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Jazzy Bazz - Nuit

Photo de l'article : Jazzy Bazz - Nuit

Écrit le 17 septembre 2018 par Nico dans Chroniques d'album

Enfin la rentrée ! Après avoir passé 2 mois à la diète, on va enfin avoir droit à quelque chose à se mettre sous la dent; et ça commence fort : Jazzy Bazz vient de sortir le 7 septembre son second album solo. Intitulé Nuit, cet album, que l’on attend depuis 2016 tout de même, contient 12 titres, sur lesquels ont peut retrouver deux membres de L’Entourage : Nekfeu et Alpha Wann, mais aussi Lonely Band et Monomite, qui sont issus du label Grande Ville, Bonnie Banane, chanteuse R’N’B, Esso Luxueux, que l’on a déjà entendu sur P.Town, le premier album de Jazzy, ainsi que Sabrina Bellaouel, qui selon Les Inrocks, est une jeune artiste qui “joue une soul-music calmante, un r’n’b ankylosé, mais suffisamment habité de courts-circuits et spasmes pour ne jamais virer au new-age pour spa toc”. J’ai rien compris, mais ça a l’air bien.

Celui qui dévoilait en 2012 ses 64 Mesures de Spleen semble à première vue toujours aussi mélancolique, pessimiste, au point même que tout se passe bien avec sa copine, mais qu’il prédit une éventuelle rupture, pendant que Nekfeu, lui, se lamente en voyant son ex en photo avec un autre gars, et sa la joue Stalker, au point d’effleurer le visage de sa tendre avec le curseur de la souris. C’est cocasse venant de la part d’un gars qui a critiqué les travers des réseaux sociaux, sur le morceau Réalité Augmentée. L’amour et les déceptions qu’il engendre, est comme à l’accoutumée, la clef de voûte du projet de Jazzy Bazz, mais il ne se bride pas à l’amour d’une femme, comme il l’a fait sur le morceau Laeticia, dans lequel il conte sa relation impossible avec une femme qui ne veut pas de lui. Pour l’anecdote, ce morceau fait suite à Trompes de Fallopes, issu de son précédent projet, dans lequel il se défoulait contre son ex qui l’avait trompé.

L’amour fraternel, l’amour charnel, et l’amour de la musique articulent le projet.

« Pas touche à l’effectif »

Sur 12 titres, la moitié contiennent des featurings. Généralement, un abus de featurings, c’est mauvais signe : soit c’est pour diminuer la quantité de travail nécessaire, soit c’est pour surfer sur le buzz des invités; mais ici, il n’y a pas de gros noms, si ce n’est Alpha Wann et Nekfeu, qui ne sont autres que ses compagnons de route depuis déjà un bout de temps. Pour ce qui est du reste des invités, on retrouve majoritairement des membres de Grande Ville Records, son label. De plus, les features sont utilisés intelligemment. l’album est totalement cohérent, aucun titre n’est de trop, chaque artiste invité trouve sa place et réussit à s’adapter pour rentrer dans le cadre.

Au delà d’une vision purement artistique, on peut légitimement se dire que Jazzy veut partager cet album avec les siens. Ca lui tient à coeur de rester “toujours avec la même équipe de dingue”. L’aspect fraternel de Jazzy Bazz revient souvent à travers de nombreuses phases parsemées tout au long de l’album, comme sur Rue du soleil, morceau qui retrace une réflexion nocturne de l’artiste, suite à l’arrivée de policiers dans son appartement, pendant qu’il faisait un “vacarme” (on peut imaginer qu’il faisait un cypher) avec son équipe. Malgré l’arrivée des forces de l’ordre, Jazzy Bazz souligne que tout le monde reste soudé : dans sa “bande on sait garder un secret, y’a pas de te-trai”. Plus tard dans sa réflexion, il se remémore les “premiers sons Cool Connexion”, qui n’est autre que son premier groupe, des moments “dans la chambre du Loubensky”, qui a d’ailleurs composé plusieurs tracks de l’album, mais aussi “à ceux partis là haut”.

“Faut qu’ses genoux deviennent tout rouge et c’est tout”

Gainsbourg ? Alkpote ? Non, c’est bel et bien Jazzy Bazz. Rares sont les rappeurs qui parlent de sexe sans que ça soit vulgaire. C’est très cliché, mais force est de constater que c’est vrai. La citation précédente est tirée de Sentiments, morceau où apparaît Lonely Band, qui, comme son nom le laisse présager, n’est pas un rappeur. On retrouve donc un chanteur qui accompagne un Jazzy Bazz à la recherche de la fille aux “techniques de baise [qui] époustouflent”, qui porte “malheur à celui qui l’épouse ou qui tomberait victime du coup de foudre”. Mais comme toujours, le petit coeur de Jazzy Bazz finit par se briser, et il finit par avouer qu’il « songe à céder à la tentation de la solitude »

Il reste toutefois lucide : dans le premier couplet, il voulait “faire d’une tain-p’ une fille bien”, tout en étant conscient que ”tout c’qu’on sait faire c’est l’inverse”. Bien qu’il la veuille seulement dans son lit, ça ne lui suffit pas ; “Si c’est une fille de joie”, il en fera “une femme de Roi”. J’ai beau chercher des phases qui parlent seulement de sexe, toutes finissent par être associées à une affection, ou une déception. L’aspect érotique de ce morceau doit beaucoup à Lonely Band, qui apporte un côté voluptueux avec son refrain, mais aussi aux producteurs Loubensky et Monomite, et leur instru smooth.

“C’est tellement d’taf, tu m’insultes quand tu m’dis qu’c’est du génie pur”

Pour clôturer cette trilogie amoureuse, on va s’attarder sur l’amour qu’éprouve Jazzy Bazz à l’égard de la musique. J’ai précédemment souligné la quantité surprenante de featurings, mais cet amour pour la musique peut l’expliquer. Les feats apportent un réel cachet aux morceaux. Jazzy ne se risque pas à faire des refrains et des ponts chantés, il préfère inviter du monde qui sait le faire. En 2018, c’est devenu facile de faire tout un album sans inviter personne, et ainsi économiser quelques euros pour les utiliser dans la promo. Plus besoin d’inviter des voix suaves pour les refrains comme il était coutume au début des années 2000. J’avais une vanne à faire sur les chanteuses de RNB, mais je l’ai oubliée. Bref, maintenant, il suffit de placer un peu d’autotune sur sa voix et de prendre un flow qui casse le rythme, et ça passe. Mais ça c’est pour faire des tubes, pas pour faire un album marquant, sauf si tu maîtrises le truc à la perfection, et ça, Jazzy l’a bien compris. Il a donc choisi d’inviter plein de monde pour le plus grand bonheur de nos oreilles. Cet album ne va pas forcément faire un carton, mais comme le dit Jazzy lui même sur El Presidente, “pour l’instant, j’fais du rap, quand j’voudrai vraiment faire d’la maille, j’me lancerai en politique”. C’est un album fait par un passionné, qui s’adresse surtout aux passionnés.

Bien évidemment, l’album ne se limite pas à ça, il réserve plein d’autres surprises, et je ne peux que te conseiller d’aller écouter ce projet.

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