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Est-on obligé d'aimer les classiques ?

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Écrit le 1 octobre 2018 par Amélien dans Dossiers

Après avoir dit que l’album Rapattitude n’était pas un album incroyable, je me suis attiré la foudre de mes collègues; me prétextant que cet album était un énorme classique et que je manquais de respect au rap en disant ça. Je savais que l’album était collector et que la trace qu’il a pu laisser dans le paysage du rap français était immense. Pourtant, toute personne ayant une oreille digne de ce nom peut percevoir que musicalement (excepté sur quelques morceaux), ça n’a pas toujours bien vieilli. Au delà de ça, c’était la Genèse du Rap, c’est donc tout à fait normal qu’il y ait des “imperfections” (C’est d’ailleurs cet argument que j’ai mis en avant pour qu’ils déposent leurs armes).

Malgré tout, j’étais assez surpris par la conviction de mes interlocuteurs à défendre ce projet. C’est là que je me suis dit que c’était plus qu’un « classique”. Vu que je voulais vraiment comprendre pourquoi ils le chérissaient autant, j’ai fait mes recherches. J’ai découvert a posteriori qu’il était encore plus important que ce que je pensais.

En tant que gros consommateur de rap, je le voyais souvent cité comme une référence et en effet, Rapattitude a été une inspiration pour beaucoup d’auditeurs et pour beaucoup d’artistes (cf certains couplets de L’Indis, Mac Tyer voire Diam’s).

Ensuite, ce projet est le symbole de la consécration du hip-hop en France grâce à l’apparition de groupes comme les New Generation MC, par exemple. Il s’agissait aussi d’une des toutes premières compilations qui mélangeait la plupart des éléments qui composent le hip-hop (le rap, certes mais aussi ce que les vieux appellent le “Djing”, etc…). Enfin, outre les premiers pas du « mouvement Hip-hop », c’était aussi l’éclosion de groupes comme NTM ou encore l’affirmation d’Assassin, etc…

Pourtant, ça ne justifie pas de le défendre autant surtout quand on parle de l’aspect uniquement musical. Ma théorie avec ce projet, c’est que les gens se souviennent davantage qu’à l’époque ils avaient beaucoup aimé ce projet. Leur manque d’objectivité est totalement dû à l’attachement et au “souvenir”, ce qui conduit à une vision biaisée des auditeurs (qui deviennent du coup des fanatiques hardcore). Rapattitude est au rap, ce que Dragon Ball Z est à l’univers des mangas. On sait que c’est pas parfait, que c’est pas le meilleur anime et pourtant il reste collector.

Cela fonctionne avec Rapattitude mais aussi avec certains classiques, essayez de tweeter “Mauvais Œil est un album surcôté” ou “Détournement de son, c’est un album bâclé” et admirez les réactions démesurées.

Évidemment, je conçois que les tweets peuvent donner des frissons de dégoût tellement ils sont faux et insensés mais c’est très intéressant de voir les réactions démesurées des aficionados. Notamment le fait que les gens abandonnent tout esprit critique dès lors que les albums sont des classiques. Sans oublier que le fossé entre les différentes générations grandit jour après jour. Les auditeurs n’ont donc pas forcément les mêmes références. A la fin des années 90, des jeunes ont eu la chance de grandir en écoutant encore et encore des albums comme l’Ecole du Micro d’argent ou Opéra Puccino dès leurs sorties.

Avec le temps, ces albums sont entrés dans la catégorie « classique » et pour ceux qui ont grandi avec, c’est inconcevable qu’on puisse en dire du mal. Personnellement, j’étais encore un gosse quand les projets de cette époque sont sortis. Du coup, j’ai dû rattraper mon retard par la suite afin de les écouter pour comprendre pourquoi ils étaient si importants. En revanche, pour les auditeurs encore plus jeunes que moi, ils leur faut davantage d’effort pour rattraper leur “retard” car beaucoup de projets sont sortis depuis. Et ainsi de suite… Ce qui fait que plus on va avancer dans le temps, plus la notion de classique va évoluer.

