SiR, petit prince d’Inglewood

Los Angeles regorge de salles mythiques, qu’il s’agisse de théâtres ou de boîtes de nuit. Parmi elles, le Whiskey a Go Go. Situé sur le Sunset Boulevard à West Hollywood, ce bar-boîte inauguré en 1964 fut un tremplin pour certains groupes de rock californien comme The Love ou The Doors. En 2011, WoodWorks – un groupe d’Inglewood – s’y produit pour ouvrir un concert de Top Dawg Entertainment. Dans les rangs du groupe, trois frères, dont SiR. A l’époque, le chanteur de R&B vit quasiment dans la rue, écrit des textes pour quelques artistes et s’apprête à devenir ingénieur du son. 
L’anecdote fait aujourd’hui sourire : six ans après ce concert, SiR – alors à deux doigts d’abandonner la musique – signe au sein du label californien après avoir capté l’attention de Dave Free, l’homme à tout faire de Top Dawg Entertainment, lors de la sortie de son projet Seven Sundays en 2015. 

Comme Jay Rock ou Kendrick Lamar, tous deux membres de TDE, SiR vient d’un comté de Los Angeles marqué par la culture des gangs : Inglewood. Le chanteur a tout de même eu une enfance paisible, passant de nombreuses journées à chanter à l’église avec sa famille. Ses années défilent au rythme des décollages et atterrissages incessants des avions qu’il aperçoit depuis les rues de sa ville, située à deux pas de l’aéroport de Los Angeles. 

Une famille de musiciens

Des ballets qui ont en partie inspiré son premier album November, sorti en janvier 2018. Le fil d’Ariane du projet est déroulé par la voix d’une hôtesse de l’air, qui guide l’artiste au fil de l’album. Le chanteur aborde ses soucis et peines de cœur. Si ses thèmes de prédilection sont déjà présents, le chanteur cherche encore son univers musical et accorde une part plus importante au rap que dans son second album. Il alterne ainsi entre couplets rappés et paroles chantées au fil des titres en montrant une facette plus sombre de sa personnalité, comme dans le morceau I Know ou Better, qui sonne comme une énorme gueule de bois sentimentale. Deux titres dont la tristesse est renforcée par la voix basse et brouillée de l’artiste. Ce dernier finit sur une note plus positive et poétique, comme s’il s’était endormi pour mieux conter ses histoires d’amour. Le natif d’Inglewood a une plume touchante, avec des métaphores bien senties pour exprimer ses sentiments comme sur Summer in November, le dernier morceau du projet. Le chanteur laisse notamment entrevoir une voix dont il n’a pas encore exploré toutes les facettes. Une voix qui devient son atout majeur sur Chasing Summer et lors de certaines prestations en live, comme lors de son NPR Tiny Desk Concert.

Lors de ce live, le membre de TDE apparaît détendu et enchaîne les notes avec une facilité déconcertante, comme si cette prestation n’était qu’une simple promenade de santé. Le natif d’Inglewood touche par son sens de l’interprétation, notamment sur Wires in the Way, extrait du projet Chasing Summer. SiR, qui dédie à ce titre à un ami décédé, finit au bord des larmes, en harmonie totale avec ses chœurs, composé en partie d’une certaine Jackie Gouché. Cette dernière a fait le tour du globe et des studios pour chanter avec des artistes comme Michael Jackson ou Stevie Wonder. Et elle n’est autre que la mère de SiR. L’oncle de l’artiste, Andrew Gouché, fut lui l’un des grands bassistes du gospel, en ayant notamment travaillé avec Prince. Autant dire que la musique est une religion dans la famille. Il n’est donc pas étonnant de retrouver Davion Farris (l’un des deux frères de SiR) dans le chœur. Le dernier de la fratrie n’est autre que le rappeur D Smoke, récent gagnant de la série Rythm & Flow

Voyage, amour et marijuana

Après s’être découvert sur November, SiR apparaît avec une voix pleine de maîtrise dans Chasing Summer. Ce second album est un prolongement du périple entamé par le natif d’Inglewood sur la fin de November. La cover du projet, composée de nombreuses étiquettes d’aéroports, est explicite, tout comme la date de sortie de l’album (30 août). SiR cherche à prolonger son été. Plutôt ironique pour un mec vivant à Los Angeles. Mais à travers ce titre, l’artiste est aussi en quête de liberté. La couleur de l’album est en tout cas vite donnée : SiR compte nous faire voyager au cœur de ses sentiments. Et le chanteur le fait à merveille, en parlant d’amour et de passion avec justesse et des références multiples, allant de Quentin Tarantino dans le son Mood à John Redcorn, morceau inspiré du nom d’un personnage empreint de solitude dans la série King of the Hill

Le natif d’Inglewood ne perd pas ses habitudes et continue de distiller des métaphores visuelles qui font mouche pour raconter ses déceptions, comme sur la production lancinante de New Sky, où il aborde une récente rupture (« New sky, new sky, won’t you let the clouds go by ? »). SiR a le don de dire beaucoup de choses avec peu de mots. You Can’t Save Me en est le parfait exemple, avec cette phrase qui peut résumer le message du projet : « Guess I was at the wrong place, at the wrong time, with the right one ». 

Tout est une question de timing pour l’artiste, qu’il s’agisse d’histoires d’amour ou de son aventure avec TDE. Malgré des sentiments contradictoires, la musique de SiR ne devient ni triste ou redondante mais plutôt planante et ensoleillée, notamment grâce à un ensemble de productions éclectiques. Les influences sont nombreuses, de Dr Dre au gospel en passant par la soul. Chasing Summer donne finalement envie de tout plaquer pour rejoindre l’artiste à Inglewood et tester sa meilleure indica à bord d’une lowrider (pas de drogue au volant les jeunes). 

Car la marijuana joue aussi un rôle prépondérant dans la musique de SiR. West Coast oblige, le chanteur est un gros consommateur, même s’il assure avoir diminué sa consommation à 7 grammes par jour. Ne posez pas de question, ça n’a aucun sens. Le chanteur en parle beaucoup dans ses sons, pour faire part de ses récentes découvertes sur Lucy’s Love. D’Evils est même consacré à la marijuana, où il aborde les bons et mauvais côtés de sa consommation quotidienne (One spliff a day’ll keep the devil away / Harder to remember, gettin harder to remember). SiR fume tous les jours, qu’il soit à Inglewood ou en concert, quitte à tirer sur le joint d’un spectateur. Le clip d’Hair Down, en featuring avec Kendrick Lamar, y fait aussi référence tout en mettant en avant le style de vie de la South California. On peut ainsi apercevoir des palmiers, des lowriders ou encore le Forum, salle mythique d’Inglewood. 


S’il voyage à travers sa musique, le chanteur revient toujours à son point de départ : LA County et Inglewood. Sa ville d’enfance est omniprésente dans ses textes et ses interviews. L’artiste parle d’une femme d’Inglewood qui l’intéresse dans LA Lisa (« You grew up on Queen Street / You was in love with the street life ») et déclare sa flamme à LA dans le titre éponyme présent sur Chasing Summer. Quoi de mieux pour lui que de clôturer le voyage qu’il avait débuté dans November à Inglewood ? Ville qui a accueilli ses grands-parents en 1964, qui l’a introduit à la musique et qu’il n’arrêtera pas de représenter.  

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Back To Top