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Le paradoxe des concerts dans le rap français

Photo de l'article : Le paradoxe des concerts dans le rap français

Écrit le 28 août 2020 par Marine dans Parenthèses

Commencer son album par une affirmation telle que « Je sais pourquoi tu es dépressif » et convaincre 17 000 personnes de venir remplir la mythique salle de Bercy la même année, pari réussi pour Vald. A l’ère de la mélancolie, rien n’est donc plus paradoxal que de venir chanter en harmonie cette émotion solitaire avec des étrangers. Le coté intimiste prôné ces derniers années par les rappeurs français se voit contraint à la suite logique du succès : l’annonce d’une tournée. 

Si l’on en suit les règles du spectacle on pense artifices, danseurs, tenues et scénographie travaillée mais alors comment le rap a pu s’approprier ses codes si éloignés des siens ? 

En 2011, Booba est le premier rappeur solo à se produire dans la mythique salle de Paris-Bercy, représentative du haut de l’échelle et gage d’accomplissement. Renommée aujourd’hui AccorHotels Arena, elle laisse une plus grande place aux artistes urbains et délaisse ce côté rare voire exclusif réservé uniquement aux chanteurs pop. Des artistes comme Vald, Lomepal, NTM, Damso et PNL ont déjà comblé ces 16 000 sièges et prochainement ce sera au tour de Ninho, Roméo Elvis ou encore Niska. Les emblématiques lettres rouges de l’Olympia se veulent elles aussi bien plus accessibles pour de nombreux artistes urbains et ont mis la lumière sur eux ces dernières années (Laylow, PLK, SCH, Prime…). Il y a une forme de démocratisation de la musique urbaine auprès du monde du spectacle vivant qui se veut en totale adéquation avec le virage pris ces dernières années par le rap devenu plus populaire et qui a élargit ses propres moeurs. 

Les concerts représentent le lieu de rencontre entre les artistes et le public, le passage du virtuel au réel qui permet de véritablement poser des images sur des statistiques d’écoute. De nombreux morceaux se veulent véritablement introspectifs et sont purement faits pour être écouter seul. On peut parler aujourd’hui de thérapie rapologique, on assimile philosophie / rap et on confère aux rappeurs le rôle de psychologue, bien souvent à tort. Malgré cette individualité, les salles affichent rapidement complet. Certains diront donc qu’il leur est difficile d’assister à une performance de PNL qui est bien trop introspective pour partager ça avec des inconnus. Pour d’autres, c’est le moment tant attendu et c’est le rendez-vous aussi pour transgresser le virtuel au réel. 

Le folklore rattaché au concert crédibilise l’artiste auprès du grand public mais dessine un paradoxe avec l’image renvoyée par celui-ci et son besoin de familiarité ; que ce soit à travers les clips ou encore les médias. Malgré ce paradoxe, il faut des artifices pour agrémenter les deux heures de concert. Un fil rouge, un storytelling qui emporte les spectateurs dans l’univers du rappeur. Ainsi on a une foule immense chantant en chœur le morceau Pourquoi de Vald avec des lumières colorées. Sacré contraste avec l’obscurité du son. Il y a également le célèbre passage de NOS à Bercy dans Jusqu’au dernier gramme où la foule reprend son couplet avec gaieté malgré la forte mélancolie et tristesse qui se dégage du morceau. 

Dans la continuité de cette expansion du spectacle vivant et du rap français, les festivals eux aussi ont des têtes d’affiches qui nous sont familières. Rien de plus joyeux qu’un festival nous sommes d’accord, pourtant des titres intimistes comme Attendez moi, A l’amoniaque ou encore San ont été interprétés devant des milliers de personnes. Une forme d’antithèse qui peut être inconfortable pour l’artiste lui-même tant la contradiction est forte entre sa propre réalité et l’appropriation de ses textes faite lors des rassemblements de ce type. Certains rappeurs ne se cachent pas de ne pas véritablement apprécier la scène, représentative de l’inconnu. 

Le contraste se dessine donc du côté de l’auditeur et de l’artiste lui-même. Une nouvelle forme de mise en scène verra peut-être le jour d’ici quelques années notamment pour permettre de trouver un équilibre commun. Enfin, les mesures de distanciation sociale viendront également bousculer les code habituels des concerts. 

(Pensez d’ailleurs à suivre nos photographes pour de belles photos de concert @Tagasma & @shadysaitama)

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