Cul7ure

Rechercher

Only Built 4 Cuban Linx... 25 ans plus tard

Photo de l'article : Only Built 4 Cuban Linx... 25 ans plus tard

Écrit le 2 octobre 2020 par Caine dans Chroniques d'album

Il y a 27 ans maintenant, possiblement le plus grand collectif de l’histoire du rap, composé de huit rappeurs tous droits sortis de la 36ème chambre, sortait leur premier album en ramenant un univers totalement inédit dans le rap. “The RZA, The GZA, Ol’ Dirty Bastard, Inspectah Deck, Raekwon the Chef, U-God, Ghostface Killah and The Method Man” Voilà ce que l’on peut entendre au début du morceau Method Man. En y ajoutant le rappeur Masta Killa, voici les rappeurs qui composent le groupe légendaire : Wu-Tang Clan. Suite à leur premier album sorti en 1993 intitulé Enter the Wu-Tang : 36 Chambers, le groupe gagne très vite en popularité grâce à leur style qui définit parfaitement l’atmosphère New-Yorkaise de l’époque (rap hardcore, bars, Timberland et hoodie.). Mais aussi grâce à des personnalités très atypiques telles que Ol’ Dirty Bastard aka ODB, le chien fou de l’équipe, Ghostface Killah, dont le fait qu’il soit toujours masqué dans les clips éveillait la curiosité des fans ou encore Method Man qui était le préféré de beaucoup car il était sûrement le plus talentueux et le plus charismatique. Ils y ajoutent à tout ça, ce qui fera leur marque de fabrique : des samples et références à des films de kung-fu avec évidemment le film de 1976 intitulé La 36ème chambre de Shaolin. Si les samples et les références à des films de kung-fu sont si nombreux, c’est parce que ce sont des films très ancrés dans la Culture afro-américaine.

Après la promotion et le succès du premier album, il aurait été normal que le groupe se réunisse une seconde fois pour confirmer ce succès avec un deuxième album. Ce n’est pas la vision que RZA et GZA the Genius, les deux cerveaux du groupe, avaient en tête. Le groupe était signé chez Loud Records mais en tant qu’artiste solo, ils étaient en droit de signer et de sortir leurs albums où ils le souhaitaient. Le groupe s’est donc séparé le temps que tout le monde sorte son album solo. Le premier à sortir est bien évidemment le plus populaire : Method Man. Il sortira Tical en 1994 chez Def Jam. L’album rencontre un vrai succès critique et commercial. Il contient des titres aujourd’hui classiques comme Bring the Pain ou All I Need, qui est encore plus connu pour son remix avec Mary J. Blige. En suivant la logique de la popularité, le prochain à sortir un album aurait dû être ODB mais le groupe prend tout le monde à contre-pied en annonçant que le prochain sera : Raekwon

Only Built 4 Cuban Linx ou le mafioso rap à son meilleur 

Only Built 4 Cuban Linx… ou The Purple Tape comme certains l’appellent sortira le 1er août 1995. Nous fêtons donc les 25 ans de ce monument du rap cette année. Si l’album est considéré par tant de personnes comme un indéniable classique et comme un album important c’est sûrement lié, outre la qualité des morceaux, à la manière dont l’album a été construit. En effet, l’album a été pensé comme un véritable film de mafieux avec Raekwon comme acteur principal, Ghostface Killah pour acteur secondaire et RZA comme réalisateur. L’idée de créer des albums ou des morceaux inspirés de films de gangsters ont existé bien avant le premier album de Raekwon. Des artistes comme Kool G Rap & DJ Polo le font depuis 1989 avec Road to Riches. Mais avec Raekwon la formule est bien mieux réussie.  

The RZA est en feu et ne donne que du 20/10 en production. Il ne reste plus qu’à l’acteur principal Raekwon et son compagnon Ghostface Killah de briller et ces derniers le font avec brio comme sur l’un de mes morceaux préférés de l’album : Criminology (Spoiler : je vais beaucoup dire cette phrase). Le son commence avec un sample du classique de Brian De Palma sorti en 1983 eh oui vous l’avez deviné : Scarface. Plus précisément la scène de fin où Sosa appelle Tony en lui disant qu’il l’avait prévenu « de ne pas l’enc*ler ». Quoi de plus évident que de sampler ce film étant donné le thème de l’album ? L’instru commence directement et Ghostface se met à rapper avec aisance le tout vêtu d’un peignoir. Le morceau se termine sur l’instru qui tourne pendant plus d’une minute sans que personne ne rap dessus (le mélange parfait pour m’envoyer aux anges).  

Cet album contient aussi un interlude, mais pas n’importe quel interlude. En effet, il s’agit de Shark Niggas (Biters). Ici, les deux stars discutent ou plutôt insultent les rappeurs qu’ils accusent de voler d’autres rappeurs. Ils accusent un certain rappeur d’avoir voler l’idée de Nas en mettant un bébé sur la cover de l’album. Le rappeur accusé ? Un certain Christopher Wallace a.k.a Notorious B.I.G. Ce dernier aura pour réponse Kick in the Door sur Life After Death. Ghostface ressortira même cet interlude pendant son clash avec Action Bronson en 2015 qu’il accusera de voler son style.  

