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La culture rap et son importance

Photo de l'article : La culture rap et son importance

Écrit le 31 juillet 2019 par Tristan dans Dossiers

On ne le dira jamais assez, Internet a profondément changé notre façon d’aborder le rap. Ainsi, Internet a notamment permis l’émergence de médias spécialisés, qui se saisissent alors d’un sujet délaissé par la sphère grand public. L’émergence de ces médias a permis notamment de rendre plus accessible les rappeurs aux yeux d’un public plus large, à travers des interviews de plus en plus nombreuses et variées, qu’on parle en terme d’artistes ou de contenu d’interview. Ainsi, cette mise en avant des rappeurs a notamment permis de mettre en lumière leurs références. Certains artistes s’en servent pour promouvoir certains de leurs confrères négligés du grand public (on pense à Vald qui passait des s/o à Freeze Corleone dès qu’il le pouvait), pendant que d’autres critiquent des artistes ou des albums considérés comme intouchables. 

Ainsi, aux US, a pu voir Lil Yachty se dire incapable de citer 5 morceaux de Biggie et Tupac, ou encore Kodak Black se dire meilleur que 2Pac et Lil Xan dire qu’il trouvait Tupac ennuyeux. En France, le meilleur exemple de ce phénomène est Koba La D, qui ne connaissait pas IAM et qui a découvert en pleine interview que les membres de PNL étaient frères. Toutes ces déclarations ont provoquées de véritables déflagrations, que ce soit sur les réseaux sociaux ou de la part des journalistes rap. Si vous ne voyez pas de quoi je parle, il suffit de taper “Lil Xan tupac” et vous comprendrez le phénomène que j’évoque ici. On accuse ces rappeurs de “manquer de respect aux anciens”, “d’êtres ignorants”… Ces affirmations ne sont pas totalement fausses et la première réaction de tout le monde est souvent de déplorer “un manque de culture”. Mais je propose de nuancer ce propos et d’essayer d’expliquer pourquoi selon moi il n’est pas pertinent d’exiger de chaque rappeur de maîtriser sa culture.

Tout d’abord, il est important de rappeler que certains rappeurs n’ont pas toujours eu des conditions de vie favorables. Il n’est donc pas étonnant de voir ces artistes “manquer de culture”. En effet dans certains cas, ils n’y ont simplement pas eu accès. On pourrait considérer que la culture rapologique est plus simple d’accès : en effet elle provient directement de ces milieux défavorisés et se veut accessible, ne nécessitant pas de références particulière. Mais cette approche de la culture a des limites géographiques (on écoute ce qui vient de nos quartiers/villes/banlieues proches) et temporelles (on écoute ce qui est populaire en ce moment). On peut néanmoins combler ces limites par le bouche à oreille, mais ce système est limité. Cette culture rapologique doit donc souvent être complétée, mais c’est là où l’accès à cette culture se complique. En effet, c’est une culture dévalorisée, ce qui réduit son intérêt immédiat et la rend difficile d’accès. Tout le monde n’a pas un accès stable à Internet, et de toute façon où chercher quand on a pas de références particulières. Si certains ont su se débrouiller avec ces conditions, ce n’est pas le cas de tout le monde, et ça ne rend que plus admirable la débrouillardise de ces rappeurs défavorisés mais expert dans leur culture.

De plus, les auditeurs et les journalistes ont parfois tendance à ne voir le rap que par leur prisme de référence. On oublie quelques fois que tout le monde n’a pas les mêmes classiques, et il s’il est normal de ne pas tout connaître quand on est auditeur ou journaliste, ça n’est pas différent pour les rappeurs : certains ont grandi dans les années 2000, d’autres dans les années 90 et logiquement ils n’ont pas les mêmes références. Les albums marquants sont si nombreux qu’il est impossible de tous les connaître et les citer : qui en veut à Kaaris de ne pas mentionner le Ghetto Fabulous Gang, qui étaient les précurseurs de la trap en France ? De toute façon, il semble peu pertinent de demander aux rappeurs de connaître tous les classiques.  En effet, on ne leur demande pas d’être une encyclopédie rapologique, on leur demande « simplement » de maîtriser leur art. Peu importe que Lil Yachty soit capable ou non de citer cinq morceaux de Biggie et Tupac, ce qu’on lui demande surtout c’est faire de la bonne musique, de trouver le flow qui fera bouger les têtes (et/ou qui rendra accessoirement fou les puristes).

Il semble également compliqué de demander aux rappeurs d’aimer les classiques. Ainsi, quand Lil Xan déclare trouver 2Pac ennuyeux, il ne fait qu’exprimer un avis, on peut être en désaccord, avoir des débats, mais ce n’est pas un blasphème absolu. Sans aller jusqu’à affirmer que ce ne serait qu’une question de goûts et couleurs, il ne faut pas négliger le droit des artistes à puiser dans ce qui les touche et non dans ce qui serait “un classique” ou dans ce qui plait actuellement. Ainsi, en écoutant ces accusations vis à vis de la nouvelle génération, on a parfois l’impression que ce qui détermine la qualité d’un morceau ou la force d’un artiste est sa culture rap. Si cette culture peut devenir un atout, comme le démontrent Alpha Wann ou Freeze Corleone

“Respect à Nubi Sale et à Salif”

Alpha Wann – Macro

“S/o Shaolin s/o Method”

Freeze Corleone – QB

Cela ne reste qu’un aspect secondaire de ce qui fait la qualité d’un morceau, ces clins d’oeils ne formant pas les qualités intrinsèques des morceaux cités. Ainsi, comme qualités, on pensera d’abord à la technique d’un rappeur, au flow, à l’instru, aux thématiques abordées, à la musicalité du morceau et à la manière dont le rappeur et la prod s’allient pour former un tout cohérent qui nous amène dans leur univers.


Et justement, un des critères les plus mis en avant pour juger le talent d’un rappeur est sa sincérité, ce qu’il dévoile ou non de lui, ses références (rapologiques ou pas). Or, comment des rappeurs qui parlent de leur quotidien peuvent évoquer des “classiques” si ces dits classiques ne les touchent pas ? Comment demander à Koba La D de connaître IAM si il rappe vraiment depuis 4-5 ans et que comme tout semble porter à le croire, le rap ne l’intéresse pas plus que ça ? On peut rapprocher ça de ce que disait Nessbeal dans une interview, dans laquelle il expliquait ne pas vouloir faire du rap de bibliothèque, mais écrire des textes qui lui correspondent, ou plus récemment de Makala qui dit dans Golf “fais pas du rap d’universitaire donc fuck ça”.

Pour conclure, l’idée n’était pas ici de dire que la culture rap ou les classiques n’ont aucune importance, juste de rappeler que chaque rappeur a sa propre culture qui a plus d’importance que la simple culture des classiques. En effet, l’important n’est pas de connaître les classiques mais d’avoir des bases musicales sur lesquelles s’appuyer pour pouvoir créer, réinventer et modeler son propre univers. Cette base est importante car elle permet aux rappeurs d’éviter la répétition avec ce qui se fait déjà, et leur évite de tourner en rond dans leur propre sphère en renouvelant régulièrement leurs références. Il ne faudrait pas oublier que la diversité des inspirations, rapologiques ou non, crée la pluralité du rap et permet un renouvellement constant de ce genre musical, en ne se reposant pas sur des bases limitées et en apportant sans cesse de nouveaux piliers pour les prochains arrivants dans ce rap jeu.

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