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5 albums pour l'hiver

Photo de l'article : 5 albums pour l'hiver

Écrit le 19 octobre 2020 par Camille dans Parenthèses

L’hiver approche à grand pas. C’est le moment d’enfiler ta meilleure polaire North Face pour sortir, ou pour te mettre sous ta couette après avoir allumé tes bougies parfumées et lumières tamisées. Pour la musique, on s’en occupe, avec 5 conseils d’albums et une playlist pour passer un hiver dans les meilleures conditions. 

FEELS – Snoh Aalegra (2017)

On débute par le hors-série de cette sélection. Pas ou peu de rap dans cet album, mais une artiste américaine d’origine suédoise – repérée par un certain Prince – qui qualifie sa musique de « cinematic soul ». Il suffit d’écouter Nothing Burns like the Cold pour comprendre où Snoh Aalegra veut en venir. Le morceau est digne d’une BO d’un film romantique

C’est la principale sensation qui ressort de Feels, l’impression d’écouter un album extrait d’un film relatant la vie amoureuse de la chanteuse. Snoh Aalegra déballe ses peines de cœurs, ses regrets et ses peurs, sans jamais tomber dans la caricature ou le monde des Bisounours. D’ailleurs, les différents guests comme Vince Staples et Logic s’intègrent parfaitement à l’ambiance du projet. 

Mais ce qui ressort le plus dans cet environnement rempli de grâce, c’est la voix de Snoh Aalegra. La chanteuse joue avec, en l’utilisant à merveille pour être en symbiose avec chaque production de l’album. Elle traîne son spleen avec un timbre feutré sur les premiers morceaux de FEELS. Preuve que l’artiste sait aussi s’effacer pour laisser de la place aux productions. Snoh Aalegra prend ensuite de l’assurance, et sa voix n’en est que plus forte, et ses notes plus longues, avant de s’envoler sur un piano dans le morceau Time. Et ce sans jamais tomber dans la démonstration. 

Là est la force de la chanteuse. Ecrire et interpréter ses textes avec une justesse toujours millimétrée. A écouter le soir avec une ambiance tamisée. Sensations garanties.  

Machakil – Triplego (2019) 

Momo Spazz (producteur) et Sanguee (rappeur) forment l’un des duos les plus singuliers du rap français. La musique de Triplego puise dans de nombreuses influences qui façonnent leur identité musicale. Pour leur premier album Machakil, le duo de Montreuil n’a pas changé la recette. Les influences sont toujours omniprésentes. Certains morceaux inspirés du monde oriental réchauffent, d’autres, plus mécaniques, glacent le cœur. La proposition est riche, sans partir dans tous les sens. 

Car le cadre délimité par Sanguee et Momo Spazz est bien défini. Avec Machakil, les deux montreuillois nous plonge dans une rue vide durant une nuit d’hiver, où chaque respiration se transforme en nuage de fumée. La solitude est d’ailleurs l’un des thèmes favoris de Sanguee. Le morceau Hasta la Muerte l’illustre à merveille. Sur une production lente et nocturne, le rappeur ne cesse de répéter des phrases lourdes de sens (« Solo dans le Noir », « Ils m’ont tous lâché »), qui transpirent la solitude. « Il y a un confort dans la solitude, même dans la tristesse. C’est bizarre, il y a un plaisir malsain là-dedans, comme un cocon dans lequel je me complais » expliquait-il dans une interview accordée à l’ABCDR du Son. 

Les paroles de Sanguee sont crues et brutales tout au long de l’album. Le rappeur écrit comme il pense, et pose d’une façon monotone qui apporte une dimension quasi spirituelle. Sa voix robotique– unique dans le rap jeu français- ne laisse pointer aucune émotion. Jamais Sanguee ne semble atteint par ce qu’il dit, qui revendique d’ailleurs cette absence d’émotion, et notamment de mélancolie : « C’est notre état d’esprit : il n’y a pas de spleen, pas de nostalgie, c’est « cœur est glacé ». » poursuivait Sanguee dans la même interview. 

Reste que Machakil nous coupe du monde réel pendant une heure, le temps de dresser un autoportrait du duo, ou de soi-même. Petit conseil pour terminer : gardez aussi cet album dans vos playlists pour l’été. 

Bleu noir – Georgio (2015)

Bleu Noir, c’est l’histoire d’un gars avec des milliers de problèmes et de doutes alors que sa carrière d’artiste décolle. Un homme qui reste dans sa chambre et passe sa nuit à écrire pour extérioriser ses peines. Dans Bleu Noir, Georgio parle de lui, pour lui, en espérant vider un sac qui paraît bien trop lourd. 

