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FOCUS GROOVER #4

Photo de l'article : FOCUS GROOVER #4

Écrit le 13 mai 2020 par Thibault dans Parenthèses

Parce que la patience est une vertu et que le travail finit toujours par payer, c’est à travers ce 4ème volume des Focus Groover que nous voulions mettre en avant des artistes talentueux et travailleurs. Chaque jour, nous découvrons de nouvelles personnes, de nouveaux univers et c’est pour cela qu’aujourd’hui nous allons vous parler de 3 artistes qui nous ont marqué par leur personnalité.

ASHÉO

Originaire de Issoire proche de Clermont-Ferrand, c’est en 2010 et en groupe qu’il se lance dans le rap sous le nom de « La Colok », composé de Ashéo et Netik. Ensemble ils sortiront des freestyles ainsi qu’un EP et feront quelques dates de concerts. Ce sont les premiers pas et le début d’une construction musicale où Ashéo développera son flow et sa technicité. 

En 2015, un nouveau duo voit le jour « L’Epicerie ». Ashéo et Sweno produiront ensemble un album « Libre » sur le thème moteur de la liberté. En effet les deux rappeurs partagent ici leurs rêves, l’idée étant de croire en ses rêves tout en rejetant ce qui pourraient les ralentir dans l’accomplissement de ces derniers. C’est donc avec un discours fédérateur, rempli d’espoir que nous suivons le duo durant 15 tracks sur des prods bien produites et variées. Entre l’expérience des collectifs de « La Colok » et « l’Epicerie » on peut déjà y voir pour le rappeur l’envie de partager une passion commune, celle de créer entre potes et vivre le rap à fond. 

On imagine facilement ce crew, la bande de pote qui se dévoue à une passion commune où chacun apporte son savoir-faire entre le beatmaker, le DJ et le rappeur. En tant que fan de rap on y a déjà tous pensé plus ou moins sérieusement mais pour Ashéo et son équipe c’est du concret. En écoutant les premiers projets, on ressent ce côté old school de kickage pure, une sorte de retour au source qui fait plaisir.

Après avoir fait son bout de chemin en groupe, le rappeur décide de se lancer en solo. C’est avec un bon bagage qu’il s’inscrit et enchaîne différent concours/tremplins rap notamment le End Of The Week duquel il ressort finaliste. 

Ashéo a attiré notre attention dans sa proposition musicale, celle d’une musique transversale mélangeant les styles. Entre des sonorités jazz, old school, electro, il s’essaye à beaucoup de prods et flows différents. Il fait le choix d’une recette originale avec lui au rap, un DJ et son frère au saxophone pour l’accompagner sur plusieurs morceaux. Pendant 2-3 ans ils sortent une série de morceaux et expérimentent leur musique. 

Un premier projet voit le jour Deviens qui tu es abordant toujours le thème du rêve et de la liberté mais c’est avec le projet Exodia qu’on rentre dans le vif du sujet. Un deuxième projet plus abouti après cette première carte de visite qui marque l‘évolution du rappeur. 

On commence avec l’intro  Coucou sur laquelle Ashéo n’a pas de problème à montrer ses capacités techniques de rappeur entre rimes et punchlines, le titre est une bonne rampe de lancement. Le saxophone présent sur 3 titres marque au fer cette touche musicale unique dans le processus créatif du rappeur et faisant ainsi participer son frère. C’est un projet assez complet permettant de comprendre la dimension musicale très variée de l’artiste et sa construction d’une singularité. Ce qui est intéressant avec Ashéo c’est qu’à lui seul il mélange les styles entre un flow rap et une voix aux sonorités reggae. Cet EP prend donc une forme plus commerciale et accessible. On l’entend notamment dans le titre éponyme du projet en featuring avec Alex Marie Brinkley, artiste féminine anglophone apportant une autre dimension et ambition que les projets précédents. 

En 2019 il sort une série de titres appelée Vagabond dans laquelle il se rend dans 4 grandes villes de France (Angers, Toulouse, Lyon et Nantes) pour collaborer avec des artistes locaux et proposer un contenu varié et participatif. 

C’est avec une grande détermination et la mentalité d’un challenger qu’il se lance dans le concept Compte à Rebours. L’idée étant de proposer un rendez-vous musical hebdomadaire pour annoncer à la suite d’un décompte la sortie d’un projet. On y découvre à travers cette série un artiste aux multiples facettes, qui prend des risques et qui se réinvente dans les flows, les instrus mais aussi dans la production visuelle. 

Pour conclure, Ashéo est un rappeur complet, investi à 100% dans sa passion et qui par sa motivation et sa persévérance produit du rap de plus en plus qualitatif et professionnel. On lui souhaite le meilleur pour la sortie de son album Cosmos qui ne devrait pas tarder à arriver.

SONBEST

Pour finir l’artiste SONBEST nous a interpellé avec la sortie de sa série de freestyles Grind Mode. Dans l’ère où l’emo rap fonctionne plus que bien, SONBEST est une belle découverte qui sur bien des points se rapproche de ce style. 

La construction de son flow et de son image est une longue marche semée d’embuche pour un artiste mais c’est avec cette série de freestyle que SONBEST rentre sérieusement dans le Rap Game en s’affirmant artistiquement. Comme pour beaucoup, le rappeur a commencé en postant une série de morceaux sur Soundcloud, c’est un bon moyen pour chacun de se découvrir mais aussi de se tester pour trouver son univers. Une sorte de pense-bête musical témoignant d’une évolution. 

