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Rim'k - Mutant

Photo de l'article : Rim'k - Mutant

Écrit le 26 septembre 2018 par Anne dans Chroniques d'album

Moi qui n’avais pas réellement aimé l’album précédent intitulé Fantôme, j’avouerai que Mutant, sorti vendredi, m’a particulièrement convaincue. Là où je pourrais reprocher aux anciens de vouloir à tout prix rester sur le devant de la scène, quitte à nous offrir des projets beaucoup moins bons que ceux auxquels ils nous avaient habitué, Rim’k lui arrive à rester dans l’ère du temps en gardant sa technicité qu’il a acquérit au cours de ses 20 ans de carrière. Il est vrai que quand on est habitué à écouter les albums de 113 comme, par exemple, Les princes de la ville que beaucoup considèrent comme un classique du rap français, passer à Mutant parait être un grand écart très délicat pour l’auditeur. Cependant, lorsque nous connaissons vraiment l’artiste, il est facile de constater qu’il a toujours voulu s’améliorer, tester de nouvelles choses, de nouvelles sonorités, de nouvelles mélodies, de nouveaux placements et de nouveaux flows et même si son évolution est remarquable, elle n’est pas surprenante. Rim’k ne s’est jamais reposé sur ses acquis; il s’est perpétuellement mis en danger tout au long de sa carrière et Mutant en est une énième preuve. 

Rim’k nous a donc livré vendredi un projet de 16 titres avec plusieurs featuring : YL, Vald, Alonzo, Ninho et bien évidemment, son acolyte de toujours : AP. Le 1er extrait, Air Max en feat avec Ninho, a été mis en ligne au mois de juillet. Présence de Ninho oblige, ce morceau a été un des tubes de cet été. Ninho est l’une des importantes têtes d’affiche du moment, il est partout et permet d’amener ses morceaux dans une autre dimension. Rim’k se frotte donc à la nouvelle génération, se mélange avec les jeunes d’aujourd’hui, risquant ainsi de remettre en considération son statut dans le rap. Pari relevé, Rim’k ne s’est pas laissé manger par le kickeur qu’est Ninho et tous deux, nous ont donc offert un morceau parfait pour passer l’été. 

Rim’k feat Ninho – Air Max

On retrouve plusieurs thèmes en filigrane dans l’album comme l’argent et notamment le fait d’en manquer, ce qui paraît étrange car cela fait longtemps que Rim’k peut vivre de sa musique et gagne bien sa vie. Cependant, il est évident que le fait de garder sa proximité, son attache avec Vitry, lui permet de gardes les pieds sur terre, la tête sur les épaules et ne pas perdre de vue ses origines, d’où il vient et les galère qu’il a vécu avant d’en arriver là où il est aujourd’hui. Le thème de l’amitié, avec ses bons et mauvais côtés, notamment la trahison, les déceptions et le deuil teinte également l’ensemble du projet. La nuit est aussi très présente dans l’album sous de multiples facettes : son côté plus joyeux avec la fête, les soirées, mais également les insomnies, où il nous fait part de ses remises en question, ses doutes, son vécu. 

Rim’k – Insmonie

Mutant est un album cohérent et équilibré. A l’ère où l’on apporte plus vraiment d’importance à l’appellation des projets et où les albums ressemblent plus à des playlists, Rim’k, du fait de son expérience, nous livre un album pensé et réfléchis composé de tubes comme Air Max bien évidemment ou potentiellement Carmen mais également des morceaux plus introspectifs comme 16 novembre, morceau dédié à son fils. A travers celui-ci, on ressent la maturité de Rim’k. Il parle notamment de la naissance de son fils, de ce qu’il a ressenti quand il l’a pris contre lui pour la première fois. Il aborde également sa vie, son enfance qu’il souhaite transmettre à sa progéniture. Il a changé de vie, pris ses responsabilités. C’est à ce moment là qu’il est devenu adulte, sa vie a changé de dimension : 

Je me suis trompé, je pensais que la musique était toute ma vie. 

Rim’k – 16 novembre. 

