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SCH - JVLIVS

Photo de l'article : SCH - JVLIVS

Écrit le 22 octobre 2018 par Anne dans Chroniques d'album

Après une ascension fulgurante à la suite de la sortie d’A7 et à la confirmation de ce succès avec Anarchie puis Deo Favente, SCH nous sort un 3ème album, et 4ème projet, dans son propre label Maison Baron Rouge : JVLIVS. Depuis le 14 juillet, le rappeur nous tenait en haleine avec la sortie d’un teaser et de trois clips : Mort De rire, Otto et Pharmacie. SCH termine la préparation de la sortie de son album avec le premier tome du court métrage Absolu. 

JVLIVS – Absolu tome 1 – SCH

La sortie de ce court métrage ne pouvait que nous mettre l’eau à la bouche. En effet, le lien entre le cinéma et la musique est de plus en plus présent dans le rap et cela est probant dans l’album de SCH ; un vrai travail a été fait sur l’imagerie de cet album et il est important de le développer. L’album sonne comme la bande originale d’un film de gangster et cela se ressentait avant la sortie du court métrage car les trois clips qu’il a publié se suivent et forment une histoire. On pourrait assimiler chaque clip comme un épisode d’une série. L’aspect cinématographique est aussi percutant dans le choix de la voix off du court métrage mais également celle des interludes dans le projet. Vous l’aurez sans doute deviner mais SCH et son équipe ont pris la voix française d’Al Pacino : José Luccioni (d’ailleurs pour l’anecdote, c’est Furax Barbarossa qui a écrit les interludes de l’album).

L’album de SCH est un mélange de fiction et de réalité et ce mélange permet à l’artiste de se dévoiler sans gêne, d’enlever sa pudeur : dans cet album, Julien et SCH se confondent, les frontières entre le personnage et la personne se dissipent, s’estompent, ce qui fait de JVLIVS un album beaucoup plus personnel que ses projets précédents. Cela se remarque déjà dans le titre de l’album qui porte son nom en romain : le rappeur porte un regard sur lui-même avec ce projet, il a prit conscience de qui il était et prend du recul, chose qu’il avait déjà commencé à faire avec Deo Favente et qu’il semble avoir quasiment accompli aujourd’hui. Le caractère plus confidentiel de cet album s’exprime également à travers la projection et la comparaison que fait SCH entre lui et son père. SCH s’adresse maintes fois à ce-dernier tout au long de l’album qui apparaît alors comme une catharsis pour l’artiste. Otto et J’t’en prie en sont une parfaite illustration : 

SCH – Otto

L’imagerie se construit donc autour d’un univers de mafieux, d’un monde de violence mais pas uniquement. En effet, considérer l’univers de cet album uniquement par ce prisme est quelque peu réducteur. Penchons-nous maintenant sur la pochette, réalisée par Fifou. Sur celle-ci, on y voit SCH en conquérant avec notamment le manteau en fourrure qu’il porte. Il y a une nouvelle place à prendre et SCH compte bien la faire sienne. Il se place donc comme un empereur romain sur cette pochette et le lien avec la romanité s’illustre également par le nom de l’album JVLIVS où l’artiste a donc décidé de remplacer les u par les v, comme dans l’Antiquité. Cette attitude et cette prestance qu’il tient en tant que personnage dans l’univers s’articulant autour de son projet peut se rattacher à la vie personnelle et professionnelle du rappeur. En effet, avec la création de son nouveau label Maison Baron rouge, et la mort de son père, SCH doit prendre une nouvelle place sur tous les pans de sa vie. SCH exprime cela dans le refrain du dernier morceau de l’album Bénéfice :

Maman me dit mon fils t’es un homme

Bénéfice

SCH a été l’un des premiers rappeurs à se servir de son image pour son démarquer et se créer une véritable identité artistique : cheveux long et style vestimentaire atypique, il exprime son amour pour la mode dans le morceau Facile

