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Klub des Loosers - La Fin de l'Espèce

Photo de l'article : Klub des Loosers - La Fin de l'Espèce

Écrit le 15 octobre 2018 par Amélien dans Chroniques d'album

L’été est terminé depuis un moment, ça fait un moment que les températures ne dépassent pas les dix degrés. Seul un hiver froid se profile, les doigts sont trop froids pour écouter quelque chose de positif et d’estival. De toute façon, même dans toute votre bibliothèque Spotify, y’a rien qui vous donne envie d’esquisser le moindre sourire dans les transports bondés. Le seul album pour s’enfoncer encore un peu plus dans la neurasthénie : La Fin de l’Espèce par le Klub des Loosers.

L’album s’ouvre avec un « Je suis Vivant », qui peut être surprenant pour les non initiés. Sept ans auparavant, le projet précédent, ironiquement intitulé Vive La Vie, nous faisait comprendre qu’il n’y aurait plus jamais rien à attendre artistiquement (et humainement aussi) de Fuzati.

Je n’attends rien de cette vie, ce qui n’est pas trop grave.

Je pense avoir trouvé le moyen de mettre un terme définitif à tout sentiment d’ennui.

Klub des Loosers – Il faut qu’on parle.

En effet, comme le laissent présager ces lignes ci-dessus, Vive la Vie n’était déjà pas un projet très joyeux. Et bah rassurez-vous, La Fin de l’Espèce non plus car on commence l’album avec un storytelling autour d’une tentative de suicide ratée. Non pas une histoire autour de l’acte en lui-même mais plutôt de ce qui suit. Tout d’abord, le fait de faire comme si de rien était puis le retour à la lassitude de la vie quotidienne. Ça pourrait être morbide et très gênant mais c’est fait de manière subtile. En effet, les morceaux sont parfois très drôles. On pourrait parler d’humour « trash » voire « noir », peu importe mais c’est souvent bien amené, réussi et jamais pataud.

Ça se fête, j’allume une clope, comme un condamné à vivre
Jette des pierres aux corbeaux pour qu’ils évitent de me suivre 

Klub des Loosers – Vieille branche

Entre mélancolie et misanthropie, L’album continue sur une sorte de lucidité poussée à l’extrême. Disons qu’avec Fuzati, on retrouve une sorte de haine ou plutôt de dégoût assumé pour le genre humain. C’est notamment accentué par l’ennui viscéral qui rythme non seulement sa vie sentimentale –parfois chaotique- mais aussi sa vie professionnelle. Le morceau l’Indien décrit une vie d’employé complètement dépité et condamné à faire un boulot ennuyeux pour subsister. Contrairement à ses collègues de boulot, il n’accorde que très peu d’intérêt à ce travail et ainsi son recul lui fait encore plus détester sa situation.

Je me rappelle quand j’ai rêvé que les heures sup’ étaient payées
Et puis que je me suis réveillé parce que l’accueil m’avait appelé
Une pizza tiède est arrivée, 10 heures du soir toujours au taf.

Klub des Loosers – L’Indien

L’album vacille souvent entre des morceaux sans thèmes précis qui dépeignent juste un ennui morbide (cf Volutes) et d’autres où il s’amuse à décrire des fragments d’éléments réels entourés d’instants de vies romancés. Le fil directeur de l’album reste la misère sentimentale et le détachement et je comprends que ça puisse choquer non pas dans le fond mais plutôt dans le fait que c’est pas ce à quoi on peut s’attendre (malgré le nom du groupe).

On a longtemps mis Fuzati dans une catégorie de « rap alternatif ». En même temps, le ton morose de son discours est assez incompatible avec un passage en radio. Du coup, le groupe est resté « underground » et pourtant y’a une tonalité hip-hop sur certaines prods avec du boom bap ou encore du scratch (cf Encore Merci, etc..)

Mais je ne peux rien y faire, la pire espèce se perpétue.
Comment leur dire à tous ces gens, vos gosses sont superflus

En soi, alternatif ou pas, on s’en tape des « cases », c’est un peu du vent. C’est comme l’éternel combat des « nouveaux » artistes VS les « nouveaux », en soi peu importe on s’en fout, ça reste de la musique avant tout. Malgré ça, pendant longtemps le groupe a été mis de côté vu que c’était très différent de ce qu’on trouve actuellement. D’autant plus que Fuzati avait la particularité grinçante de ne pas « rapper dans les temps ». On lui a beaucoup reproché et c’est devenu une sorte de signature. Au final (et heureusement), il a adopté un flow plus « classique », ce qui rend l’album encore meilleur sur ce point.

On peut aussi souligner la manière dont est revendiquée sa volonté de ne pas vouloir d’enfants dans le sublime Non-Père, rappelant en quelques sortes 50 Pour Cent d’Orelsan. Ce choix est notamment dû à des aspirations écologiques, on peut d’ailleurs dire que c’est Eva Joly du Rap Français. Le morceau le plus « ironique » s’intitule Mauvais Rêve où on peut écouter en direct un accouchement. Je développe pas plus, vous avez saisi mais allez écouter Non-Père. (C’est un des morceaux les plus doux).

Je n’apparais pas sur tes dessins, toi tu n’étais pas dans les miens
Les choses seraient tellement plus simples si tu n’étais qu’un petit chien

Pour conclure, l’album La Fin de l’Espèce est un bijou de pessimisme morbide et d’inconfort social. Cette haine pour l’humain et pour ce qu’il engendre est à la fois saisissante et déroutante. Cependant, ça représente seulement la première couche de l’album. On le souligne moins car ce n’est pas ce qui saute le plus aux yeux mais l’album est très réfléchi et est surtout très bien écrit. Les thèmes ne sont pas spécialement révolutionnaires cependant c’est plutôt la manière dont ils sont traités qui peut surprendre.

Le terme de punchline, bien qu’un peu vieillot parfois, colle bien à Fuzati. Il a compris comment être très impactant et joue parfois de son image pour toucher l’auditeur. Je terminerai cet article en soulignant que l’album n’a pas spécialement la volonté de choquer mais plus d’ouvrir des débats notamment via sa manière de dépeindre la vie. On pourrait même faire un parallèle avec l’époque des poètes romantiques, torturés et maudits. Chez Fuzati, y’a d’ailleurs un petit côté baudelairien qui a du « mal avec la société » mais sans tomber dans le simulacre du collégien faussement dépressif. Du coup, est-ce qu’on pourrait pas dire que Fuzati est un croisement entre Beaudelaire et Elliott Alderson? Rien est à exclure.

A quoi bon traverser le monde? On retourne toujours dans sa rue
L’humanité se régule seule au son de sirènes du Samu.

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