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Oumar, la croisée des époques

Photo de l'article : Oumar, la croisée des époques

Écrit le 24 janvier 2019 par Tristan dans Portraits

Le rap existe depuis presque quarante ans. N’en déplaise aux puristes, ce genre de musique a bien évolué depuis le début, qu’on parle en terme de musicalité ou de thèmes abordés. Si certains s’accrochent à un style collant à l’identité des 90’s, s’enferment dedans jusqu’à faire le même morceau en boucle sur quatre albums, d’autres abusent des possibilités offertes par la musicalité de genres comme le cloud rap ou la trap pour faire des morceaux vides. Mais nous n’allons parler ni de l’un, ni de l’autre type d’artistes. Comme vous l’avez lu dans le titre, on va parler d’Oumar, le rappeur le plus discret du désormais mythique label Din Records.

Depuis 2015, Oumar est signé chez Din Records, mais il est actif dans la bulle havraise depuis les années 2000. C’est un rappeur ayant a son actif deux EPs, Training Day et Training Day II, et trois singles, Mauvais Garçons, Jungle et Migos).

Seuls deux clips sont postés sur Youtube à l’heure actuelle, Oumar ayant déclaré vouloir se concentrer sur sa musique plus que sur son image et son personnage de rappeur.

La première chose qui marque chez Oumar, c’est son sens de la formule, de la bonne métaphore, du bon double sens, de la punchline qui fait mouche :

«Tsunami de rage, j’défèrle sur ces ports,

Comme une vague de migrants »

Soul Trap – Oumar

Sa façon d’écrire est très imagée, et on comprend mieux pourquoi ses titres n’ont pas besoin de clip : il fait preuve d’une grande inventivité dans ses phrases et dans ses façons d’aborder un morceau. Si vous ne comprendrez pas forcément tout à la première écoute, vous aurez quand même des images qui vous sauteront aux yeux lorsque vous écouterez ses morceaux. L’univers d’Oumar n’est pas le plus original mais il est diablement efficace, maîtrisé et ne s’éparpille pas, dans l’objectif de cogner là où ça fait mal.

« J’dépeins la réalité, Oumar de Vinci »

Dernier Siècle – Oumar

Mais son côté visuel sert aussi parfois à donner une tournure très froide à certaines expressions :

« Sur l’fil du rasoir, hardcore sont les funambules »

Dans ma Bulle – Oumar

On peut ajouter à ce côté visuel de son écriture un côté très référencé, le rappeur havrais maîtrise sa culture rapologique et on peut par exemple noter le titre Mauvais Garçons et son refrain :

« Dis bonjour aux mauvais garçons »

Mauvais Garçons – Oumar

faisant évidemment référence au classique de Booba du même nom. Il fait également référence à des morceaux plus récents dans le même titre : Shoote un Ministre, Coup du Patron ou Porteur Saint par exemple. Oumar peut également faire des références plus discrètes et bien placées, à vous de les trouver.

Il est également friand de références cinématographiques, Training Day faisant référence au film du même nom, on retrouve les éternelles référence à Scarface et particulièrement à Tony Montana, mais également des références plus insolites, comme à E.T dans Téléphone Maison

S’il ne semble pas très technique au premier abord, il fait partie de ces rappeurs très efficaces en terme de flow, à la fois très carré et très surprenant. Son flow vient asséner ses punchlines, qui auront rarement aussi bien porté leur nom de « coup de poing »

Ainsi, Oumar propose des textes bien écrits, lourds de sens, posés parfaitement sur des instrumentales efficaces : la plupart des morceaux sont produits par Proof, qui produit notamment pour Médine et qui est plus ou moins affilié à Din Records. Ces prods restent bien dans la tête, et traduisent ce que je préfère chez Oumar : elles sonnent à la fois très old-school mais ne tombent pas dans la caricature du boom-bap bas de gamme avec piano/violon, et en même temps les rythmiques et les flows sonnent parfois très trap.

J’ai découvert Oumar avec le morceau Dans Ma Bulle : Training Day était déjà sorti. Le morceau est relativement court mais le flow saccadé quasi trap mais avec des paroles un peu plus poussées que ce que j’entendais de la trap à l’époque, j’ai immédiatement été conquis. Et puis il y a eu le morceau Jour de Paix, qui cognait très fort en étant à la fois mystique, terre à terre, dénonciateur, et riches en phrases marquantes :

« Marianne nous tend les bras comme la Vénus de Milo ou Debbouze »

Jour de Paix – Oumar

On retrouve l’idée de mélange des époques dans les thématiques abordées par ses morceaux : si on trouve beaucoup de dénonciation, de lutte sociale, de storytelling plus ou moins déguisé, on y trouve également beaucoup d’introspection, qui rappellent des albums comme Bleu Noir. Il reste néanmoins relativement évasif, ce qui renforce l’impression de noirceur :

« Passé une vingtaine d’automne

J’écris ma vie sur des feuilles mortes »

Jour de Paix – Oumar

Son univers est donc un mélange d’introspection très évasive et de sa vision du monde, empreinte de noirceur, liée particulièrement à la violence des milieux précaires.

En résumé, Oumar s’inscrit curieusement dans un rap français que l’on a coutume de séparer en deux catégories : le rap old-school pour les vieux qui refusent le changement et la trap pour les jeunes idiots. En effet, Oumar prend à toutes les époques pour se créer une identité, et pour se forger un univers et surtout un rap simple mais pas simpliste, basique mais efficace. C’est peut-être Oumar qu’il faudra suivre de près chez Din Records, au milieu des Médine, Brav, Alivor et Tiers Monde.

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