2Pac – All Eyez On Me, 25 ans plus tard

Après avoir revisité Me Against the World de 2Pac en octobre dernier, pour ses 25 ans, il était naturel de notre part de faire de même pour l’album qui a suivi. Il s’agit sûrement de l’album le plus populaire de la carrière du rappeur et par la même occasion de l’un des plus populaires de l’histoire du rap. LE double album de référence pour tous les autres rappeurs qui tente de s’adonner à cet exercice. Je parle bien évidemment de All Eyez On Me de 2Pac, sorti le 13 février 1996 chez le mythique label de Dr. Dre et Suge Knight : Death Row Records. L’album fête donc ses 25 ans cette année ! Une bonne raison de revisiter ce classique et de voir ce qui en fait un justement.

“Out on bail, fresh out of jail…”

Comme évoqué dans l’article sur Me Against the World, au moment où l’album est au sommet des charts, 2Pac est incarcéré. Le rappeur, dans l’attente de son jugement, n’est pas sur le point de sortir et ne peut donc pas savourer les fruits de son dur labeur. C’est alors que là intervient le co-fondateur de Death Row : Suge Knight. La copine de Pac de l’époque n’a plus d’argent dû à toutes les dépenses pour les frais d’avocat, c’est alors cette dernière qui se tourne vers Suge pour lui demander de l’argent afin de pouvoir payer les avocats. Suge ira jusqu’à proposer de sortir le rappeur de prison à la seule et unique condition que ce dernier signe dans son label. Suge avait tenté à maintes reprises de signer 2Pac chez Death Row cependant il était signé chez Interscope qui justement distribue Death Row. Ces derniers refusaient toujours car même s’ils distribuaient les disques de Death Row, ils étaient au courant des manières de faire du label dit intouchable. La copine de Pac ira donc voir ce dernier en lui présentant cette offre qu’il accepte sans hésiter. Ayant des connexions de partout, Suge Knight arrivera à négocier une caution de 1,4 million de dollars pour libérer le rappeur. La légende veut qu’il soit parti prendre l’argent de Interscope afin de payer cette caution et connaissant le caractère du personnage, cela ne semble pas être tiré par les cheveux. C’est Suge lui-même qui ira récupérer Pac à sa sortie avec une limousine blanche et comme mots “le morceau Who Shot Ya? de Biggie c’était pour toi. Moi je n’aime pas P. Diddy donc maintenant on est en guerre contre Bad Boy.”. Lui étant redevable mais aussi parce qu’il en voulait à Biggie pour son shooting en 1994, il accepta et les deux se dirigèrent au studio pour rentrer encore un peu plus dans la légende.

La machine !

Une fois au studio, l’artiste se déchaîne comme peu l’ont fait avant lui. On voit sur des vidéos maintenant en ligne le MC californien donner des directives aux rappeurs que l’on retrouvera sur l’album. On l’entend dire qu’il veut que les gens préparent leurs textes pendant qu’il enregistre le sien, que pendant qu’eux enregistrent leurs parties, les autres morceaux déjà enregistrés doivent être mixés dans le studio d’à côté bref une vraie machine, une course contre la montre, comme s’il savait que ses jours étaient comptés. C’est pour cela que des morceaux voire même des albums entiers du rappeur continuaient de sortir longtemps après sa mort. Mais si 2Pac a eu la possibilité d’enregistrer autant de morceaux en seulement 2 semaines (du 13 au 27 octobre 1995) c’est parce que Suge a tout mis à la disposition du rappeur. En effet, la moindre instru qu’il entendait et qu’il appréciait, Suge lui la donnait et cela même si le morceau avait déjà des couplets posés dessus ou qu’un autre artiste du label l’avait déjà réservé. C’est ce qui s’est passé pour California Love qui était initialement un morceau solo Dr. Dre mais aussi pour Can’t C Me qui était un morceau entre Ice Cube et Dr. Dre. Pour Got My Mind Made Up, le morceau devait être entre Dogg Pound, Method Man, Redman et Inspectah Deck. Le couplet de ce dernier a d’ailleurs été supprimé à la fin car 2Pac ne l’appréciait pas mais Daz (producteur du morceau) a quand même tenu à ce qu’on en entende quelques mots.

