lorsqu’on parle de (re)sentiments, surtout quand on a 19 ans. 


On se l’accordera, OgLounis n’en est qu’à ses débuts et le manque de savoir-faire se fait encore ressentir dans ses projets. Or, il n’est pas alambiqué de souligner l’ardeur du talent et de sentir l’odeur de la réussite. Avec un peu de sucre en poudre et de poivre en grain, ce jeune rappeur a toutes ses chances d’être propulsé sur le devant de la scène. C’est un rap sans cheat code qu’il nous livre. A la manière de Luffy, il suit le Log Pose pour atteindre le sommet. Il a toutes les cartes en main. Alors, estimons-nous chanceux de pouvoir assister à l’établissement de ses fondations : la maison qu’il construira, on le sait, peut être grandiose.

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