Interview Jean Morel

Créé en 2012 avec un freestyle qui rassemblait entre autre Nekfeu et Lomepal, Grünt a bien évolué depuis. Une radio a vu le jour en fin d’année 2020. Retour avec Jean Morel sur cette “playlist géante” comme il l’appelle, sur laquelle on peut entendre du rap français, marocains, de la funk, des hits ou des morceaux encore inconnus.

Il y a un côté surprise, tu ne sais pas ce que tu vas écouter. Tu te demandes ce qui va s’enchainer derrière.

Quand est née l’idée de la radio ?

Elle s’est concrétisée pendant le premier confinement. Avec les lives qu’on faisait, on s’est rendu compte que c’était cool d’avoir un lieu d’expression où on pouvait inviter qui on voulait. Ça venait aussi à un moment où je savais que j’allais prendre une décision importante dans ma vie qui était de quitter Radio Nova, pour me consacrer à Grünt. On avait envie de se construire un jouet.

Est-ce que c’est la concrétisation de toute l’aventure Grünt ?

C’est qu’un début. C’est vrai que c’est très concret. Ça a toujours été un truc de passionné, qu’on faisait à côté de nos tafs. On s’est dit que c’était trop pour nous tous. Il y a un mec qui s’appelle Théo, il y a Simon, Quentin, qui représentent l’identité Grünt. On s’est dit « nique de faire ça pour les autres, faisons-le pour nous ». C’est un aboutissement car il n’y a plus que Grünt dans nos vies pour tout le monde. On prend des risques et on va voir ce qu’on peut faire avec ça.

Quel est l’objectif de la radio ?

C’est un espace de liberté, avec la culture du micro ouvert. Il n’a aucune visée commerciale, on ne veut pas gagner d’argent avec. On vit dans un monde où il y a un gros manque d’indépendance des médias, on ne veut pas perdre notre liberté. On essaye de faire rentrer de la thune pas d’autres moyens, qui ont pour objectif de financer la radio. Il y aura zéro pub.

C’est un espace de liberté, avec la culture du micro ouvert

Tu kiffes sur ta propre radio ?

J’adore ma radio. On est deux à programmer, Théo et moi. Comme c’est nous qui avons programmé les milliers de titres, on est content quand ça tombe. Dans la voiture, on se tape des barres en se disant « elle est pas mal cette radio ». C’est comme si on s’était créé une playlist géante.

Tu n’as plus besoin de Spotify ?

J’en aurai toujours besoin, pour écouter des trucs en dehors de la radio. Mais on atteint un niveau de saturation par rapport aux algorithmes, à ce truc de fausses recommandations. C’est ça qui est bien avec la radio, il y a un côté surprise, tu ne sais pas ce que tu vas écouter. Tu te demandes ce qui va s’enchainer derrière.

Aussi, on est un peu passé à l’ère du tout podcast. Moi j’aime bien ce côté radio du direct, de l’accident. Nous on peut prendre le direct quand on veut. Et ça envoie une notification. Un soir il y a Shkyd qui est passé à la radio, je lui ai dit “viens on prend le direct”. S’il y a des rappeurs qui pointent une tête, on va prendre le direct.

C’est un travail énorme de faire toute la programmation, non?

Oui c’est du boulot. On est deux à rentrer les sons. Après la radio tourne toute seule. Tout est sélectionné, c’est de l’anti-algorithme. Comme si on était dans un potager, tous nos sons sont cueillis à la main.

Est-ce que d’autres projets arrivent liés à la radio ?

On a commencé à développer la radio en mars dernier. Là on est encore au début, en février on va sortir notre offre de podcasts. On a déjà enregistré une dizaine d’épisodes. Il va y avoir plusieurs séries de podcasts qui vont arriver. On n’est qu’à 15 % des capacités de la radio.

Vous tendez à être engagés ?

J’ai le sentiment qu’on vit une période cruciale et bresson. Quand on voit que des médias peuvent tenir des propos franchement à droite, nous on veut être des adversaires de ces gens-là. On va arrêter de ne pas se positionner. On est un média de gauche, pour l’amour, on ne veut pas laisser la parole à des fils de pute.

Est-ce que vous allez prolonger cet engagement dans le rap, où il y a de sales histoires aussi ?

Tu peux regarder la playlist, il y a des gens qui ne sont pas diffusés. C’est important. Aussi on essaye d’avoir une plus grande représentation féminine dans notre équipe, on recrute des meufs. On fait attention à diffuser des meufs. On peut pas se permettre de donner des leçons mais il faut tendre collectivement vers davantage de représentations.

C’est marrant de voir que Grünt soit un step à cocher pour des gars. Comme on en fait peu, ça reste un goal.

Quel est ton Grünt préféré ?

Je n’ai jamais su répondre à cette question. C’est tellement associé à des souvenirs de ouf. C’est toujours un même plaisir quand on en enregistre un. Celui avec La Fève, le dernier, c’était trop bien, des flows nouveaux, des mecs trop forts. Quand on fait des Grünt avec des kids, ils nous disent qu’ils ont commencé à rapper avec nous. Ça nous fait passer pour des vieux mais c’est dingue en vrai. Bekar il a rappé sur des freestyles de Grünt. La Fève ils nous a dit qu’il kiffait ça. C’est marrant de voir que Grünt soit un step à cocher pour des gars. Comme on en fait peu, ça reste un goal. Quand t’es invité pour une Grünt, ce n’est pas comme à Planète Rap, c’est que tu le mérites.

Vous ressentez l’impact de votre travail ?

On espère que ça a un impact sur les gens qu’on défend. Un média pour moi c’est faire le lien. T’as l’impression que les journalistes font des seflies. Ce n’est pas votre métier d’incarner quelque chose, c’est de faire la transmission. Le média, c’est mettre en avant des artistes.

Tu vis ton rêve en ce moment ?

Oui je kiffe, après il y a beaucoup de taff. Ce qui me rassure et qui me fait peur c’est que je ne suis jamais rassasié. On a créé un tuyau, il faut le remplir. C’est incroyable qu’on puisse émettre. Le studio c’était une cave, on a tout retapé à la main. C’était de la terre battue. On a fait de la récup de meubles.

J’aime beaucoup Moussa, je ne comprends pas pourquoi ça ne pète pas plus. C’est un chanteur, il pourrait être au niveau de Lomepal.


D’où tu sors ces petits artistes que tu fais découvrir ?

Je ne saurai pas t’expliquer. J’ai la chance d’être entouré de gens passionnés et on s’échange des sons. Les artistes écoutent beaucoup de musique et comme Grünt m’a connecté avec pas mal de rappeurs, ils partagent des sons. Théo, qui fait la radio avec moi, est un incroyable digger. Il m’impressionne.

En qui tu crois cette année ?

Frenetik est incroyable, j’aime beaucoup Moussa, je ne comprends pas pourquoi ça ne pète pas plus. C’est un chanteur, il pourrait être au niveau de Lomepal. Il y a une mixtape qui arrive, qui va faire changer les choses j’espère. J’aime bien Zed Yun aussi. Rendez Lesram riches. On sera là en tout cas, il le sait. 

Merci à lui d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et allez checker la Grünt Radio :

Merci également à Backpackerz pour l’utilisation de la photo, réalisée par Antoine Bosque ; co-fondateur du média, au détour d’une interview il y a deux ans.

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