Le double-album parfait

Il est quasi-impossible de parler de cet album dans son intégralité sans que l’article soit interminable ; même si l’envie est très présente due à mon attachement à cet album. All Eyez On Me est le tout premier album de rap que j’ai écouté mais aussi que j’ai acheté (en cassette à l’époque). Je pourrais donc parler de chaque titre si ça ne tenait qu’à moi. Mais la longueur du projet en fait une tâche trop compliquée pour un article. En effet, il s’agit d’un double-album de 27 titres au total ! Le premier double-album en CD de l’histoire du rap américain. Beaucoup se sont tentés à ce format en tentant de suivre le schéma établi par 2Pac, mais très peu ont réussi. Même des artistes de renom comme JAY-Z, Nas ou encore Drake ont échoué. Ce double-album est clairement la raison pour laquelle beaucoup de rappeurs ont tenté d’en faire un. Même son némésis de Brooklyn sort son double album Life After Death un an après. Ce qui est clairement une “réponse” à la brillante idée de 2Pac. En France, un rappeur comme Rohff, qui est très influencé par la West Coast, a sorti quatre double-albums et il ne se cache pas d’avoir 2Pac et par conséquent All Eyez On Me comme l’une de ses premières influences. Due à la longueur du projet je vais donc me focaliser sur les singles mais aussi quelques-uns de mes titres préférés.

L’album commence avec l’une des meilleurs intros de l’histoire : Ambitionz Az A Ridah. Le producteur de ce son et la moitié de Dogg Pound, Daz Dillinger, dira qu’il s’agit du premier morceau que Pac a enregistré après être sorti de prison. Un refrain de Snoop Dogg était déjà dessus mais 2Pac l’a modifié et a ensuite posé ses trois couplets. Ce morceau est si iconique qu’il sera utilisé par son vieil ami Mike Tyson comme musique d’entrée pour son combat contre Julius Francis en janvier 2000. Cam’ron reprendra aussi ce morceau en 2002 sur son premier album chez Roc-A-Fella : Come Home With Me. Il y invitera d’ailleurs Daz dessus. Pareil pour Fat Joe et Dre de Cool N Dre, qui reprendront ce morceau en 2018 soit plus de 20 ans après la sortie de l’original. Allons ensuite à un des singles de l’album : How Do U Want It. Le morceau est une collaboration avec K-Ci et Jojo aka les chanteurs du groupe de R&B Jodeci. Il s’agit de l’un des titres les plus connus du rappeur et il atteindra d’ailleurs le sommet des charts à nouveau grâce à ce titre. C’est un single à fort caractère sexuel et cela même dans le clip. Il existe trois versions de ce dernier. Une version live à un concert et ensuite une version censurée et une autre explicite avec la présence d’actrices pornographiques. Le morceau est produit par Johnny J qui est très présent sur l’album. 

Ce titre s’enchaîne alors avec l’une des connexions les plus légendaires de l’histoire du rap, deux rappeurs au sommet de leur art au moment de l’enregistrement : 2Pac et Snoop Dogg sur 2 Of Amerikaz Most Wanted. Si le morceau s’intitule ainsi c’est parce que les deux rappeurs avaient eu à faire avec la justice peu de temps avant. 2Pac était toujours dans l’attente d’un jugement pour son affaire de viol et Snoop lui venait d’être acquitté pour une affaire de meurtre. Une collaboration au sommet pour les deux légendes californiennes sur une prod de Daz et un clip mettant en scène un procès des deux rappeurs. On y voit aussi une parodie de Biggie et P. Diddy, déjà utilisée pour le clip de la diss track : Hit ‘Em Up. Ces derniers sont mis en scène dans la séquence du début qui reprend la scène de Scarface Tony découvre que Frank a voulu le faire tuer. 

