Disiz La Peste – La Trilogie Lucide

Revenons sur les albums les plus marquants de sa carrière : La Trilogie Lucide.

 Si cette trilogie est si importante dans la carrière de Disiz, c’est tout d’abord parce qu’elle marquait son retour après une pause musicale. De plus, c’était aussi le début de son évolution. Avant de développer, une petite remise en contexte s’impose : on est en 2009 et Disiz La Peste sort son 5ème album solo : Disiz the End.

Cet album marquait la fin d’une époque. Le rappeur d’Évry expliquait notamment les raisons qui le poussaient à déposer les armes comme il a pu l’expliquer dans le titre 27 Octobre.

Avant Disiz The End, j’avais l’impression de me dépatouiller seul dans un cap qui majoritairement avait pris une direction toute naze. Je savais que je n’étais pas dépassé, loin de là, mais le sale état d’esprit et la médiocrité ambiante devenait trop improductive.

Citation issue du livret de l’EP Lucide.

Il avait donc décidé d’arrêter le rap et de faire une escale par le rock sous le pseudonyme Peter Punk (en clin d’œil à Peter Pan) et sort un album dans la foulée : Dans le ventre du crocodile. Malgré de nombreuses critiques, ce passage vers le rock lui a beaucoup apporté musicalement. Grâce à cette période, on constate que par rapport à ses albums précédents, Disiz se permet beaucoup plus de chanter et ses morceaux sont plus mélodiques (et mélodieux).

D.I.S.I.Z

C’est avec le single Moïse que Disiz La Peste, rebaptisé plus sobrement « Disiz », fait son retour.

« C’est plus que du rap, je reprends ma place »

Le premier projet de la trilogie s’intitule Lucide et est sorti le 28 mars 2012. Symbolisé par une pilule rouge, c’est une référence directe à Matrix. Dans le film, Néo prend la pilule rouge (offrant une vision lucide sur le monde) et refuse la pilule bleue, qui propose une vision édulcorée du monde. C’est donc cette vision lucide et claire du monde qu’il nous offre.

Sur l’EP Lucide, on retrouve le titre « Un frigo, un coeur et des couilles » où il explique clairement les raisons de son retour. Comme le titre du morceau le souligne, Il y a donc trois justifications, l’image du frigo car il n’est pas dupe, il sait que le rap rapporte de l’argent et ne s’en cache pas. Le rap lui sert aussi à nourrir sa famille mais comme il le dit plus tard dans l’album « j’ai jamais rappé pour manger, j’ai mangé grâce à mon rap ». On est loin de l’optique simpliste du rappeur en manque d’argent qui revient pour renflouer les caisses.

Après le frigo, c’est au tour du coeur car s’il revient c’est surtout parce qu’il aime vraiment sa musique. Pour faire simple; Le rap lui manquait tant qu’il est revenu. Et enfin, des couilles parce qu’il en faut pour remettre les gants, remonter sur le ring et affronter la fameuse peur de l’échec.

L’EP est assez court (logique) mais très bien construit. On retrouve des titres plutôt légers comme Toussa toussa plus axés égotrip, mais la majorité des morceaux tels que Mon amour, Moïse ou encore J’ai la haine rappellent bien ses intentions. Le dernier son de l’EP est aussi l’unique collaboration avec Alpha Wann et Areno Jaz, deux membres du groupe parisien 1995.

Les bases sont posées : Lucide est bien une introduction et une mise en lumière sur les intentions de l’artiste.

Extra-Lucide

Alors que Lucide était un EP, le 29 octobre 2012, Disiz annonce la sortie d’un réel album. (Plus conséquent; 20 titres sur la version originale et 6 de plus sur la version collector.)

L’album est symbolisé par un grand coeur rouge (désigné par Baro Sarre). Le choix du coeur n’est pas anodin. Ici, les titres sont plus personnels. On retrouve les joies de la vie de famille avec Life is Good, ses problèmes d’argent avec Best Day ou encore les valeurs de l’amitié avec Les Bienveillants.

Extra-Lucide, c’est un miroir sur sa philosophie de vie dans lequel il nous emmène dans son monde pour qu’on puisse bien découvrir sa façon de voir les choses.

Là où Lucide introduisait son envie de revenir poussée par l’énergie du désespoir, sur l’album Extra-lucide, Disiz fait le rap qu’il aime et nous offre un des albums les plus aboutis de sa carrière. 

Transe-lucide

Transe-Lucide est le dernier volet de la trilogie.

Au niveaula symbolique de la pilule et du coeur vient celle du lotus.

Cette fleur qui pousse dans le limon, traverse l’eau et s’épanouit au ciel

Disiz La Peste – Terre (Intro)

Cet album est divisé en trois parties : La Terre, L’eau et enfin Le ciel. Ces trois parties représentent l’évolution de la fleur qu’est le lotus.

Ici encore, la construction de l’album est littéralement à l’image de sa vie. La première partie La Terre se caractérise par des instrumentales assez sombres reflétant son état d’esprit au début sa vie, en tant que simple Jeune de banlieue. On retrouve notamment son passé avec quelques envies matérialistes de l’époque dans Miskine.

Ensuite, on entre dans la période de L’eau et au fil de l’album les titres s’apaisent. Représentant en partie la période de son adolescence, les instrus deviennent soudainement plus légères. On retrouve des égotrips très smooth voire presque doux comme dans King of Cool où il s’improvise  »meilleur rappeur » en s’auto-complimentant dans le refrain. Il rappe même des thèmes peu évoqués auparavant comme l’amour dans Kadija.

Enfin la dernière partie est nommée, Le ciel, à l’instar du lotus qui s’épanouit et montre ses plus belles feuilles. Cette section reflète l’état d’esprit serein du rappeur au moment Transe-lucide est sorti. Disiz semble s’être trouvé à la fois artistiquement et humainement. Juste avant le titre Happy End, il en profite pour souligner le fait qu’il a trouvé son identité, qu’il sait qui il est. Cependant, il souligne le thème de l’identité nationale qui persiste en France et qui est évidemment une barrière à la construction sociale.

En bref, cet album est une conclusion de 15 ans de carrière et de plus de 30 ans de vie, l’évolution d’une vision de vie mais surtout d’une philosophie de vie.

Nb : pour ceux qui veulent en savoir plus sur la construction de l’album il y a encore le titre Lotus, disponible sur Itunes (peut-être sur Rap Genius, j’ai légèrement la flemme d’aller vérifier) qui raconte sa volonté.

Personnellement, les deux albums de cette trilogie sont mes préférés. La qualité d’écriture propre à Disiz se fait bien ressentir, les émotions transmises et son honnêteté sont très communicatives et se ressentent sur chaque titre. 

23 ans. Adepte des bonnes références et des blagues moyennes, on essaie de faire au mieux des choses qui ont du sens.
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