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Infinit’, l’anti-Newton

Photo de l'article : Infinit’, l’anti-Newton

Écrit le 22 mars 2020 par Victor dans Portraits

« Je viens d’en bas. Je ne peux qu’aller en haut. » Alors qu’Infinit’ vient d’annoncer la sortie du second volume de Ma vie est un film, retour sur la carrière en ascension progressive du rappeur antibois. 

« Ma vie est un film personne ne rembobine. » Difficile de donner raison à cette phase de l’intro de Ma vie est un film, le second projet d’Infinit’ (2013). Opérer un retour en arrière sur la discographie du rappeur originaire de Nice vaut clairement le détour. Rien que pour ce projet déjà. Avant lui, Infinit’ avait sorti H.D.S vol 1 (2011), avec quelques très bons morceaux comme Dans les yeux d’un zin.

Mais c’est néanmoins dans Ma vie est un film qu’apparaissent les morceaux angulaires de la discographie d’Infinit’. Il y montre alors sa maîtrise derrière le filtre anti-pop. Le morceau Nuage de purple fait figure de classique parmi les morceaux du sudiste. Si des fumigènes sont déclenchés tout le long du clip, c’est bien parce que le rappeur ne semble pas avoir besoin d’air pour déballer son égotrip. Il scande alors son quotidien d’impulsif : « Manque de respect, je te schlass, pour ces conneries je peux niquer ma vie ». Une cascade de punchlines crues, bourrées d’énergie, lancées dans un flow qui n’a rien à envier à celui d’aujourd’hui, bien que sa voix s’est quelque peu épaissie. Un condensé d’arrogance contrôlée, illustré par ses éclats de rire dans J’en place une.

Je veux déjeuner en Suisse, dîner en Corse.

Infinit’ – D’en Bas

Ma vie est un film va connaître un second opus ce 27 mars, et son intitulé se vérifie encore aujourd’hui. Notamment dans le clip D’en bas, sorti en novembre dernier. Véritable plaisir auditif et visuel, voire même olfactif, sa virée en bateau nous envoie presque des odeurs d’embruns.

Le rappeur déambule dans d’étroites rues ensoleillées tout en évoquant ses envies d’aller « en haut », puisqu’il vient « D’en bas ». Via le refrain, il rend hommage à ce collectif qui l’a forgé, De Bas Fondation, ou DBF. Un collectif réunissant certains des meilleurs rappeurs de la Côte d’azur, de Jason Voriz à Veust’. Ce dernier, signé sur le label la Cosca, d’Akhenaton, fait figure de mentor pour Infinit’.

Le Sudiste chante aussi dans le refrain de ce même morceau que « personne ne fait de sans faute ». Sa discographie, déjà fournie (6 projets), comporte en effet quelques temps faibles. L’EP Ma version des faits notamment, sorti en 2018. Bien qu’il contienne des très bons morceaux tels que Tout le faire gang et Vivre bien en feat avec Alpha Wann, les prods sont moins percutantes, le projet compte moins de passages chantés et diversifiés. Il reste en dessous des attentes autour d’Infinit’, surtout après NSMLM. Cet EP sans fausse note sorti en 2017, avec des morceaux comme Sud-Est ou Laisse Nous, dans lesquels rap technique et mélodies s’entremêlent pour former un cocktail à siroter sous un ciel bleu azur.

Ma version des faits pourrait bien être le Alph Lauren 3 de Infinit’, un projet pour faire patienter le public, avant de sortir un disque bien ficelé et réfléchi, comme l’est UMLA d’Alpha Wann. Infinit’ fait d’ailleurs désormais partie du label Don Dada, d’Alpha Wann et d’Hologram Lo’, la structure idéale pour le faire évoluer vers sa forme finale.

Avant de travailler au côté d’Hologram Lo, Infinit’ avait déjà confié la production d’un de ses projets à un autre beatmaker, Dj Weedim. La couleur de Plusss (2015) est donc bien différente des autres, avec des instrumentales plus brutes et froides que sur NSMLM. Infinit’ lui reste un maestro sur pistes dans cet EP. Il continue à y expérimenter le chant, qui apporte une respiration dans ses morceaux, comme sur Le sac est plein, en feat avec Alpha Wann, où il assure le refrain.