Passons maintenant au titre le plus populaire de cet album et qui représente un véritable hymne pour l’État de Californie. Vous l’aurez compris, il s’agit de California Love. Comme dit précédemment, il s’agissait au départ d’un morceau solo de Dr. Dre avec Roger Troutman au refrain. Mais Pac l’ayant entendu, Suge a décidé de retirer deux des trois couplets de Dr. Dre et de le donner à 2Pac. Le reste appartient à l’histoire. Le morceau atteint le sommet des charts dans de nombreux pays et permet donc à 2Pac de connaître le succès international. Le clip quant à lui est digne d’une production Hollywood et c’est le cas de le dire. En effet, le clip reprend l’esthétique du film Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre et on y retrouve comme acteur Chris Tucker, tout fraîchement sorti de Friday avec Ice Cube. On y retrouve aussi la légende de la P-Funk : George Clinton.

Les deux derniers singles sont totalement différents des précédents. Là où les titres cités au-dessus célébraient la vie de gangster, sur Life Goes On et I Ain’t Mad At Cha nous retrouvons un Pac vulnérable à la manière de Me Against the World. Ces morceaux jouent un rôle important dans le fait que certaines personnes disent que le rappeur n’est pas réellement mort. Le premier sort le 11 septembre 1996 soit 4 jours après son shooting à Las Vegas. Prévu à l’avance ou opportunisme ? Qui sait ! Mais dans ce titre 2Pac évoque la mort de plusieurs de ces amis, reflète sur sa propre vie et sa possible mort. Le producteur du morceau et ami proche du rappeur, Johnny J dira dans un reportage pour le magazine XXL que les gang bangers présents lors de l’écoute de ce morceau se sont mis à pleurer dû à la perte de nombreux de leurs amis à eux aussi.

Le second, I Ain’t Mad At Cha, sort le 15 septembre 1996 soit 2 jours après l’annonce du décès du rappeur suite des blessures encourues après le shooting. Le single est accompagné d’un clip qui est sûrement qu’une coïncidence mais qui nourrit les arguments de ceux qui pensent qu’il n’est pas mort. En effet, dans le clip 2Pac sort du cinéma avec son ami, joué par l’acteur Bokeem Woodbine, et le rappeur se fait tirer dessus en protégeant son ami. Une ambulance vient le récupérer et tente de le garder en vie mais échoue… Nous voyons ensuite 2Pac rapper le morceau habillé tout en blanc dans un endroit qui s’apparente au Paradis. Sur ce titre 2Pac semble parler d’un ami d’enfance et de l’amour qu’il continue de lui porter malgré ce qu’il a pu lui faire le tout avec un magnifique refrain de Danny Boy Steward.

Le dernier album sorti de son vivant et quel album ! Il présente toutes les facettes parfois contradictoires mais complémentaires du rappeur d’Oakland. On y retrouve le 2Pac vulnérable de Me Against the World, le 2Pac engagé de 2Pacalypse Now et le 2Pac gangster en raccord avec son entourage au moment de l’enregistrement de cet album. Beaucoup se demandent lequel était le vrai, j’aurais tendance à dire qu’il les incarnait tous en même temps, et bien plus encore. Repose en paix à mon rappeur préféré et l’une des plus grosses légendes de notre culture : Tupac Amaru Shakur dit 2Pac.


P.S : Je n’ai parlé que des singles mais je vous invite bien évidemment à (ré)écouter l’album dans son intégralité mais aussi à regarder le Roule Avec Driver Spécial 2Pac si vous voulez en savoir plus sur ce chef-d’œuvre et sur cet légende de la Californie, le tout raconté par une légende de Sarcelles.

Un bon gamin.
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