Or, derrière le terme de classique, y’a souvent les notions de “nostalgie” et de souvenir. L’école des points vitaux de la Sexion ou encore Perdu d’Avance d’Orelsan peuvent donc devenir des classiques pour des auditeurs alors que pour d’autres, c’est beaucoup trop récent pour être des classiques.

On a même fait un sondage sous le Tweet et c’est vrai qu’il y a une minorité qui ne l’a pas rejeté mais qui a choisi l’option « pas encore ». 

En revanche, objectivement, ils ont tous les éléments pour l’être: Ils sont très bien écrits, produits et réalisés. Ils sont même une source d’inspiration pour des artistes et captent bien l’atmosphère d’une certaine époque en bref ils ont un impact majeur. Cependant avec la gentrification du rap français, il existe une sorte de “police de la pensée unique” qui dicte ce qui est un classique et ce qui ne l’est pas. Du coup, tout ce qui ne ressemble pas à un classique de la fin des années 90, c’est à dire un classique relativement conscient du style Où Je vis, Sad Hill ou encore Le Combat Continue n’en est pas un. On a pu d’ailleurs le voir lorsqu’ils remettaient en doute la légitimité d’Or Noir et Dans La Légende. L’obligation d’aimer les classiques et de ne surtout pas les critiquer ne se limite pas qu’à l’Hexagone. En effet, outre Atlantique, on a pu voir des situations similaires. Par exemple, il y a quelques mois, Lil Xan a provoqué un tollé après une déclaration incendiaire.

Invité pour une Interview chez Revolt T, Lil Xan devait une note à diverses choses ou personnes (ça allait de la weed à Lil Peep). Tout allait relativement bien jusqu’à qu’on lui demanda de noter 2pac. Lil Xan choisit la note de 2/10. Surprise générale, même pour l’interviewer, qui lui demande de développer. Lil Xan, d’un ton nonchalant déclara qu’il trouvait 2pac ennuyeux.

Bien évidemment, cela fait un moment que 2pac a atteint le stade de “légende” voire de figure quasi divine. C’est donc compliqué voire insensé de contester la place qu’il a pu avoir. Cependant quand le jeune Lil Xan a dit “he made boring music”, beaucoup ont vu ça comme du crachat dans la soupe car le hip-hop aurait été très différent sans Pac.

Là où c’est intéressant, c’est qu’en réalité, il a le droit ne pas être touché par la musique d’un artiste décédé il y a plus de vingt ans, aussi célèbre soit-il. On a pas tous la même sensibilité face à la musique. D’autant plus que les styles des deux artistes sont radicalement opposés. Pourtant, on a pu voir des déclarations parfois saugrenues telles que celle de Waka Flocka Flame “he should be banned from hip-hop”.

Outre cette remarque assez cocasse, ça met en lumière autre chose: Les albums “classiques” représentent quelque chose au-delà de la musique.

Pour conclure, le clivage autour du terme de “classique” se fera de plus en plus avec le temps. Il arrivera que les jeunes critiqueront le flow monochrome d’Ice-T dans 6’in the Morning ou celui des débuts d’Assassin, c’est le cours naturel des choses. Personne n’est OBLIGÉ de les aimer. Par exemple, je ne peux physiquement pas supporter le cinéma de Tarantino. C’est une question de sensibilité, ses films ne me provoquent aucun effet et même si je reconnais qu’il y a un travail de réalisation, j’y suis plutôt insensible. Et bah pour certains classiques de rap, c’est sûrement la même chose. Il faut comprendre que chez certains, la musique ne les fait pas réagir pareil et dans le fond, c’est moins révoltant que ce que vous pensez.

Enfin pour les plus jeunes, si un jour on vous demande votre avis sur  Illmatic, Ready To Die ou Blueprint Vol.1 et que vous les avez pas encore écouté, dites que ce sont des excellents classiques. (car c’est la vérité).

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