Merci RZA pour les travaux

L’album continue avec deux de mes morceaux préférés Ice Water et Glaciers of Ice. Sur l’intro de ce dernier, on peut entendre Ghostface dans une voiture faire un monologue improvisé sur la manière de teindre ses Wallabee Clarks. Une marque de chaussure qu’il affectionne tellement qui les mettra sur la cover d’Iron Man, son album solo qui sortira l’année suivante. The RZA a enregistré le tout et admettra dans XXL Magazine que rien était prévu. Il a demandé à tous les membres du Wu d’avoir un enregistreur portable au cas où ils avaient quelque chose qui leur passait par la tête pour un morceau. Raekwon confessera plus tard ne pas aimer son couplet et voulait le changer mais après que RZA ait changé la prod et ajouté les voix de la chanteuse Blue Raspberry en fond, il décida de le garder pour notre plus grand plaisir.

S’en suit un morceau très important dans la carrière du Wu-Tang Clan : Verbal Intercourse. Ce morceau représente la première collaboration d’un membre du Wu Tang avec un rappeur extérieur au groupe. Qui de mieux que Nasty Nas pour cela ? Je ne suis pas spécialement fan de ce titre mais il est perçu par beaucoup comme l’une des meilleurs performances lyricales de la part du MC du Queens. La boucle de sample utilisée est superbe mais le résultat final en fait un morceau avec peu de replay value pour moi. 

Maintenant parlons du single, le fameux Ice Cream. Pour décrire ce morceau, je dirai qu’il s’agit de l’hymne officiel pour les players. Le refrain est diablement efficace avec Meth Tical qui s’amuse à comparer des femmes à des saveurs de glace (de Chocolate Deluxe à French Vanilla). Le tout mélanger à une magnifique prod de RZA avec une boucle d’Earl Klugh rend le morceau mémorable et rentre vite en tête. C’est sans doute grâce à ce morceau que l’album vendra autant. D’ailleurs, on peut aussi entendre Method Man tenter de parler Français à la fin du morceau. Je ne dis pas que le morceau est une réussite parce qu’il y a du Français dedans… mais ça aide pas mal. Le tout est accompagné d‘un clip avec de nombreuses femmes vêtues d’un crop-top sur lequel on peut voir le logo du Wu-Tang et la “saveur” qu’elles représentent. Raekwon n’aimait pas ce morceau non plus. Il avouera sur Complex que tout le monde essayait de le persuader mais pour lui morceau était trop doux pour être sur Cuban Linx. Merci au reste du groupe de lui avoir montré la bonne voie. Ce morceau signe aussi les débuts de Cappadonna qui sera considéré par beaucoup comme le dixième membre du Wu. Il devait faire parti de la formation originale du groupe mais ce dernier était en prison lors de l’enregistrement de 36 Chambers. Il jouera par la suite un rôle important sur Iron Man de Ghostface Killah.

Les films influencent Wu-Tang, Wu-Tang influence le monde !

Le morceau qui suit est un morceau avec une influence assez méconnue : Wu Gambinos. Le morceau commence avec un sample d’un autre film de gangster, cette fois-ci il s’agit de The Killer de John Woo. En effet, puisque nous sommes dans un “film de mafieux”, les membres du groupe décident donc de se donner des surnoms comme de vrais gangsters (GZA = Maximilian, Masta Killa = Noodles, Inspectah Deck = Rollie Fingers, RZA = Bobby Steels, …). C’est à la suite de ce morceau que certains rappeurs se donneront à leur tour des surnoms du même genre gangster : Nas deviendra Nas Escobar et Biggie prendra Frank White

25 ans après, nous pouvons regarder en arrière et voir l’influence que cet album a eu sur le rap américain. Il inspira beaucoup de rappeurs à tenter leur version d’album basé sur la thématique de la mafia comme The Firm (supergroupe composé de Nas, AZ, Nature et Foxy Brown) avec The Album. D’après certaines personnes, Reasonable Doubt de JAY-Z n’aurait pas vu le jour, ou du moins n’aurait pas eu cette ambiance si ce n’était pas pour l’album de Raekwon sortie un an avant le sien. Nous pouvons même voir l’influence de la Purple Tape aujourd’hui avec des groupes comme Griselda (Westside Gunn, Conway the Machine et Benny the Butcher) qui ne jure que par cet album et Wu-Tang en général et dont leur influence est clairement visible à travers leur musique.

Derniers articles

Image de l'article Loveni, libre comme la nuit

Loveni, le plus digne représentant de la philosophie Bon Gamin, celui qui ride sans permis, nous emmène faire un tour dans Le piège en nous incrustant, à travers sa musique,…

Publié le 20 octobre 2020 par dans

Image de l'article 5 albums pour l'hiver

L’hiver approche à grand pas. C’est le moment d’enfiler ta meilleure polaire North Face pour sortir, ou pour te mettre sous ta couette après avoir allumé tes bougies parfumées et…

Publié le 19 octobre 2020 par dans