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Interview de Blu Samu

Photo de l'article : Interview de Blu Samu

Écrit le 6 mars 2019 par Kilian dans Interviews

CUL7URE : Avant de parler musique, j’aimerais commencer par parler un peu de toi. Du coup, t’as grandi à Anvers, est-ce que tu penses qu’en grandissant, la ville a eu une influence sur toi ?

Blu Samu : Oui bien sûr, parce que je crois qu’on se fait influencer par notre entourage donc d’office Anvers m’a infuencé. Mais je me suis jamais vraiment senti à 100% à ma place à Anvers, je venais du Portugal et j’ai grandi là bas mais je trouvais pas vraiment mon swing là bas tu vois…

7C : T’as toujours voulu partir de là-bas ?

BS : J’ai toujours voulu partir d’Anvers, je savais que dès que je pouvais j’allais bouger d’Anvers, je ne pensais pas que ce serait de Anvers à Bruxelles. Je me disais « J’me casse juste de ce pays », mais la Belgique elle est cool et je crois que Bruxelles m’a vraiment aidé à me sentir à la maison en Belgique.

7C : Quand t’étais plus jeune, ta famille t’a toujours encouragé par rapport à la musique ou ils t’ont surtout répété qu’il te fallait de la stabilité ?

BS : Ma famille ça dépend, elle était au Portugal donc elle n’était pas très impliquée dans ma vie du coup je n’avais que ma mère et elle était complètement contre l’idée d’une fille qui allait faire de l’art ou une fille qui va chanter ou quoi que ce soit. Ce n’était pas envisageable pour elle. Elle avait justement bougé en Belgique pour avoir un futur stable pour moi. Et là t’es la fille qu’est là « Merci maman de bouger et tout ça mais ca m’intéresse pas la stabilité j’ai envie d’être artiste ». Donc ça lui a fait beaucoup peur et ça a prit du temps avant qu’elle l’accepte.

Photo de Kilian

7C : Je pose la question car ce qui est au centre de ta musique c’est l’émotion et une sorte d’instabilité que tu veux mettre en musique, je me trompe ?

BS : Instabilité ? Je sais pas… T’entends quoi par l’instabilité dans ma musique ?

7C : Une sorte de polyvalence tu vois…

BS : Ah oui tout à fait, je suis très instable dans ma musique. Je fais de tout et je me limite surtout pas à un genre. J’ai envie de pas me mettre dans ce truc où je fais que du Hip-Hop, ou que du chant, ou du Rap ou des prods sales ou que des smooth things. Je fais un peu de tout et j’essaye justement de trouver le bon moyen de mélanger tout et de faire tous les trucs que j’ai envie de faire. Donc ouais, pour l’instant c’est un peu instable… *rires*

7C : En interview, tu répètes souvent que t’as commencé à écrire et à enregistrer à l’âge de 19 ans, comment le hip-hop est arrivé dans ta vie?

BS : J’ai toujours écouté tous les genres de musique jusqu’à mes 16-17 ans et là j’ai eu une grosse phase de Hip Hop grâce à mon entourage. Et j’ai découvert plein d’artistes qui m’ont touché tu vois, comme Lauryn Hill qui m’a beaucoup touché, The Fugees, Erykah Badu, Mos Def… Vraiment des artistes qui parlaient de leur vie et de leurs difficultés. Et en plus, je crois que je me suis rendu compte que ça allait être le Hip-Hop pour moi quand j’écoutais du Rap. Je suis fan de poésie et ok tu peux être méga poète quand tu chantes mais dans le Rap il y a ce truc ou tu rajoute de la rythmique avec. Pour moi, j’avais l’impression d’avoir beaucoup plus de possibilité en rappant plutôt qu’en chantant. J’avais l’impression de faire des mini-poèmes assez drôles avec le rythme, je pouvais en écrire et en plus chanter, avoir ce truc de mélodies. Je me suis dis faut que je fasse du Hip Hop, c’est un genre tellement ouvert à tous les genres, il y a du Hip Hop / Rock, du Hip Hop / Punk, du Hip Hop / Pop, … Tu vois, il y a tous les genres de Hip Hop et tu peux être assez libre avec ça. C’est ça qui m’a attiré vers cette musique.

7C : Ta musique est très intimiste, assez personnelle, c’était une volonté ou c’est quelque chose de naturel pour toi?

BS : Je ne sais pas comment faire autrement, c’est une nécessité. Si tu veux savoir la raison pour laquelle je fais de la musique c’est pour pouvoir comprendre et placer des trucs dans ma vie et entre temps j’essaye aussi d’évoluer en tant que personne en faisant ma musique. Pour moi, ma musique est personnelle parce que c’est une façon pour moi de me comprendre mieux et de vraiment genre… Voilà pleins d’artistes disent que la musique est comme une thérapie pour eux. Ça peut paraître bidon à dire, un peu kitsch parce que tout le monde le dit mais c’est vraiment ça. La musique a été pour moi une façon de grandir, comprendre qui j’étais et de mieux placer des trucs dans ma vie.