Les titres mélancoliques et tristes s’enchaînent. Dans Les Anges Déchus, Les Gens Déçus, Georgio raconte la routine et les vices de son quartier. Jeudi Gris et Bleu Noir touchent par leur mélancolie et la tristesse qu’elles inspirent, au point de le transmettre à celui qui l’écoute. Car oui, le projet fout globalement le cafard. Le rappeur ne cache pas non plus sa tendance pour la dépression, et vient même à en dédier un morceau. Georgio se livre aussi à nu dans les deux derniers morceaux de Bleu Noir, en dédiant un morceau à sa grand-mère et l’autre à sa petite amie. 

Car au-delà de la tristesse ancrée dans le projet, une rage de vivre et de vaincre ressort dans quelques titres du projet, comme sur l’outro d’Anatole ou Héros. On y retrouve d’ailleurs des refrains chantés, si importants dans la musique du rappeur aujourd’hui. Georgio veut réussir à vivre de sa passion, et ne plus avoir à trimballer un tournevis dans son Sergio Tacchini

L’album a peut-être vieilli, mais touche toujours autant par sa sincérité et les émotions transmises. Bleu Noir s’écoute et s’apprécie seul, lors des trajets en voiture ou en transport sur le chemin du boulot.

Tristesse Business Volume 1 – Luidji (2019)

Difficile de résumer Tristesse Business Volume 1 en quelques lignes. Le projet est riche et unique dans le paysage du rap francophone. Tristesse Business est un condensé de vie. Luidji a décidé d’y raconter ses histoires d’amour qui lui pourrissait la vie. Le rappeur et son équipe mélangent les styles, en accordant une place importante au rap, mais aussi à la chanson française, à l’électro ou encore à la bossa nova… 

Luidji s’attarde sur de nombreux aspects des relations homme-femmes. Il aborde la routine lassante dans un couple dans Femme Flic et Néons rouges, le moment des aveux dans Système, la relation avec sa maîtresse dans Tu le Mérites mais aussi le dégout pour les Gisèle dans le morceau éponyme. Conscient de ses erreurs et de ses mauvais penchants, Luidji ne cherche ni à se justifier ni à se glorifier. Il va jusqu’à assumer ses mauvais penchants sur les derniers morceaux de l’album.

Ce côté humain est renforcé par les notes vocales insérées par Luidji sur quelques pistes du projet. On peut ainsi entendre une amie de son père, un homme qu’il avait accueilli aux urgences lorsqu’il y travaillait ou encore sa maîtresse dire « Foufoune Palace Bonjour ». Des moments de vie du quotidien qui touchent par leur sincérité. 

Etouffé par ses problèmes, Luidji en vient à avoir l’envie de tout plaquer. Deux sentiments représentés par l’eau, qui joue une place primordiale. Le rappeur plonge dans ses problèmes à la fin du morceau Agoué, veut s’enfuir dans Nazaré, ville portugaise connu pour ses immenses vagues, puis se noie dans Erzulie. Les images sont simples, mais fonctionnent à merveille. 

Au final, chacun a une interprétation différente du projet, des morceaux qui évoquent des histoires personnelles par exemple. Tristesse Business fut une thérapie pour Luidji, mais le rappeur n’avait pas caché son intention de guérir d’autres personnes avec son album. Un pari plus que réussi.

East Atlanta Love Letter – 6lack (2018)

6lack est un artiste pour qui la musique est devenue secondaire depuis trois ans. En tournée en 2017, le natif de la zone 6 d’Atlanta n’avait pas pu assister à la naissance de sa fille. Elle est depuis l’unique priorité de son père, en témoigne East Atanta Love Letter, dans lequel le rappeur livre ses interrogations sur sa vie d’adulte. Un état d’esprit bien représenté par la cover de l’album, qui met en scène le rappeur avec son bébé dans une cuisine où trône un micro. Les deux vies de 6lack sont réunies dans une seule pièce. Mais aussi son plus gros défi : trouver l’équilibre entre sa vie personnelle et la musique. Un fil conducteur qui dirige East Altanta Love Letter

Mais nul doute que la musique est devenue secondaire. 6lack l’a répété à maintes reprises en interview et dans son album (« I got one baby […] she be the reason I’m writing my wrongs and shit »). 6lack perçoit désormais la musique comme un moyen d’améliorer sa vie et celle de sa fille. L’artiste, qui a définitivement opéré un virage vers le RnB, parle de ses erreurs, de la relation avec la mère de sa fille, de son rapport avec le succès…  On retrouve tout de même quelques couplets rappés dans l’album : notamment avec les présences d’Offset, Quavo et J. Cole

Malgré les thèmes abordés et les doutes de l’artiste, East Atlanta Love Letter n’est pas fondamentalement triste. Les productions et la voix de l’artiste sont même très apaisantes. L’album à tendance à nous faire bailler et fermer les yeux pour profiter uniquement de la voix de l’artiste. East Atlanta Love Letter est donc parfait pour les longs trajets en voiture côté passager et les siestes du dimanche après-midi. 

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