Les condés nous tabassent pendant la fouille,  des fois en garde à vue on meurt.

Infinit’ – Programme

Si la vie d’Infinit’ est un film, c’est aussi parce qu’il s’inspire du 7e art. NSMLM tirait directement son nom d’une réplique de La Haine : « Nique sa mère le maire ». Une réplique envoyée par un petit depuis un toit et qu’Infinit aurait pu directement envoyer à Christian Estrosi, la figure politique niçoise à qui il a dédié un morceau.

Ne faisant que décrire (en amplifiant parfois, il est vrai) le quotidien d’Estrosi en parallèle avec le sien, Infinit’ est l’un des rappeurs les plus pragmatiques du paysage français. « Je suis sûr d’avoir une paire de couilles mais j’ai jamais vu mon cœur ». Le rappeur ne croit que ce qu’il voit. Et ce qu’il distingue à travers « sa paire de verres solaires », c’est une Côte d’Azur pris dans le paradoxe du soleil rayonnant mêlé à la faible ouverture d’esprit d’une partie de ses habitants. Une région où Marine Le Pen est arrivée en tête au premier tour des élection présidentielles de 2017. Un endroit où « un arabe ne croise pas de bons flics ».

Dans une autre époque, on serait des peintres et des poètes.

Infinit’ – Cru

Dans le morceau Novus Ordo II (2015), il scandait « je transforme le rap en art moderne ». En plus du cinéma, le rappeur emprunte aussi à la peinture. « Zin je viens du 06 comme Picasso Pablo », affirmait-il dans ce même très bon morceau qui amorçait le début de sa mue vers un rap aux sonorités plus actuelles. Au fil du temps, son pinceau s’est aiguisé, de plus en plus précis.

Au détour de quelques phases d’égotrip, Infinit’ ne manque jamais d’utiliser son sens de la formule pour parler de problèmes de société, voire plus globaux. « On ne parle pas la bouche pleine donc l’Afrique n’arrête pas de parler », disait-il dans le morceau Porsche. Quelles soient censées ou crues, Infinit’ envoie des images, comme peu savent le faire (Isha et SCH seraient à classer dans cette catégorie) : « J’ai un cœur sur la main, mais c’est pas le mien. »

Son univers est hypnotique, comme les premières notes de guitare du morceau Programme. Un étalage de ce qu’est Infinit’. Ce morceau est le premier extrait de Ma vie est un film 2, suivi par D’en bas. Et ils apparaissent déjà comme deux des titres les plus travaillés et aboutis d’Infinit’. Le morceau Cigarette 2 haine, en feat avec Alpha Wann, autre extrait, est la suite de Cigarette de joie sorti en 2013. Une énième combinaison tout en technicité, qui fait plus que jamais espérer un projet commun entre les deux rimeurs.

On me regarde comme la télévision.

Infinit’ – Nuage de Purple

La tracklist annoncée est une belle promesse, tant les feats, sans surprendre, étaient attendus. Gros Mo et Infinit’ n’avaient encore jamais partagé un morceau, mais l’alchimie pourrait se faire belle entre le rappeur sombre et planant de Perpignan et le découpeur d’Antibes. Alpha Wann sera présent deux fois sur l’album avec le track UMLA tour, accompagné de KSA. Une équipe qui a retourné de nombreuses villes de France grâce à un show tout en puissance et démonstration. Veust et Barry, ces deux acolytes de DBF, participeront aussi, tout comme un autre rappeur originaire du sud et qui s’est fait plus rare, Deen Burbigo. Yeshe, une chanteuse, sera également de la partie. Avec cet album, le Sudiste pourrait enfin être reconnu à sa juste valeur, lui qui envoie des morceaux de qualité depuis près de dix ans. Rembobiner la discographie d’Infinit’, il fallait « le Faire », mais il est désormais temps d’assister à la projection de sa vie, 2e volume. L’acteur interprète le même rôle que dans le premier opus, mais il a grandi. La vie d’Infinit’, il ne s’agit plus de la regarder à la télé, mais bien sur grand écran. 

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