La puissance de SONBEST réside dans ses prods émotives un peu oldschool avec un flow planant plus actuel et des lyrics bien pensés accompagnés de références solides. C’est en mélangeant plusieurs générations dans sa musique qu’il marque d’un point ferme sa singularité. Après un an d’absence c’est sur un sample de violon mélancolique qu’il balance son premier freestyle et annonce ainsi son retour. 

A ce jour, 3 freestyles de cette série Grind Mode ont vu le jour. On ressent la professionnalisation dans la production avec la sortie de ces morceaux sous des formats originaux. Le rappeur peut paraître nouveau pour beaucoup de monde mais pour un rendu tel que ces freestyles, autant dans le fond que dans la forme cela demande déjà une bonne expérience. Libre à chacun de son interprétation mais il le dit lui même dans son premier freestyle Grind Mode #1 : « Ca fait longtemps qu’on grind » autrement dit ça fait longtemps qu’ils charbonnent. Ces trois titres sont les témoins et reflète de la mentalité du rappeur à savoir toujours évoluer et s’améliorer. 

Dans cette série, SONBEST se livre sur ses sentiments, ses émotions comme il l’a rarement fait auparavant. En partageant ses pensées, ses ambitions de manière intimiste il touche plus directement ses auditeurs et donne une énergie particulière aux morceaux. Dans son deuxième freestyle Grind Mode Phantom #2, c’est sur une prod avec une guitare acoustique qu’il nous parle d’une relation amoureuse et de l’importance du charbon pour réussir ; ce qui amène à faire des sacrifices. C’est avec des phrases courtes mais impactantes et quelques mots d’anglais qu’il impose son style musical et lyrical. Le plan fixe du rappeur cigarette à la bouche, dans la pénombre avec une vue sur toute la capitale nous plonge dans son univers et les lyrics qui nous accompagne. 

C’est avec Grind Mode Magic #3 que SONBEST arrive sur une prod plus actuelle élargissant ainsi son panel musical. Il nous transporte ici dans un univers futuriste dans lequel il n’a pas les « sorts » pour conquérir une âme, tout du moins pas encore. C’est avec un vocodeur bien maîtrisé, ajoutant une touche de mélancolie dans sa voix et un flow chanté que SONBEST propage sa musique sur les ondes. 

Déterminé comme un Yakuza, avec un univers puissant et un bon mélange entre l’ancienne et la nouvelle école, le rappeur risque de nous surprendre dans les mois et les années à venir. Il faudra donc suivre ça de près. 

Max D. Carter

Vous l’avez peut être vu passer dans vos fils d’actualité, Max D. Carter est pas mal présent. Gros passionné de Rap, il s’est permis ce que chacun d’entre nous n’a pas osé faire : se mettre à rapper à son tour. Avec son projet Ex-Libris ; dont la pochette vous rappelle certainement Master P (réalisée par Danshi Zen).

Le projet a une saveur particulière, celle d’un amateurisme dans lequel on retrouve une réelle volonté d’évoluer et de s’améliorer. Si la qualité audio est parfois assez particulière ; pour ne pas dire compliquée afin de réellement apprécier certains titres, elle ramène essentiellement à ce postulat de base. Max D. Carter n’est pas encore le rappeur diplômé qu’il aspire à être. Voyez ce projet comme celui d’un apprenti rappeur qui raconte son quotidien d’Adulescent, ce qu’il présente très bien dans ce même morceau.

Une fois ce point de vue admis tout devient plus logique. Certaines tentatives ne sont pas toujours réussies et pourtant on ne peut s’empêcher de penser qu’avec plus d’expérience, le tout a la capacité de devenir bien plus abouti. Des titres comme Shōnen ou encore Somnanmbule sont le parfait exemple de ce propos, le choix des prods est idéal, le flow se montre efficace et les tentatives de placements plus osés sont à souligner.

Lunatique quand j’écoute la Lettre

J’ai tout laissé, j’ai tout donné

Les références dans ce projet pleuvent, du Rap, mais pas seulement. On retrouve aussi plusieurs références à l’univers de Pokemon mais aussi à la pop culture de manière plus générale. Sur Raikou, on retrouve ce rappeur avec de vraies bonnes idées et de belles tentatives réussies. Et justement, après en avoir discuté avec lui on comprend que Ex-Libris est un projet qui démarre en 2015 et sort en 2019 ; il traîne donc avec lui les problématiques d’un artiste qui débute mais avec des perspectives d’évolution vraiment intéressantes. Et cela se constate tout au long d’un projet au sein duquel on se retrouve surpris lorsque de nouvelles capacités semblent être débloquée pour lui.

Lorsque Max D. Carter s’essaie au chant, on ressent ses limites et pourtant on est séduit. Avec plus d’expérience, le résultat final peut rapidement devenir plus abouti. Son dernier morceau, Yvng Læn se montre justement prometteur sur ce point. La qualité de l’enregistrement est rapidement bien plus intéressante et on sent un énorme travail de sa part l’amenant à une nouvelle forme du Max D. Carter de la décennie passée. Le fan de pokémon nous parlera sûrement d’un second stade d’évolution, bien plus percutant.Exit la naïveté touchante d’un Salamèche, bonjour à un Reptincel plus tranchant. En 2020 ; et dans les années à venir on l’espère pour lui, on devrait constater cette amélioration qui devrait l’amener vers un univers plus solide. Un artiste à suivre de près donc et avec un univers bien établi et surtout capable de questionner sa propre évolution.

Auditeurs en quête de nouveauté, vous n’avez plus qu’à appuyer sur Play et vous laisser transporter.Vous pouvez d’ailleurs retrouver ces trois artistes prometteurs dans notre playlist Cul7ure X Groover.

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