Photo de Kilian

7C : Tu es donc rappeuse, chanteuse de plus en plus et tu composes…

BS : Euh non… J’ai vu ça aussi dans des interviews, « compositrice » non. J’ai dû vite fait faire 3 notes de pianos, je suis là quand on fait des prods mais je travaille toujours avec des producteurs. Je crois que c’est aussi ça qui fait que ma musique soit si différente à chaque fois. Je prends un peu à droite à gauche et je collabore qu’avec des gens qui m’intéressent. Donc c’est ce qui reste assez nouveau dans chaque track.

7C : Mais du coup ce n’est pas trop compliqué de lier le côté chanteuse et rappeuse ou pour toi c’est plutôt un avantage ?

BS : C’est naturel, je ne pense jamais quand je commence un texte qu’il me faut 16 mesures, un chœur ou quoi que ce soit. Donc quand j’écris je peux me permettre d’écrire 6 mesures, puis 4 où je chante et après avoir un refrain par exemple. J’ai pas de ligne directrice quoi.

7C : Tu t’appelles Blu Samu pour “Blue Samurai”, tu pourrais nous parler de ton lien avec le Japon ?

BS : Ah yes ! Je suis une mega fan de manga et d’anime, d’ailleurs j’ai grandi avec ça quand je suis venu en Belgique. C’était vraiment mon petit univers et j’ai toujours été très fan du manga. J’ai l’impression que les Japonais font pleins de trucs pour t’apprendre l’honneur et ils ont une très forte morale dans leurs œuvres censées être pour des enfants. Je suis vraiment fan de ça et quand on a cherché un nom on est tombé sur « Samurai » et ça fait un peu bidon du coup on a choisit « Samu », ça n’a pas trop de sens mais ça colle mieux. Mon lien avec le Japon c’est un truc qui m’a beaucoup aidé dans mon enfance. A Anvers, je me sentais pas trop à ma place et j’ai trouvé mon truc avec ces geek qui kiffaient les mangas et les anime. Ce n’est pas des gens que je voyais beaucoup mais ils faisaient beaucoup de vidéos et j’ai rencontré pleins de gens grâce à ça à qui je parle encore. D’ailleurs, Goose ça a été fait avec quelqu’un que j’ai rencontré sur Internet quand j’étais jeune et que j’ai pu rencontrer pour de vrai une fois quand on a fait Goose avec qui je me suis trop donné. On se revoit à Berlin quand je vais jouer là-bas. Du coup, ouais c’est pas un lien direct avec le Japon mais avec la culture qu’ils ont là-bas et j’apprécie, je les remercie beaucoup pour ce qu’ils ont fait pour moi dans ma jeunesse.

7C : Je t’ai découvert avec le clip Nathy, en feat avec Peet, qui est très smooth, tu peux nous parler un peu de ce clip très cinématographique ? Pourquoi ce choix d’avoir voulu raconter une histoire en plus de la chanson ?

BS : Alors je trouve ça juste chouette. C’est mega drôle à faire et j’adore jouer devant la caméra aussi. J’aime beaucoup quand le clip a une histoire. Alors j’ai eu cette opportunité de travailler avec Robin Knudsen qui venait de finir son école de cinéma. Je savais qu’il allait me mettre dans la bonne ambiance. A l’avenir, j’espère pouvoir faire d’autres clips qui sont comme des courts métrages mais ça ne sera pas réalisable pour la prochaine année, niveau budget c’est chaud. Je sais que cette année je vais aller vers des trucs plus directs ; toujours avec une histoire car je ne peux m’en empêcher, mais moins élaboré que Nathy.

7C : Plus entertainment ?

BS : Un peu plus oui. Mais s’il se présente la possibilité de faire des trucs comme avec Nathy je le fais d’office. J’ai hâte de reprendre dans le futur, je veux pas promettre qu’il y aura que des courts métrages mais voilà.

7C : Tu te considères d’ailleurs plus comme une chanteuse qui rappe de plus en plus ou une rappeuse qui chante de plus en plus ou tu t’en fous et tu te considères juste comme une artiste?

BS : J’aime faire des vidéos, être devant la caméra, je vois un futur avec pleins de trucs chouettes qui peuvent arriver. Alors avec tout ça, je me limiterai jamais à dire que je suis chanteuse ou rappeuse. Si je me définis d’une manière ou d’une autre, l’autre s’arrête et je ne me vois pas vivre comme ça.

7C : Dans ta musique, on sent des influences plutôt hip hop new-yorkais..

BS : Ah ouais ? Cool, sisi !

7C : Ouais… On t’affilie souvent à des artistes comme Lauryn Hill et j’ai même vu dans les commentaires la “Beyoncé belge”

BS : OUH ! « BLUYONCE », sisi !

7C : Ca te fait quoi quand tu vois ça ?