SCH – Facile

L’imagerie forme donc tout un univers, une cohérence, autour de ce projet mais elle n’en est pas le seul facteur. En effet, la présence de thèmes, variés certes, mais récurent, participe à la formation d’une histoire avec la naissance de JVLIVS. C’est là que le mot album prend tout son sens, terminologie que l’on a quelque peu oublié en 2018. JVLIVS présente une vraie conception d’album : les morceaux se suivent et se répondent. J’insiste sur le mot cohérence car, même en écoutant l’album en lecture aléatoire, le projet garde son sens, son message, et cela se fait principalement grâce à la présence de nombreux thèmes en filigrane dans l’ADN de JVLIVS. La première chose qui m’a marqué à l’écoute de cette œuvre est la notion de spiritualité s’exprimant notamment à travers la dualité du paradis et de l’enfer. SCH aborde régulièrement la mort, qu’il en soit la victime ou l’auteur et la notion de l’au-delà, d’une autre vie après celle-ci apparaît fréquemment dans les textes du rappeur. La confiance, l’amitié et la trahison sont également présentes, à l’instar de ses autres projets, donc je ne détaillerais pas plus sur cet aspect.  

Le temps se fout du prix de ma rolex et d’mes souliers Fendi 

SCH – J’t’en prie 

Avec cette phrase, il est clair que l’on passe de la quête de l’argent à la quête du temps. C’est là pour moi une des substances essentielles de ce projet car c’est dans ce thème là que l’on ressent l’évolution artistique et personnelle de SCH. Comme la plupart des rappeurs, il a commencé sa carrière avec l’envie de tout prendre, de gagner beaucoup d’argent avec sa musique pour enfin acquérir ce dont il a toujours eu besoin et voulu. SCH a atteint relativement rapidement ce stade; c’est la raison pour laquelle cette quête d’argent se ressent de moins en moins dans ses textes; elle a progressivement laisser la place à la quête du temps qui est présente dans tout l’album en filigrane et notamment dans le morceau Bénéfice :

Mais je mentirai si j’disais que j’regrette rien, 
Plus le temps d’en perdre pour rien. 

SCH – Bénéfice. 

L’évolution de l’artiste est également notable dans des morceaux tels que Code ou Ciel Rouge qui dénotent de l’ensemble du projet. SCH nous présente ici autre chose, qui s’apparenterait presque à de la chanson française. Cela est de plus en plus fréquent chez les rappeurs mais on ressent ici une nouvelle fois que SCH retourne aux sources et assume donc pleinement ses influences musicales dues à ses parents principalement. Cette transition vers la chanson française était déjà amorcée dans Anarchie avec Essuie tes larmes ou dans Deo Favente avec La nuit. Il y a donc une véritable cohérence que ce soit au sein de JVLIVS ou dans l’ensemble de la discographie du rappeur.

JVLIVS est donc un album cohérent par son imagerie et ses textes mais également par sa musicalité. Plus tôt, j’ai évoqué le fait que SCH, avec cet album, effectuait un véritable retour aux sources et quelle plus belle illustration que le retour du binôme SCH – Guilty ? Je parle de binôme et à juste titre car Guilty est présent sur l’ensemble des morceaux du projet, mise à part Pharmacie qui est produit par Kezah et J’t’en prie, produit par Blow Digital. La guitare est très présente dans ce projet, apportant une touche de nostalgie et un côté ancien appuyant ainsi le lien avec la romanité. Grâce à la musicalité réfléchie de cet album, l’évolution de l’artiste se ressens également dans ce prisme. En effet, on peut sentir tout au long de l’album une gradation allant de l’ombre à la lumière et ceci se fait donc dans le choix des prods mais également grâce à l’interprétation de SCH : plus l’artiste incorpore du chant dans ses morceaux, plus l’album s’éclaircit. Cela laisse présager une belle suite pour l’artiste qui ne semble pas vouloir laisser sa nouvelle place de si tôt. 

JVLIVS est une étape en plus dans la carrière de SCH. Il ne fait aucun doute qu’il faisait déjà partie des artistes confirmés du rap français mais JVLIVS est l’occasion pour l’artiste d’assoir un peu plus sa position, comme pour dire : « je suis toujours là, et je compte bien le rester encore longtemps ». La cohérence et la complexité de cet album en fait sa force et la réussite de ce dernier ne peut que présager de bonnes choses pour la suite ! 

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