Avec la naissance de son fils, Rim’k a gouté au bonheur de la paternité, a revu ses priorités. A ce moment là, il est arrivé à un stade où il appréhende de plus en plus le futur, ce qu’il va lui réserver maintenant qu’il est père, et n’arrive toujours pas à faire la paix avec son passé, qui le hante toujours. 

Rim’k – 16 novembre

En écoutant le projet, j’ai réalisé que Rim’k est de la même génération que des rappeurs comme Kery James (bravo Sherlock, ils rappaient ensemble au sein de la Mafia K’1 Fry) et avec ce rapprochement et cette comparaison, nous avons là deux images différentes, deux approches opposées sur la manière de rester dans le « game » après 20 ans de carrière. Là où Kery James est resté le même, abordant les mêmes thèmes, ayant sensiblement les mêmes flows (même si, je te l’accorde, il s’essaye tout de même à des flows trap), Rim’k lui, même si à mon avis l’essence même de sa musque, c’est-à-dire les thèmes qu’il aborde, est restée la même, il a réussi à évoluer en même temps que le rap, à rapidement d’adapter aux nouvelles sonorités, aux nouveaux placements et même à laisser de la place à la mélodie voire au chant dans ses morceaux, ce qui est quand même remarquable quand on sait de quelle école vient le rappeur. Cette évolution peut s’expliquer, à mon avis, par le fait que Rim’k est toujours autant passionné de rap qu’à ses débuts et qu’avant d’être un rappeur, il est un auditeur lui permettant ainsi de suivre toutes les nouveautés, de les digérer et de les ressortir à sa sauce, avec son approche musicale, son expérience et sa sensibilité. 

Rim’k – Moonwalk

5 featurings sont présents sur l’album. Immigri, en feat avec YL, est celui que j’ai le plus apprécié. Tous deux abordent le problème identitaire que nombre de personnes ressentent : 

Je suis pas de là-bas, je suis pas d’ici mais que dois-je faire ? 

Rim’k – Immigri

Le morceau est une dédicace à leurs origines dont ils apportent tous deux une place importante ans leur vie et donc, par résultante, dans leur art. A travers ce morceau, Rim’k et YL expliquent qu’on ne cesse de leur répéter qu’ils ne sont pas français et lorsqu’ils retournent dans leur pays d’origine, on leur rabâche qu’ils ne sont pas d’ici non plus. 

Je suis coupable présumé

Rim’k – Immigri 

Ces mots suffisent à expliquer qu’ils sont toujours confrontés aux clichés, aux stéréotypes, aux préjugés qui existent depuis maintenant trop longtemps dans notre pays. Cette double nationalité leur pose donc un soucis d’identité, de personnalité. YL parle même de troubles de la personnalité en évoquant leur situation :  

Le cul entre deux chaises mon refré c’est banal j’en deviens bipolaire

YL – Immigri
Rim’k feat YL – Immigri

Mutant est donc pour moi un pari relevé pour Rim’k. Certes, ce n’est pas mon album préféré de l’année, ni même du mois, mais si j’ai décidé d’en faire une chronique d’album c’est parce que je pense que c’est important de relever que continuer dans le rap même après 20 ans de carrière n’est pas seulement possible aux Etats-Unis mais aussi chez nous (et que bien évidemment, Booba n’est pas le seul exemple). Le rappeur se met perpétuellement en danger, prend encore des risques malgré qu’il n’ait plus rien à prouver et que son nom n’est plus à faire connaître en France. La carrière de l’artiste est une constante remise en question, une perpétuelle évolution. Il a remarquablement réussi là où plein d’autres ont échoué. 

Et toi, t’as écouté Mutant ? Si oui, t’en as pensé quoi ? N’hésite pas à nous dire ce que tu en penses et à nous suivre sur les réseaux @SeptCulture. Ce mois de septembre est particulièrement riche en matière de sorties et si j’étais toi, avant de partir, j’irai lire une autre chronique ! Je te conseille celle de Disizilla sortie la semaine dernière ! En attendant de te retrouver pour nos prochains contenus, je te souhaite une belle journée !

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