BS : Alors, pour Lauryn Hill c’est très gentil mais en même temps j’aime vraiment pas être comparé à elle. Pour moi c’est quelqu’un qui a un style très différent du miens, concret et elle le fait très bien. Ne me comparez pas à elle parce que je n’essaye pas d’être la prochaine Lauryn Hill, je veux simplement être la prochaine Blu Samu et j’aimerai être défini comme tel. Mais en même temps bien sûr j’suis pas là « Oh non ! », je trouve ça méga gentil mais j’aimerai pas qu’on me définisse toujours comme ça.

7C : Y’a un morceau important dans ta carrière et dans le projet Moka, c’est Sade Blue, qui est donc évidemment un clin d’œil à Sade. Les gens qui citent Sade, c’est souvent grâce à un membre de leur famille, un parent, toi tu l’as découverte toute seule en te forgeant ta culture ou…?

BS : Oh non je la connaissais depuis longtemps. J’suis une bonne fan de Jazz aussi, comme je t’ai dit jusqu’à mes 16 ans j’écoutais vraiment de tout. Le Hip-Hop est apparu à ce moment mais j’ai toujours eu un gros kiff pour le Jazz. Donc Sade a toujours été dans le top de ma liste, de mes influences. Mais je ne me souviens pas de quelqu’un qui m’aurait introduit à elle. J’ai du tomber sur elle par hasard *chante Smooth Operator*. Tu vois c’était mega connu quand j’étais petite, j’ai dû l’entendre dans un film ou quoi. Mais ouais Sade, Louis Armstrong et Ella Fitzgerald. Ca fait partie des gens que je respecte vraiment dans la musique.

7C : T’as eu déjà eu l’occasion de la voir en live ?

BS : Non… Mais ouais je kifferai bien ! Surtout que là elle commence à prendre de l’âge donc si la possibilité se présente j’y vais d’office !

7C : L’universalité de l’anglais donne une portée mondiale à ta musique, t’as eu des feedbacks par rapport à ça ?

BS : Y’a des canadiens, y’a deux américains qui m’ont envoyé un message donc oui ca part un peu partout. Genre en Lituanie, on reçoit des messages cools qui viennent un peu de l’international. C’est bien kiffant d’avoir des gens qui me comprennent. En Belgique et en France je fais pas mal de concert avec des francophones. On a un bon feeling, on connecte bien mais parfois je me demande s’ils comprennent ce que je suis en train de dire. En plus, ça complique le fait qu’ils chantent avec moi donc ça fait plaisir d’avoir des gens de l’extérieur aussi car je sais qu’ils peuvent comprendre ce que je dis à 100% donc ouais ca me touche énormément.

7C : T’as collaboré avec Swing, avec le 77 mais ça reste des artistes proches de toi, est-ce qu’il y a des artistes plus éloignés avec qui t’aimerais collaborer ?

BS : Ah oui bien sûr. Moi le rêve c’est Tyler The Creator ; toujours. Kaytranada, parce que j’adore mais qusnd j’ai dit ça à un professionnel, il m’a dit « Ouais mais Kaytranada, il est quand même dépassé, so 2015 » bah alors je suis 2015 parce que je kiffe à fond et si je peux faire un feat avec je le ferai. Oshun, c’est deux rappeuses US de New York, j’admire aussi Nathy Peluso, je rêve de faire une collab avec elle, ce serait super chouette. Je la connais, elle est vraiment super cool mais je lui ai jamais demandé de collab car on est chill ensemble et j’ai jamais voulu y ajouter du travail. Mais ouais c’est des artistes avec qui j’aimerai vraiment collaborer.

7C : Ok..

BS : ET BEYONCE ! Juste pour le commentaire qui disait « la Beyoncé Belge » ! *rires*

Photo de Kilian

7C : La semaine dernière, on t’a vu chez Colors, aujourd’hui ça dépasse les 300 000 vues, comment ça s’est passé ?

BS : Je suis mega contente d’avoir fait ça, y’a un an quand j’ai fait le clip de Goose on était là « Faudrait vraiment faire un Colors, tu t’imagines le rêve quoi, ce serait vraiment kiffant ! ». Un an plus tard, j’aurai jamais pu envisager que j’étais si proche de le faire. Quand ça s’est passé, je peux te dire je me sentais trop bien, j’étais trop contente. C’est une belle expérience. Quand je le vois ça me touche beaucoup et je me dis que les trucs sont pas si impossibles. If you really want something you can totally get that

7C : Pour finir, tu vois quoi pour l’avenir ?

BS : J’aimerai pouvoir continuer à faire la musique comme je fais maintenant, travailler avec des gens différents. J’aimerai pouvoir composer mes propres tracks et je veux surtout être bien dans ma vie personnelle avec mes proches et que eux soient bien aussi. Juste pouvoir être heureuse avec ce que je fais dans ma vie.

7C : Merci beaucoup à toi pour l’interview.

BS : Merci à toi my man, c’était chill les questions !

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